(Boston) Alors que s’amorce la finale de la Coupe Stanley, ce soir à Boston, David Perron revient sur ses déboires de l’année dernière à pareille date. En toute franchise.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

PHOTO JEFF CURRY, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

David Perron aborde le duel entre les Blues de St. Louis et les Bruins de Boston avec une certaine paix d’esprit.

David Perron n’a jamais été du genre à cacher son jeu. Pourtant, ses séries de l’année dernière avec les Golden Knights de Vegas étaient recouvertes d’un certain mystère. On savait seulement que tout ne s’était pas déroulé comme il l’aurait espéré, sans plus.

Hier, après quelques questions sur sa présence en finale deux années de suite, il a décidé de s’ouvrir un peu plus.

« Ça ne me tente pas vraiment d’en parler [des séries de l’année dernière]. Je vais essayer d’être bref. Je me blesse en fin de saison. Je ne pense pas que c’était une commotion, mais c’était relié à mon cou. Je reviens au match 3 contre les Kings de Los Angeles, et je n’embarque pas dans le rythme. On gagne et on a sept jours de congé. Après, ça va bien contre les Sharks de San Jose, je retrouve mon jeu. Puis j’ai une gastro, la fièvre à 103 pendant deux matchs contre les Jets de Winnipeg. Ils me renvoient à la maison, encore là, je ne peux pas entrer dans le rythme.

« Puis tout d’un coup, on est en finale. Au travers de ça, chaque matin je me réveillais, je n’en ai pas parlé à beaucoup de monde, mais je ne me sentais pas bien. C’est dur de regarder en avant et de vouloir avoir un impact quand tu ne sens pas que ton niveau de santé est bon. Cette année, je me sens bien, c’est différent. »

Voilà Perron sans filtre, avec la franchise qui l’a toujours caractérisé. Et c’est dans le contexte derrière la finale qu’il voit le contraste entre son parcours avec les Golden Knights l’année dernière et celui avec les Blues cette saison.

Il n’a pas oublié non plus le jour où son entraîneur-chef d’alors, Gerard Gallant, l’a laissé de côté en finale. Pourtant à un moment charnière. C’est vrai que son rendement n’avait plus rien à voir avec celui de la saison. On comprend mieux pourquoi maintenant. Cela dit, cette décision l’a longtemps hanté, même s’il ne garde aucune rancœur envers le pilote des Golden Knights.

« J’adore Gerard [Gallant]. Il a pris une décision. Est-ce que j’aurais aimé que ce soit différent ? Oui. À ce moment, c’était le plus gros match de la saison. J’aurais aimé qu’il y aille avec les joueurs qui l’ont mené là. Mais je respecte quand même sa décision. » — David Perron

Remarquez, sa finale de l’an dernier a eu le mérite de le préparer à ce qui s’en vient. Il aborde son duel contre les Bruins de Boston avec une certaine paix d’esprit, pour reprendre exactement ses mots. À la différence qu’il espère évidemment cette fois faire partie de ceux qui auront le plus grand impact sur la victoire.

« C’est peut-être ma dernière chance de participer à la finale, on ne sait jamais. Je suis content d’avoir une autre chance, je ne m’attendais pas à ça si vite. Tu travailles pour ça chaque saison, mais tu ne sais pas quand ça va arriver. C’est différent pour Sam [Blais, son partenaire de trio], j’espère qu’il ne pense pas que ça va arriver chaque saison. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. »

La nouvelle vie à St. Louis

À la fin de la dernière saison, ce n’était pas un secret que Perron voulait rester à Vegas, où il venait de connaître la meilleure saison offensive de sa carrière. Mais il est retourné à ses anciennes amours, les Blues, pour un paquet de raisons.

Il y avait le contrat, bien sûr, généreux à quatre ans et 16 millions. Il y avait son appréciation de la ville, de l’équipe. Il y avait la philosophie de jeu, qui cadrait bien avec le sien. Il y avait aussi sa profonde confiance en la direction que le directeur général Doug Armstrong voulait donner aux Blues.

Mais voilà, la saison ne s’est pas déroulée sans pépins. Mike Yeo a été congédié tôt, puis remplacé sur une base intérimaire par Craig Berube. Les résultats se sont fait attendre, avec la conséquence que les Blues occupaient le dernier rang du classement de la LNH au moment où le Québec regardait la reprise du Bye bye.

PHOTO LM OTERO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Craig Berube

Pourtant, Perron voyait déjà que la situation n’était pas aussi terrible qu’elle ne le paraissait. Il se souvient d’un voyage dans l’Ouest canadien au cours duquel les Blues ont commencé à tirer plus souvent que l’adversaire. La tendance s’est poursuivie deux, trois semaines, sans résultats tangibles. Puis, un jour, le vent a tourné. Et pas à peu près.

Les Blues ont gagné 11 matchs de suite entre le 23 janvier et le 19 février. Ils étaient devenus inarrêtables, dans les mois cruciaux qui préparent aux séries. Les raisons sont multiples. Il y a le gardien Jordan Binnington, évidemment, dont l’histoire de rêve a été bien documentée. Il y a l’entraîneur Berube aussi.

« Il a donné confiance aux joueurs. C’est important que l’entraîneur place sur le dos des joueurs ce qui se passe, pour qu’on fasse ressortir notre fierté. Pour que l’on veuille remplir un certain rôle pour l’équipe, mais aussi pour nous-mêmes. Comme l’an dernier avec Gerard Gallant. Ils sont humbles. Ils te laissent la glace et ils te font confiance. Ça peut faire la différence.

« Chaque fois que tu embarques sur la patinoire dans une situation critique, tu veux montrer à l’entraîneur qu’il a eu raison. Si tu fais des erreurs, tu le sais, et tu ne te fais pas nécessairement tasser tout de suite. J’ai vraiment apprécié Craig Berube pour ça. C’est une des raisons pour lesquelles on a viré la saison de bord. »

Il est à quatre victoires de la parfaite conclusion.

Blues de St. Louis c. Bruins de Boston, ce soir à 20 h

Sanuel Blais : le match qui a tout changé

PHOTO JEROME MIRON, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Samuel Blais (à gauche) occupe un rôle important avec les Blues de St. Louis.

Retour en novembre 2015.

Le journal La Nouvelle Union de Victoriaville titrait ceci : « Bruce Richardson perd patience avec Samuel Blais ».

Bruce Richardson était à l’époque l’entraîneur- chef des Tigres de Victoriaville, dans la LHJMQ. Samuel Blais était l’un des meilleurs joueurs de l’équipe. C’était à ce moment une nouvelle parmi tant d’autres dans le monde du hockey, une goutte dans l’océan. On était alors bien loin de se douter que cette journée banale allait changer Blais, qui participera à compter de ce soir à la finale de la Coupe Stanley avec les Blues de St. Louis.

Un peu de contexte. En 2014-2015, Blais avait obtenu 82 points, dont 34 buts. Il avait même été repêché par les Blues, la saison précédente, même s’il avait partagé son temps entre le midget AAA et la LHJMQ. Il avait le talent, pas de doute là-dessus. Pourtant, le 11 novembre 2015, contre les Voltigeurs de Drummondville, il s’est retrouvé sur le quatrième trio. Fini les présences cadeaux en avantage numérique. Il a à peine touché la glace du match.

Blais se souvient de la gifle comme si c’était hier.

« J’étais en tab… » Bon, on lui a promis de ne pas retranscrire intégralement sa réponse, mais vous pouvez aisément imaginer qu’il était, disons, courroucé.

« Bruce a été bon avec moi. Il a été dur. À ce moment, je me disais que je ne l’aimais pas, mais lui m’aimait beaucoup. Il voulait que je sois un joueur qui allait amener plus que de l’offensive. C’est là que j’ai compris qu’au niveau professionnel, tous les joueurs ont du talent. Tu dois amener quelque chose de plus. Avec ma robustesse, j’amène une autre dimension à mon match. »

« Quand j’y repense, c’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver. » — Samuel Blais

Le message a porté ses fruits. Vraiment. Sans le savoir, Blais a utilisé exactement les mêmes mots que Richardson quand on a demandé à l’entraîneur quelle leçon il espérait que son joueur étoile ait retenue de ce jour-là. La ressemblance n’est pas un hasard.

Voyez-vous, Richardson croyait en Blais, il avait décelé son potentiel énorme. Il faisait partie des conquis. Il savait qu’avec un peu de polissage, le petit gars de Montmagny pourrait devenir un joueur de la LNH. Après tout, il avait déjà l’ingrédient principal, la passion du hockey. Il se rappelle Blais, dans l’autocar, qui connaissait par cœur les statistiques de tout le monde. Un vrai nerd du hockey, qui mangeait de son sport.

Il avait l’ingrédient principal, mais pour atteindre le plus haut niveau, ce n’était pas assez. D’où la sanction.

« À 18 ans, il a été un joueur-clé pour nous, mais il avait des failles, se rappelle Richardson, aujourd’hui entraîneur-chef de l’Armada de Blainville-Boisbriand. Il voulait la game facile, il voulait aller chercher des points. Il jouait comme s’il voulait rester junior et jouer pour le fun. Je voyais plus en lui.

« Je voulais qu’il joue avec hargne. Il était gros, son patin était moyen. Il tournait en rond. Je lui disais : ‟Sam, on dirait que tu joues avec des patins à roulettes, tu tournes tout le temps, tu ne freines jamais. Tu es gros, tu es fort, quand tu t’impliques physiquement, avec ton talent, tu es comme un homme contre des enfants de la garderie tellement c’est impressionnant.” »

Blais est devenu un autre joueur après cette rétrogradation. Il est devenu un joueur à l’effort constant, complètement dévoué à un rôle qui va bien au-delà de marquer des buts (il n’en compte que 4 en 51 matchs dans la LNH). Avec pour résultats que Blais s’est révélé en séries dans des matchs de sept, huit, neuf mises en échec. Il forme désormais avec David Perron et Ryan O’Reilly un dangereux trio pour les Blues. Chaque présence, il se désâme pour aller chercher la rondelle, créer des revirements. Il devient peu à peu comme un incontournable du plan de match.

Et c’est arrivé, en partie du moins, par une petite journée tranquille à Victoriaville.

Un rêve

Les deux hommes communiquent encore. Blais a félicité Richardson pour le poste avec l’Armada. Richardson l’a encensé en retour.

« Je suis fier, a reconnu Richardson. On veut gagner comme entraîneur, mais on est là pour aider les jeunes à atteindre leur objectif. De voir que c’est le premier joueur dont j’ai été l’entraîneur au niveau junior majeur qui atteint la LNH, c’est agréable. Tu es peut-être une minime partie de son développement, mais tu en as fait partie. »

Mais voilà, Richardson a été plus qu’une « minime partie du développement » de Blais. Rien n’était moins sûr quand ils se sont séparés, quelques semaines après l’incident, au moment où Blais a été échangé aux Islanders de Charlottetown. Aujourd’hui, la perspective des années aidant, Blais n’hésite pas à dire que Richardson est l’un des entraîneurs les plus importants dans sa carrière.

« Lui et Chief [le surnom de Craig Berube, entraîneur des Blues], précise-t-il. Berube a été mon premier entraîneur au niveau professionnel. Il fait beaucoup de vidéo, je regarde mes matchs avec lui. Ils ont été durs avec moi, mais c’était pour le mieux. On a du respect pour Berube. Tu sais ce qu’il veut. Il a l’air méchant, donc tu essaies de tout faire correct quand il te le demande [rires]. »

Parce que c’est vrai que Berube l’a brassé, lui aussi. Il l’a laissé de côté souvent, il lui a donné des grenailles de temps de jeu. C’est vrai aussi qu’il s’en trouvera peu pour dire du mal de l’homme qui a contribué à changer le destin des Blues. Difficile d’oublier que Berube a hérité d’une équipe qui était au dernier rang de la ligue le 2 janvier dernier. Ça aussi, c’est une gifle que Blais n’oubliera pas.