Il y a quelques jours, Joël Bouchard s'est assis un bon moment avec le représentant de La Presse pour discuter du cas Xavier Ouellet. De fil en aiguille, la conversation s'est naturellement tournée vers sa manière d'aborder son rôle d'entraîneur-chef du Rocket de Laval.

Mis à jour le 15 déc. 2018
JEAN-FRANÇOIS TREMBLAY LA PRESSE

Bouchard n'est pas du genre à adoucir son propos, et son objectif avec les joueurs sous sa responsabilité est rapidement devenu très clair.

« J'en ai vu des gars dans les ligues mineures se pogner le beigne. Ils sont bons contre des jeunes, des enfants. Le coach les met quand même sur la glace. Ils tournent les coins ronds, ils ne travaillent pas dans les entraînements, mais ils sont corrects en match. Ils sont parmi les meilleurs marqueurs de la ligue. Puis, quand ils sont rappelés, qu'est-ce qui se passe ? Rien du tout. Ils jouent deux matchs, le coach les renvoie en bas. Pas capables de jouer. C'est la même histoire qui se répète tout au long de leur carrière. Avec moi, ça n'arrivera pas. »

Bon, c'était une discussion loin des caméras et des micros. Dans la version originale, il y avait ici et là quelques expressions un peu plus colorées. Mais c'est la marque de commerce de l'homme, mélange d'honnêteté et d'intensité. On lit quand même entre les lignes qu'il voit dans le Rocket un programme de développement des joueurs beaucoup plus qu'une source rapide de résultats.

Bouchard cite les Michael Chaput, Brett Kulak, Kenny Agostino. Trois joueurs qui étaient ses piliers dans la Ligue américaine et qui ont réussi une transition intéressante vers la Ligue nationale. Ils ont même devancé dans la hiérarchie du Canadien certains joueurs dont la place semblait presque assurée il n'y a pas si longtemps.

À Laval, Chaput et Agostino se partageaient les responsabilités du premier trio offensif, avec la pression de produire des points. Kulak était le quart-arrière de l'avantage numérique et accumulait les minutes. Mais voilà, Bouchard a toujours su que ses joueurs, s'ils étaient rappelés par le Canadien, n'auraient pas tout de suite des premiers rôles avec le grand club. Ils devraient apprendre à être des acteurs de soutien, pendant un moment du moins. Il a vu juste, avec le bémol de Kulak qui est devenu le partenaire régulier de Shea Weber. C'est pour cette raison qu'il n'acceptait pas les demi-mesures.

« Ils doivent jouer en haut de la même façon qu'en bas pour être capables d'avoir une chaise. » - Joël Bouchard, entraîneur-chef du Rocket

« Je donne en exemple Agostino. Dans la Ligue américaine, il pourrait tricher mais ramasser ses points, jouer 22 minutes par match sans se soucier des détails. Mais mon but était de le faire jouer de la même manière qu'il l'aurait fait en haut. 

« Kulak joue avec Shea Weber, mais il n'a pas le même rôle à Montréal qu'avec le Rocket. C'est normal. Mais je ne pouvais pas le laisser faire n'importe quoi. J'insistais beaucoup sur son jeu défensif. C'est ce qu'il doit faire en haut, pas l'avantage numérique. Chaput était sur l'avantage numérique ici. C'est ça, la Ligue américaine. »

LES APPRENTISSAGES

Soyons honnêtes, Brett Kulak a connu une soirée en dents de scie contre les Hurricanes de la Caroline, jeudi. Probablement sa pire sortie depuis qu'il a eu la promotion inespérée sur le premier duo de défenseurs. Il a surtout mal paru quand il s'est fait contourner un peu trop facilement par Sebastian Aho sur le quatrième but des Hurricanes.

Autrement, il s'est bien tiré d'affaire dans un rôle que plusieurs jugeaient trop grand pour lui, et qui l'est probablement, en fait. Kulak a tenu à souligner l'apport de Bouchard dans son développement. L'entraîneur du Rocket lui a permis de retrouver sa confiance après qu'il a longtemps été confiné à un rôle secondaire avec les Flames de Calgary.

« Je devais retrouver mon jeu, jouer dans toutes les situations, jouer beaucoup de minutes. Je jouais 23, 24 minutes par soir avec le Rocket. C'était bien de retrouver un rythme, d'arrêter de penser à plein de choses et de seulement jouer au hockey. Joël m'a montré comment rejoindre plus rapidement les joueurs, comment réduire l'espace et le temps. Je ne suis pas le plus gros. Je ne peux pas les faire traverser la bande. Mais j'ai beaucoup de fierté à réussir à faire perdre la rondelle à l'adversaire grâce à mon patin et à mon positionnement. Je travaillais là-dessus sans relâche à Laval. »

Même son de cloche du côté de Kenny Agostino. Pour celui-ci, à 26 ans et à sa sixième saison chez les professionnels, c'était presque sa dernière chance de s'établir dans la LNH. Claude Julien lui a pourtant offert l'occasion de se faire valoir, et à présent, il donne raison à son entraîneur.

Agostino était une vedette de la Ligue américaine quand il s'est joint à l'organisation du Canadien à l'été. Mais il n'avait jamais dépassé les huit matchs en une saison dans la LNH, et c'était il y a cinq ans. Le voilà rendu à 17 matchs - et neuf points - avec le Canadien. Contre les Hurricanes, il a vécu sa première soirée de deux points dans la LNH.

« Joël a fait un bon boulot pour s'assurer que ses meilleurs joueurs ne soient jamais satisfaits d'être dans la Ligue américaine. Il est vraiment intense. Il est très exigeant et nous force à jouer avec hargne. C'est en partie pour ça que Chaput et moi avons réussi à nous intégrer à la formation du Canadien. Il insiste pour que ses meilleurs jouent toujours avec intensité. Il est intransigeant là-dessus. »

Le Rocket de Laval ne gagne toujours pas. L'équipe est avant-dernière au classement, les buts se font attendre, l'avantage numérique est le pire de la ligue. Mais jusqu'ici, sur le plan du développement, il n'y a pas grand-chose à redire.