Si les fantômes du Forum ont déjà servi la cause du Canadien, ce qui flottait dans l'air du Centre Bell samedi après-midi n'était pas de nature à l'aider.

Mis à jour le 17 mai 2014
Marc Antoine Godin LA PRESSE CANADIENNE

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D'abord, il y avait un souffle de négligence chez le Tricolore, qui n'était manifestement pas descendu de son nuage à la suite de l'élimination des Bruins de Boston au deuxième tour.

« On n'était pas prêts mentalement et physiquement à disputer ce match », a résumé l'entraîneur-chef Michel Therrien au terme de la volée de 7-2 servie par les Rangers de New York dans le premier match de la finale de l'Association de l'Est.

Il y avait aussi l'esprit de France St-Louis, la mère de Martin, dont le décès continue d'unir les Rangers autour d'un vétéran prêt à tout pour la victoire. Auteur d'un but et une passe, St-Louis a été chaleureusement applaudi lorsqu'il est venu cueillir sa première étoile.

« Ma mère m'a souvent vu jouer ici et j'ai grandi en fan du Canadien, a rappelé St-Louis. Quand j'ai atteint la LNH, elle était vraiment fière de me voir jouer au Centre Bell. C'était quelque chose d'émouvant pour ma famille.

« Je continue de jouer en son honneur. D'avoir une victoire de la sorte, d'avoir été choisi la première étoile et de recevoir un tel accueil des partisans à la fin, ça fait chaud au coeur. »

L'attaquant de 38 ans, qui recevra l'appui de toute l'équipe ce matin lors des funérailles, essaie tant bien que mal de garder sa concentration.

« Le soutien de l'organisation aide beaucoup, a-t-il confié. J'essaie de me préparer pour chaque match et aussi d'être là pour ma famille. On jongle avec ça un peu, mais ma mère voudrait que je sois ici à aider mon équipe.

« Ça met un peu de joie dans notre tristesse. »

De mauvais souvenirs

Qu'y avait-il d'autre dans l'air ?

Il y avait le spectre de l'infâme transaction impliquant Scott Gomez et Ryan McDonagh, dont la plaie mettra encore des années à se refermer. Celui qui aurait pu jouer pendant 10 ans à la gauche de P.K. Subban y est allé d'un effort d'un but et trois mentions d'aide, égalant du même coup une marque d'équipe détenue par trois autres défenseurs pour le plus de points dans un match des séries.

Pendant ce temps, Gomez attend l'arrivée du printemps en Alaska.

Il y avait aussi tous les mauvais souvenirs accumulés par les Rangers au fil de leurs dernières visites au Centre Bell. Ces ennuis - particulièrement ceux de Henrik Lundqvist - ont été chassés d'un coup. Le gardien suédois n'a jamais paru ébranlé, tandis que son équipe a marqué plus de buts dans ce match (7) qu'elle ne l'avait fait à ses neuf visites précédentes à Montréal (4).

« Nous ne pensons plus à cela, a dit Ryan McDonagh. Nous allons jouer quelques matchs ici et nous devons éviter de nous laisser distraire par ce genre de choses. Nous avons fait du bon travail sur le banc pour rester concentrés quand la foule s'est mise de la partie. »

Price n'est pas revenu en troisième

La foule a bel et bien senti le CH donner signe de vie en milieu de deuxième, mais deux buts rapides des Rangers en toute fin d'engagement lui ont brisé les reins.

« Ces deux buts ont été le résultat d'erreurs mentales qu'on ne fait pas d'habitude », a déploré Therrien.

Le Canadien n'était tellement pas prêt à contrer la vitesse et l'échec avant de ses nouveaux adversaires que Therrien a préféré ne pas renvoyer Carey Price dans la mêlée en troisième période avec un retard de trois buts.

Comme de fait, la débâcle s'est confirmée avec Peter Budaj devant le filet. Même Rick Nash, blanchi à ses 53 premiers tirs en séries, a fini par trouver le fond du filet. Les punitions successives du CH en début de troisième l'ont taillé en pièces.

Quant à Price, qui ne s'est pas adressé aux médias après la rencontre, il a semblé se blesser à la jambe droite quand Chris Kreider est entré en contact avec lui lors d'une échappée en deuxième période. Il est demeuré dans le match jusqu'à la fin de la période, accordant au final quatre buts sur 20 lancers.

« Ça ne donnait rien de remettre Carey en troisième, a expliqué le coach. C'était davantage pour le protéger parce qu'on n'était pas sharp devant lui.

« Ça n'avait aucun rapport [avec le contact] », a-t-il ensuite précisé.

Une fois les joueurs et les amateurs partis, alors que les employés nettoyaient chaque rangée de sièges, que restait-il dans l'air du Centre Bell ?

Il restait la leçon de 2010. Le Tricolore venait de terrasser deux adversaires en apparence plus imposants pour atteindre la finale d'association, mais s'était fait gifler 6-0 par les Flyers de Philadelphie dans le premier match de la série.

Il n'allait pas s'en remettre.