On commence presque à s'y habituer. Pour la troisième fois de sa carrière, Francis Bouillon a fait ses adieux à l'organisation du Canadien. Mais cette fois, il y a ce sentiment que c'est réellement terminé.

Guillaume Lefrançois LA PRESSE

Michel Therrien et Marc Bergevin ont rencontré Bouillon, lundi matin, pour lui annoncer qu'il était libéré. L'équipe lui avait accordé un essai pour le camp, mais au final, le vétéran de 38 ans aura été victime du virage jeunesse de l'équipe, qui a déjà emporté Josh Gorges, Brian Gionta, Daniel Brière et Peter Budaj.

«Je m'y attendais, a-t-il dit, entouré d'une bonne quinzaine de journalistes. Je savais que la décision viendrait à la fin du camp. Il restait à savoir si ça serait positif ou négatif. Je suis serein dans tout ça. J'étais prêt pour les deux situations.

«Je me disais que j'avais encore la passion du hockey et que je voulais finir ma carrière ici. Je suis content de ce que j'ai accompli ici, même si je pars avec une petite déception. Si je n'étais pas venu au camp, je me serais peut-être réveillé dans deux ans en me demandant pourquoi je n'ai pas tenté ma chance une dernière fois à un camp.»

Bouillon a pris part à seul match préparatoire, pendant que Nathan Beaulieu, Jarred Tinordi et même Darren Dietz accumulaient les missions et convainquaient la direction qu'ils étaient prêts à en prendre plus.

«Je me demandais si l'équipe voulait garder un vétéran comme septième défenseur ou un jeune. Je croyais que mon expérience m'aiderait. Mais Tinordi et Beaulieu ont un bel avenir avec l'organisation. J'étais conscient que le Canadien voulait prendre un virage jeunesse.

«J'avais fait la même chose à mes premières années, j'avais délogé des vétérans. On dit que le hockey est le plus beau sport, mais ça reste un sport ingrat. Tu te bats avec tes propres coéquipiers pour faire ta place.»

Les hommages pleuvent

À commencer par Bergevin, un peu tout le monde a été touché par la situation.

«J'ai rêvé cette nuit à la façon dont je l'annoncerais à Francis, a raconté le directeur général du CH. Ce n'est pas facile, mais c'est important qu'on le fasse, Michel et moi. Michel le connaît depuis Granby (depuis le Titan de Laval). Ça devient une relation personnelle aussi. C'est difficile, mais la décision a été prise et on ne prend pas toujours des décisions faciles.»

«J'ai joué mon premier match à ses côtés et il a été mon partenaire pendant longtemps. C'est un bon vétéran qui nous a aidés, Nathan et moi, et je suis sûr qu'il a aidé Greg (Pateryn) aussi», a dit Tinordi.

«Francis était aussi quelqu'un que je regardais quand j'étais plus jeune, c'était un exemple pour moi. C'est plate de le voir partir», a ajouté David Desharnais.

«J'aimais vraiment son style, il est deux fois plus rapide que moi! a lancé Mike Weaver. Il peut encore jouer, l'équipe le sait, mais il y avait des décisions à prendre sur les jeunes. Tu ne veux jamais être ce gars, mais parfois, ça arrive. L'an passé, j'ai été échangé, j'étais ce gars, c'était difficile.»

La suite

Pour l'heure, Bouillon ne parle pas de retraite. Il ne ferme pas la porte à la LNH, mais pour avoir sondé le marché à l'été, il sait que les places disponibles ne pleuvent pas.

En revanche, l'Europe pourrait être une option (il aurait eu une offre d'Ambrì Piotta, en Suisse), mais il s'agirait d'une décision à prendre en famille pour ce père de jumeaux qui commencent tout juste l'école secondaire.

«C'est drôle, je pense à l'Europe depuis que j'ai 20 ans, a-t-il confié. En finissant le junior, je ne m'attendais pas à jouer 14 ans dans la LNH. À ma dernière année junior, j'ai gagné la Coupe Memorial et je me disais que mon avenir se trouvait en Europe. Je voyais plusieurs petits joueurs comme moi partir là-bas.

«J'ai finalement mangé mon pain noir, mais j'ai atteint la LNH. J'ai surpris bien du monde, même moi.»

En 2002, le Canadien soumettait Bouillon au ballottage, où les Predators de Nashville le réclamaient. Trois semaines plus tard, il rentrait au bercail.

En 2009, Bouillon obtenait un essai avec les Predators, quelques semaines après que le Canadien l'eut laissé partir, dans le cadre du grand ménage effectué à Montréal cet été-là. Trois ans plus tard, il revenait à nouveau.

Il y a lieu de croire qu'on ne le verra plus sur patins dans l'uniforme tricolore. Mais Bergevin a laissé entendre que la porte serait ouverte pour le petit numéro 55 dans son après-carrière. «Des personnes comme lui, dans l'organisation, tu n'en as jamais assez.»

Sans parler de son après-carrière, Bouillon a exprimé son attachement au CH. «Je vais être un Canadien pour toujours.»