Les gardiens constituent sans doute les athlètes les plus imprévisibles du hockey, et contribuent à fausser largement les analyses.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Les séries éliminatoires voient encore émerger ce printemps des noms surprenants. Il y en a quatre dans le carré d’as.

Petr Mrazek, des Hurricanes de la Caroline, n’était plus dans les plans des Red Wings de Detroit l’an dernier. Il a été cédé aux Flyers de Philadelphie pour un choix de troisième ronde à la date limite des échanges en 2018. Il a été lamentable en fin de saison dernière à Philadelphie et les Flyers n’ont même pas songé à lui offrir de contrat.

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Petr Mrazek

Les Hurricanes n’y croyaient pas trop, puisqu’ils lui ont offert un contrat de seulement un an, moyennant un salaire de 1,5 million. Mrazek devait lutter avec Scott Darling pour le poste de numéro un. Darling avait constitué une amère déception après avoir signé un contrat de quatre ans pour 16 millions l’année précédente.

Il n’y a pas eu de lutte. Darling s’est blessé au camp d’entraînement et les Hurricanes ont réclamé Curtis McElhinney, 35 ans, au ballottage des Maple Leafs de Toronto pour le remplacer. Darling n’a jamais retrouvé ses moyens, en pause de hockey pour des raisons personnelles. L’improbable duo constitué de Mrazek et McElhinney aura permis aux Hurricanes d’accéder aux séries. Mrazek a disputé brillamment les neuf premiers matchs éliminatoires avant de se blesser, mais on le dit prêt à revenir au jeu.

Tuukka Rask est un gardien établi à Boston. Du moins il l’était avant l’ouverture de la saison. Mais Jaroslav Halak a menacé son poste avec des performances éclatantes en octobre et novembre. L’entraîneur Bruce Cassidy a même déclaré cet automne ne pas avoir décidé l’identité de son éventuel gardien numéro un permanent. Rask a disputé 46 matchs en saison régulière, Halak 40.

Mais Rask a craqué à certains moments en séries éliminatoires par le passé et certains suggéraient même d’envoyer Halak dans la mêlée pour le premier match contre les Maple Leafs. Cassidy s’est sagement tourné vers le Finlandais. Y’a-t-il un meilleur gardien que lui à l’heure actuelle?

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Jaroslav Halak et Tuukka Rask.

À St. Louis, Jordan Binnington est désormais une star. Mais il ne constituait même pas le gardien numéro un du club-école de la Ligue américaine en début de saison. Pire, on l’a prêté à l’organisation des Bruins l’an dernier parce qu’on n’avait pas de place pour lui dans les mineures.

Rappelé presque par défaut en décembre, ce jeune homme de 25 ans a sauvé la saison des Blues, derniers au classement général en janvier. Sa fiche de 24-5-1, sa moyenne de 1,89 et son taux d’arrêts de .927 lui ont valu une place parmi les trois finalistes pour le trophée Calder remis à la recrue par excellence. La pression des séries ne semble pas l’avoir atteint jusqu’ici.

À San Jose, Martin Jones a connu une autre saison en dents de scie, comme en font foi son taux d’arrêts inférieur à .900 et sa moyenne de 2,94. Plusieurs analystes suggéraient même l’acquisition à la date limite des échanges d’un gardien expérimenté pour le pousser à l’excellence ou même, pire, le supplanter.

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Martin Jones

Jones en a arraché par moments en première ronde des séries contre Vegas. Depuis le sixième match, il a accordé trois buts ou plus seulement trois fois en 11 rencontres, dont un seul match de trois buts ou plus à ses cinq dernières parties.

Une tendance se confirme à nouveau, la surutilisation des gardiens en saison régulière. Jones est le seul des quatre à avoir disputé plus de 50 matchs.

J’ai souvent écrit à cet effet. François Allaire m’avait expliqué, il y a quelques années, qu’il avait toujours préconisé une formule d’alternance non seulement pour reposer son gardien numéro un, mais aussi pour préparer l’auxiliaire à toute éventualité.

« Je trouve que 50 à 60 matchs par saison, c’est une bonne formule pour un gardien numéro un. Ça permet de bien travailler avec lui à l’entraînement et de lui donner un nombre suffisant de matchs pour qu’il se sente à l’aise. Je n’ai jamais cru à la formule de 72 matchs pour le partant et 10 matchs pour l’auxiliaire, parce que c’est jouer à quitte ou double en prévision des séries. »

D’ailleurs, Patrick Roy n’a jamais disputé plus de 62 matchs en saison régulière lors des quatre printemps où il a remporté la Coupe Stanley. Deux fois a-t-il joué plus de 65 matchs. Il a perdu en première ronde la première fois et en deuxième ronde la seconde fois.

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Braden Holtby brandit la coupe Stanley le 7 juin 2018.

Le gagnant de la Coupe Stanley l’an dernier, Braden Holtby, a disputé seulement 54 matchs en saison régulière, son adversaire Marc-André Fleury seulement 46. La saison précédente, Matt Murray en avait joué 49, contre 61 pour son vis à vis en finale Pekka Rinne.

Certains feront évidemment des liens avec Carey Price et son salaire annuel de 10,5 millions et compareront son contrat avec ceux, modestes, de Binnington et Mrazek.

Réglons une chose sur-le-champ : le salaire de Price n’affecte en rien la masse salariale du CH puisque l’équipe est loin du plafond depuis deux ans. Autant compter sur un gardien de qualité.

Rien n’assure non plus une équipe de connaître du succès avec un gardien de deuxième ordre. Les Sabres de Buffalo, par exemple, ont raté les séries après avoir confié le filet à un auxiliaire de carrière. Ils avaient bien d’autres problèmes, direz-vous, mais Carter Hutton ne leur a pas permis non plus de s’extirper de leurs malheurs.

Demandez aux Panthers de la Floride, aux Flames de Calgary ou aux Flyers de Philadelphie (quoique l’arrivée du jeune Carter Hart a stabilisé la situation au cours de l’hiver) s’ils n’auraient pas souhaité avoir un gardien dans la force de l’âge et en pleine possession de ses moyens.

Les Hurricanes et les Blues ont aussi joué un peu de chance, avouons-le. Don Waddell n’avait pas grand-chose à perdre en embauchant Mrazek pour un an en cas de défaillance à son gardien Darling, payé quatre millions par année.

Le numéro un déchu des Blues, Jake Allen, touche tout de même 4,35 millions par saison. Binnington est un cadeau du ciel. Sans lui, les Blues seraient en vacances depuis longtemps et se prépareraient sans doute à repêcher parmi les cinq premiers en juin.

Pour un Binnington et Mrazek, combien d’Al Montoya, Antti Niemi, Charlie Lindgren, Andrew Hammond, Michael Neuvirth, Keith Kinkaid et Mike Condon?

Aussi bien mettre les probabilités en sa faveur et se doter d’un gardien de premier plan, mais avec un auxiliaire de premier plan aussi pour ménager ses gardiens en saison régulière. À ce chapitre, le Canadien a intérêt à s’en trouver un bon cet été pour seconder Price.

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Les Sénateurs suivent le parcours des Sharks de San Jose avec intérêt. Ils ont déjà reçu un choix de première ronde en 2020 et l’espoir Josh Norris, entre autres, pour Erik Karlsson. Si jamais les Sharks atteignaient la finale de la Coupe Stanley ET retenaient les services de Karlsson au-delà de cette saison, le choix de deuxième ronde en 2021 se transformerait en choix de première ronde.

Pierre Dorion surveille aussi l’avenir de Matt Duchene à Columbus. Un autre choix de première ronde s’ajouterait au lot si Duchene signait une prolongation de contrat là-bas. Dans le meilleur des scénarios, les Sénateurs détiendraient un choix de première ronde cette année, trois choix de première ronde en 2020 et deux choix de première ronde en 2021, et six choix de deuxième ronde en trois ans.

À LIRE

Inspirés par le retour au jeu de leur capitaine Joe Pavelski, les Sharks de San Jose ont éliminé l’Avalanche du Colorado 3-2 hier soir. L’Avalanche peut entamer ses vacances la tête haute, l’avenir s’annonce fort prometteur là-bas.