(Boston) Hier matin, l’entraîneur-chef des Bruins de Boston, Bruce Cassidy, avait été étrangement prémonitoire.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

«Le trio de Patrice Bergeron va probablement jouer contre le trio de Brayden Schenn. Il joue généralement contre le meilleur trio adverse. Mais nous avons d’autres trios. Nous avons de la flexibilité. Si on sent qu’on doit s’éloigner d’une confrontation contre le trio de Schenn, nous avons Charlie Coyle ou Sean Kuraly. Nous sommes aussi à l’aise avec eux.»

Et c’est exactement ce qui s’est passé dans cette victoire des Bruins 4-2 contre les Blues de St. Louis lors du premier match de la finale de la Coupe Stanley.

En première période, Cassidy et son vis-à-vis Craig Berube ont choisi d’opposer le feu contre le feu, canons contre canons. Dans ce contexte, Schenn a inscrit le premier but du match, après que la rondelle a bondi sur Jaden Schwartz, dans une séquence au cours de laquelle le gros trio des Blues dominait.

PHOTO WINSLOW TOWNSON, USA TODAY SPORTS

Vladimir Tarasenko a marqué le deuxième but des Blues.

En début de deuxième période, Vladimir Tarasenko a fait 2-0 dès la première minute, après un juteux revirement défensif de David Pastrnak intercepté par Schenn. Le genre de revirement, sur une passe de dos, qui ne peut s’expliquer que par la rouille, après une dizaine de jours de congé pour les Bruins.

Encore une fois, le premier trio des Blues a eu le meilleur sur le premier trio des Bruins. Une tendance commençait à se dessiner. Le match glissait lentement en direction des visiteurs, un peu plus incisifs et opportunistes.

C’est là que Cassidy a fait exactement ce qu’il a dit qu’il allait faire.

Il a changé ses confrontations, après trois minutes de jeu en deuxième période. Le flair d’un entraîneur peut faire ou défaire un match. Dans ce cas-ci, Cassidy a sauvé la mise. Il a plutôt opposé son exceptionnel quatrième trio mené par Kuraly et son efficace troisième trio piloté par Coyle au premier trio des Blues. Les résultats ont été instantanés après ce subtil jeu d’échecs.

PHOTO BOB DECHIARA, USA TODAY SPORTS

Marcus Johansson (90) tente un tir au but en étant talonné par Carl Gunnarsson (4).

«Ça ne fonctionnait pas. C’est aussi simple que ça, a dit Cassidy après le match. Le trio de Bergeron a eu de la misère à trouver son rythme. Les rivaux étaient en avance au niveau de la possession de rondelle. Nous avons utilisé Kuraly toute la saison contre les meilleurs et nous avons fait ce choix. Ça a bien fonctionné. On verra pour mercredi [demain].»

Kuraly et compagnie ont mené la charge, tout le reste des Bruins a embarqué. Dès la réplique rapide de Connor Clifton en deuxième période, 76 secondes après le but de Tarasenko, il n’y avait plus de match. Le dossier était classé, ou presque. C’était presque logique ensuite que Kuraly marque le but gagnant en troisième période, après la bataille acharnée de son partenaire de trio Noel Acciari.

«Bruce Cassidy n’a pas peur de faire plusieurs ajustements pendant un match, a reconnu Patrice Bergeron. Il fait ça souvent. Le quatrième trio nous a donné du bon hockey toute la saison et il continue sur la même lancée. Je le disais dimanche à la journée des médias, nous sommes une équipe qui mise beaucoup sur sa profondeur. Nous l’avons démontré lors de ce premier match contre les Blues. Les gars du quatrième trio ont sonné notre réveil avec le premier but et ils ont aussi marqué le but vainqueur.»

PHOTO MICHAEL DWYER, ASSOCIATED PRESS

Oui, les hostilités sont officiellement lancées!

Pendant ce temps chez les Blues

Déjà que les Blues ont commencé à être embourbés dans les confrontations de trios, ils ont aussi trouvé le moyen de se tirer dans le pied.

On ne passera pas trop longtemps sur Joel Edmundson et Carl Gunnarsson. Les défenseurs des Blues ont été largement surclassés. Ils étaient d’ailleurs tous deux sur la glace pour le but gagnant des Bruins, avec les meilleurs sièges dans l’aréna pour voir le quatrième trio des Bruins briller. Ils devront trouver rapidement un deuxième souffle, car le défi ira en grandissant.

PHOTO BRUCE BENNETT, ASSOCIATED PRESS

Le gardien Jordan Binnington cherche un objet très important…

On ne passera trop longtemps non plus sur Jordan Binnington. Le gardien recrue aux nerfs d’acier a accordé un deuxième but un peu faible à Charlie McAvoy. Sans doute a-t-il été déjoué par tous les bâtons qui se sont entrechoqués sur le coup. Mais avec une soirée de 34 arrêts, dont plusieurs très beaux, il n’y a pas d’inquiétude de son côté.

Sauf que ce but de McAvoy a été inscrit en avantage numérique. C’était à ce moment-là la quatrième pénalité de suite décernée aux Blues.

On ne peut pas laisser autant de chances à une équipe qui affichait une efficacité de 34 % en avantage numérique avant le match sans en subir les conséquences.

«Je ne vais pas donner mon avis sur les pénalités, mais elles sont arrivées et on a été trop punis, a dit David Perron. Ça leur a permis de trouver leur rythme et de lancer au filet. Le nombre de tirs paraît mal, mais il y en a eu beaucoup en avantage numérique. On n’a pas joué assez bien en deuxième période.»

Ce nombre de tirs «qui paraît mal», c’est 38-20 en faveur des Bruins. C’est aussi 18-3 Bruins en deuxième période. Et les Blues n’ont obtenu aucun tir pendant presque 13 minutes en milieu de match, au moment où les Bruins se sont échappés.

Les Blues devaient gagner ce premier match en profitant de la rouille des Bruins. Leur moment de gloire a duré 21 minutes. Deuxième chapitre demain.

Blues c. Bruins, demain (20h) à Boston

PHOTO WINSLOW TOWNSON, USA TODAY SPORTS

Brandon Carlo (25) et Samuel Blais (9) font connaissance dans le coin de la patinoire.

«On leur donnait la rondelle»

«On a eu une bonne première période. On était trop loin l’un de l’autre, on leur donnait la rondelle. On doit mieux gérer la rondelle. Nous n’avons pas joué assez profondément, nous n’avons pas établi notre échec avant. Ils sortaient facilement la rondelle et avaient une bonne transition.» — Brayden Schenn

«Ce premier but leur a donné du rythme. Ce n’est pas ce que l’on voulait, mais on va revenir dans le deuxième match.» — Jordan Binnington

«Quand on marque un but, les prochaines présences sont importantes pour ne pas en accorder. Ce n’était pas assez bon. On n’a pas été assez patients avec la rondelle en deuxième période.» — David Perron au sujet du but des Bruins tout de suite après le deuxième but des Blues

«Je n’ai pas vu le coup. Je suis retourné au banc après qu’on s’est chamaillés. J’ai entendu la foule et j’ai essayé de voir la reprise, mais je ne l’ai pas vue. Demandez-moi de nouveau demain [aujourd’hui].» — David Perron au sujet du coup de Torey Krug sur Robert Thomas

«Nous avons dominé pour les tirs, mais nous avons quand même plusieurs choses à ajuster. Notre début de match n’était pas assez bon. Les Blues ont une bonne équipe, Tuukka Rask a fait de gros arrêts. Nous n’avons pas eu le départ souhaité.» — Patrice Bergeron au sujet de l’écart au niveau des tirs

«C’est complètement de ma faute. Mais les gars m’ont relevé. C’est la plus belle chose à propos du hockey.» — David Pastrnak au sujet de sa bévue sur le deuxième but des Blues

«Il s’est fait couper les cheveux il y a quelques jours à peine. Il paraissait bien.» — David Pastrnak au sujet de la mise en échec de Krug, sans casque 

«Ça montre la confiance que notre entraîneur a en nous. Nous savons quel est notre travail quand nous affrontons un trio comme celui-là. Nous devons l’empêcher de créer de l’offensive, et ce n’est pas simple. C’est tout un trio.» — Sean Kuraly au sujet des changements de confrontations