(Boston) Patrice Bergeron a presque tout gagné. La Coupe du monde. La Coupe Spengler. Les championnats du monde – junior et senior. Les Jeux olympiques (deux fois). Le trophée Selke (quatre fois). Et la Coupe Stanley, une fois, en 2011.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Tant de médailles autour du cou, ça peut nuire à la circulation d’air vers le cerveau. On a vu des athlètes s’enfler la tête pour beaucoup moins. Mais Patrice Bergeron, lui, est resté le même homme. Humble. Gentil. Attentionné. Dévoué.

Le gendre idéal.

Ses coéquipiers l’adorent. Tous louangent ses vertus. Je cite le défenseur Torey Krug : « [Patrice] est une bonne personne, un bon ami, un bon coéquipier, un bon père… La liste est longue. C’est une personne spéciale. »

Tellement spéciale que les joueurs des Bruins viennent de lui trouver un surnom qui ne finit ni en « ie » ni en « er ». 

Mister Perfect.

Monsieur Parfait. Une belle marque de respect. Mais aussi un sobriquet un peu lourd à porter. Visiblement embarrassé, Patrice Bergeron a tenu hier à se distancier de son nouveau surnom.

« Je ne crois pas à [la perfection] », a-t-il affirmé sans fausse modestie. « Je veux dire, je suis fier de tenter de faire ce qui est juste. Mais je ne suis pas parfait. Je prends ça avec un grain de sel. Je pense que les gars me taquinent plus qu’autre chose. »

Son intuition était la bonne. Vérification faite, les gars se sont bien amusés à ses dépens ces derniers jours.

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Comme tous les joueurs des Bruins pendant les séries, Patrice Bergeron se laisse pousser la barbe. La sienne, noire, est bien fournie et savamment négligée. Elle lui donne un petit air de Jon Snow, le personnage principal de la série Game of Thrones.

La ressemblance n’est pas passée inaperçue dans le vestiaire de l’équipe. L’ailier Jake DeBrusk suggère même que Snow et Bergeron ont plus en commun que la barbe. Une comparaison qui plaît davantage à Bergeron que son nouveau surnom.

« J’aime ça ! Je pense que [Jon Snow] est brillant. Il était là pendant toute la série. Il est le personnage principal de l’émission. Il pense aux gens en premier. Il fait tout bien. » — Patrice Bergeron

Pour les non-initiés, Jon Snow est un combattant doué. Un homme préoccupé par le bien commun plutôt que le sien. Un leader humble qui mène ses troupes à la victoire. Des qualités souvent attribuées à Monsieur Parfait.

Depuis une dizaine de jours, Patrice Bergeron joue ce rôle de leader naturel au sein du club. C’est vers Zdeno Chara et lui que les jeunes se tournent pour des conseils. Pour comprendre ce qui les attend. Les deux joueurs ont participé à deux finales avec les Bruins. David Krejci, Brad Marchand et Tuukka Rask faisaient aussi partie de ces deux formations.

« Nous sommes ensemble depuis longtemps, raconte Bergeron. Avoir gagné avec tous ces gars, ça crée des souvenirs. C’est une longue aventure. Aujourd’hui, nous avons même des enfants. Nous sommes plus que des coéquipiers. Nous sommes des amis proches. C’est spécial. »

Le quintette tentera contre les Blues de St. Louis d’ajouter une deuxième conquête de la Coupe Stanley à son palmarès. Malgré tous les titres collectifs qu’il a remportés – dans la LNH comme sur la scène internationale –, Patrice Bergeron trouve encore facilement la motivation pour gagner.

« La journée où il n’y aura plus cette adrénaline-là, je vais prendre ma retraite. Ce que tu recherches en tant qu’athlète, ce sont des moments comme ceux-là. Des moments où tu essaies de repousser tes limites. »

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À cinq mètres de Patrice Bergeron, Brad Marchand était entouré d’un essaim de journalistes. Une mêlée de presse digne de la colline Parlementaire. Plus de 50 journalistes voulaient savoir pourquoi la petite peste des Bruins avait raté l’entraînement en matinée.

« J’ai dit à l’entraîneur que j’avais assez pratiqué et que je voulais un congé. Je vais bien », a expliqué Marchand, qui s’était légèrement blessé à une main, jeudi.

Cela dit, on peut comprendre Marchand d’être impatient. Les Bruins sont qualifiés pour la finale depuis 10 jours. Les répétitions, c’est lassant. Vivement le spectacle.

« Si tu es en santé, a dit Marchand, tu veux rejouer tout de suite. Quelques jours, peut-être un ou deux de congé, [ça peut être bien]. Mais tu veux jouer. À ce temps-ci de l’année, plus personne ne veut s’entraîner. »

Après 10 jours d’attente, on a pas mal fait le tour des sujets dans l’entourage des Bruins. Hier, les questions ne venaient plus du champ gauche, mais du stationnement à trois coins de rue du stade.

« Brad, trois choses que tu mettrais dans la Coupe ?

— Des Cinnamon Toast Crunch. Un bébé. Et beaucoup d’alcool. »

Ou celle-ci, posée à l’ancien gardien du Canadien Jaroslav Halak, visiblement très bougon de jouer au réserviste depuis deux mois.

« Jaroslav, qu’as-tu appris de Tuukka Rask cette année ?

— … »

Et pour rester dans le thème du jour, une question à propos de Game of Thrones, adressée à Brad Marchand cette fois, à savoir quel personnage lui ressemblait le plus.

« Cersei ? » a-t-il laissé tomber, en parlant de la reine narcissique et cruelle du royaume. Puis il s’est ravisé et a offert une réponse que Patrice Bergeron n’aurait pas détestée.

« Non, le chien-loup de Jon Snow. Pour le protéger. »

— Avec la collaboration de Jean-Francois Tremblay, La Presse