Une équipe de la LNH ou de la NBA dispute 82 matchs dans sa saison.

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

Pourquoi 82 ? Pourquoi pas 31 ou 100 ?

En deux mots : parce que.

Rien ne prouve que 82 soit le nombre optimal de parties pour le portefeuille des propriétaires. Ou pour la santé des joueurs. Ni même pour les réseaux de télévision. Par contre, on se doute bien qu’au milieu de la saison, le partisan ressent une certaine fatigue. Le 12 janvier, entre un énième match Sénateurs-Panthers et un documentaire animalier, il est probable que je préfère approfondir mes connaissances sur la migration des papillons monarques.

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Le commissaire de la NBA, Adam Silver, l’a bien compris. Il y a deux semaines, il a reconnu que le nombre de 82 matchs relevait davantage de l’intuition que de la science. « Il n’y a rien de magique à ce propos », a-t-il révélé en conférence de presse.

Intéressant.

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Adam Silver, commissaire de la NBA.

Puis il a ajouté, réaliste : « Nous devons être attentifs à l’évolution des habitudes des téléspectateurs. À l’évolution du marché […] La capacité d’attention des gens est plus courte. »

Je souligne la dernière phrase à gros traits de Crayola jaune fluo. « La capacité d’attention des gens est plus courte. » En 2019, garder un téléspectateur captif pendant trois heures relève d’un tour de force.

Alors, certaines fédérations sportives révisent leurs règles. 

– Au cricket, un nouveau format permet de réduire la durée d’un match de plusieurs jours à deux heures.

– Au volleyball, la façon de compter les points a changé. Les matchs sont disputés plus rapidement.

– Dans les ligues mineures de baseball, il y a maintenant un coureur au deuxième but au début de chaque tour au bâton à partir de la 10e manche. Les points sont inscrits plus vite et les matchs prennent fin plus tôt.

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Ces mesures permettent de retenir l’attention d’un téléspectateur le temps d’un match.

Maintenant, la NBA va plus loin. Son objectif : retenir l’attention pendant… une saison. Un gros défi. Pour ce faire, elle pourrait diminuer le nombre de matchs. Couper le calendrier en deux. Et surtout, introduire un tournoi de mi-saison.

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L’idée d’une compétition de mi-saison n’est pas nouvelle.

C’est déjà le cas au soccer. Prenez la Premier League anglaise. Les clubs disputent 38 parties « régulières », réparties entre août et mai. Pendant la même période, ils se battent aussi pour la Coupe de la ligue et la Coupe d’Angleterre. Les quatre meilleurs participent en plus à la Ligue des champions, un tournoi continental. Comment ça fonctionnerait dans la NBA ? Le commissaire est resté vague. Le format n’est pas défini. On sait toutefois que c’est un projet à long terme. Pas avant cinq ans minimum.

Et la LNH ? Elle s’est montrée proactive ces dernières années. Elle a révisé le format des parties. Ainsi sont nés les tirs de barrage (2010) et le trois contre trois en prolongation (2015).

Maintenant, la LNH doit réfléchir au format de la saison. Et profiter des négociations de la prochaine convention collective, dans les prochains mois, pour créer un tournoi de mi-saison.

À quoi ça pourrait ressembler ? À un March Madness qui compte pour le classement général.

LE FORMAT

Au début janvier, le calendrier « régulier » fait place à la Coupe Gretzky. Les 32 clubs (en incluant Seattle) y participent. Ils sont classés selon les points accumulés au classement général après 45 parties. Le no 1 affronte le no 32, ainsi de suite. Les divisions et les associations ? Oubliées dans un tiroir dont le chien a avalé la clé…

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Carey Price bloquant un tir de Tyler Seguin, l'automne dernier.

Au premier tour, les équipes s’affrontent dans une série aller-retour. Exemple d’un duel Canadien-Stars : un match est disputé à Montréal, l’autre à Dallas. Cela assure à chaque franchise de présenter au moins une partie. Au terme des deux matchs, le gagnant est déterminé au différentiel des buts, comme au soccer.

Après ? Élimination directe, comme au tennis. Y compris la finale. Les parties pourraient être présentées dans la ville de l’équipe la mieux classée ou dans un lieu déterminé d’avance, comme dans la NCAA au basketball.

LA RÉCOMPENSE

Un magnifique trophée. Mais aussi… des points au classement général.

Chaque victoire donne deux points et une nulle au premier tour, un point. L’équipe championne a donc la possibilité d’ajouter 12 points à sa fiche. Une solide incitation à gagner. Pendant trois semaines, les partisans auraient donc droit à « des matchs de quatre points » tous les soirs. Les statistiques individuelles ? Elles pourraient être comptabilisées.

LES AVANTAGES

Ils sont évidemment nombreux.

– L’espoir de revenir dans la course aux séries pour les clubs en queue de peloton (la saison reprendrait en février).

– Du contenu plus intéressant pour les télédiffuseurs.

– De nouvelles possibilités de commandites.

– De nouvelles occasions de marketing. Les clubs pourraient porter des chandails créés pour le tournoi. Sur le modèle des uniformes City Edition, de la NBA.

– Plus de repos en saison pour une majorité de joueurs.

– Mathématiquement, une baisse du nombre de matchs de saison crée une course aux séries plus serrée. Dans la NFL, chacun des 16 affrontements est important. Au baseball, à 162 matchs, ce n’est pas toujours le cas.

On commence quand ?

La NBA parle d’un horizon de cinq ans. Comme je l’ai indiqué plus tôt, la LNH a l’avantage de négocier sa convention collective dans les prochains mois. De tels changements doivent être approuvés par les joueurs et les propriétaires. Les deux y trouveraient probablement leur compte. La Ligue aussi.

Les télédiffuseurs ? C’est moins évident. Le contrat canadien est très lucratif pour la LNH. Pour réduire le nombre de matchs, il faudrait probablement rouvrir l’entente. À moins de céder aux télédiffuseurs actuels les droits sur le tournoi plutôt que de le soumettre aux enchères. Une belle étude de cas pour les étudiants au MBA.

Est-ce compliqué ? Oui.

Mais avec de la bonne volonté, c’est possible. Si les papillons monarques se sont adaptés aux changements climatiques en modifiant leur parcours de migration, je pense que les dirigeants de la LNH sont capables d’organiser un tournoi de hockey de trois semaines.

Moins de matchs ? La LHJMQ l’a fait

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Gilles Courteau

Avec les progrès de l’aviation et la télédiffusion, le nombre de matchs par saison a grandement augmenté. Prenons le Canadien. En 1917, il disputait 22 matchs par hiver. Puis c’est passé à 24, 30, 36, 44, 48, 50, 60, 70, 74, 76, 78 et 80 et 84. Depuis 1995, la saison compte 82 parties.

Ces dernières années, très peu de ligues ont réduit le nombre de parties. La LHJMQ, elle, l’a fait. Elle est passée de 72 à 70 (2003), puis à 68 parties (2008). Encore aujourd’hui, de nombreuses personnes trouvent que c’est trop. L’horaire condensé crée des frustrations. L’entraîneur-chef des Remparts de Québec, Patrick Roy, a même qualifié son calendrier de « marde » le mois dernier.

Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, a commandé une étude sur la question. « Peut-on réduire le calendrier ? Si oui, de combien de matchs ? Tous les éléments qui composent la présentation du calendrier régulier seront étudiés. Les revenus, les dépenses, les jours auxquels on joue des matchs en semaine et le week-end », a-t-il indiqué à La Presse. Les recommandations doivent être livrées dans les prochains mois.