Pas besoin d'introduction, de mise en contexte, rien de tout ça. Plongeons dans le vif du sujet.

Mis à jour le 18 déc. 2018
Jean-François Tremblay LA PRESSE

Le Canadien de Montréal a livré hier, dans une défaite de 4-0 contre les Bruins de Boston, l'une de ses plus pitoyables performances de la saison, sinon la plus pitoyable.  

Les spectateurs ont déserté le Centre Bell en masse dès le milieu de la troisième période; certains fêtards profitaient des arrêts de jeu pour célébrer avec ironie des étincelles inexistantes. Les huées ont fusé lors des avantages numériques, encore inertes, puis ont enterré l'annonce de la dernière minute de jeu et la sirène de fin de match.

Vous pouvez imaginer que, dans le vestiaire du Canadien, tout le monde avait le visage long. Brendan Gallagher était seul pour faire face aux médias à l'ouverture des portes. Il s'est crucifié, le pire match de sa carrière, a-t-il dit. Il a été mauvais, c'est vrai, comme tout son trio. Terrible, Tomas Tatar avait déjà quatre revirements à sa fiche après quelques minutes de jeu. Phillip Danault a commencé le match avec une juteuse erreur dans sa zone, puis a écopé d'une pénalité de paresse. Le ton était donné.

«Je ne peux pas l'expliquer, a dit Gallagher. Il n'y a aucune excuse, surtout dans notre édifice. C'est très décevant. Personnellement, je me regarde, j'ai mal joué. Je ne peux pas parler de mes coéquipiers, je dois parler de moi-même. Je dois être meilleur. On a dit les bonnes choses, mais on ne l'a pas fait sur la glace. On méritait ce résultat.»

Le plus décevant dans le match d'hier n'est pas le résultat, c'est plutôt la manière, et le contexte. C'était bien plus qu'un petit lundi soir d'hiver de milieu de saison. Le Canadien n'avait pas le droit d'être aussi morne. Pas devant ses partisans, pas contre un rival direct au classement, pas contre les Bruins de Boston. De tous les adversaires, s'il vous plaît, pas contre les Bruins de Boston. Le Canadien avait pourtant offert le meilleur de lui-même contre eux cette saison.

Dans un point de presse éclair - 3 minutes 44 secondes, les deux langues comprises -, Claude Julien n'a pas offert d'explication. Il n'en avait pas, à vrai dire. C'est le genre de soirée qui se pointe le bout du nez, parfois, sans qu'on l'invite. Mais comment peut-on réduire la fréquence de telles soirées?

«Ça se reproduit chaque année, et comment on l'évite? Du mieux possible, a dit l'entraîneur-chef. Ce qui est frustrant est que ce n'est pas un match contre l'autre conférence, c'est contre un rival un point derrière nous. Ils sont venus dans notre édifice prendre deux points et on ne s'est pas présentés. Comme entraîneur, tu ne prends pas la décision ce soir, tu la prends demain.»

On peut donc s'attendre à des changements d'ici au prochain match, demain contre l'Avalanche du Colorado.

Les premières minutes infernales

Pour bien comprendre l'ampleur de l'échec, il suffit de regarder la feuille de match. Gallagher, Schlemko, Reilly, Chaput, Lehkonen, Shaw, Price, Tatar quatre fois: voici la liste des revirements enregistrés avant la septième minute de jeu. Onze revirements en sept minutes, autant que dans tout un match en moyenne cette saison pour le Canadien. C'est aussi ça, le vrai problème du match d'hier. Comme si personne n'avait vraiment saisi le sérieux du moment.

Michael Chaput a donné le revirement le plus invitant du groupe, directement à Colby Cave lorsqu'il était sous pression. Joakim Nordstrom faisait 1-0 quelques secondes plus tard.

«Je ne suis pas capable de trouver pourquoi on n'est pas sortis pour jouer un bon match, a dit Chaput. On avait toutes les raisons de le faire. Toute la partie, ils ont eu le dessus. Ça ne peut pas arriver.»

Le reste du match a été une série d'erreurs de synchronisation. Des passes dans les patins, des passes vers personne (de son équipe), des sorties de zone ratées, des rondelles ratées.

Sur le deuxième but, celui de Cave inscrit à 4 contre 4, Shea Weber a raté sa sortie, tout le monde a perdu son homme. Parenthèse, le Canadien paraît très mal à 4 contre 4. C'était le cinquième but accordé en pareilles circonstances cette saison, plus que quiconque à travers la LNH.

Sur le troisième but, Tatar est entré en contact avec Jeff Petry, et tout le monde est tombé comme un jeu de quilles. Sur le quatrième, David Schlemko a carrément poussé David Pastrnak sur son propre gardien, et Brad Marchand ne pouvait pas croire la chance qu'il avait d'être devant un filet désert.

Avec tout ça, on n'a même pas parlé de l'avantage numérique : aucun but lors des 25 dernières occasions, et à 3,3% d'efficacité depuis le retour de Weber.

Le Canadien est meilleur que ce qu'il a démontré hier. N'empêche, il ne s'est pas présenté dans un moment où il aurait dû le faire. C'est plus grave que le résultat. Cette défaite est le genre qui peut laisser des traces. Le prochain match contre l'Avalanche en dira beaucoup.

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En hausse: Paul Byron

L'un des rares à avoir eu un peu d'orgueil dans cette pitoyable performance. Il a fait croire à quelque chose avec une superbe présence en milieu de match.

En baisse: Tomas Tatar

Il y a tellement de choix, mais Tomas Tatar a réussi l'exploit de commettre quatre revirements dans les premières minutes du match. Ça donnait le ton.

Le chiffre du match: 25

Le Canadien n'a pas marqué à ses 25 derniers avantages numériques.