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Mise en échec chez les pee-wee: le modèle québécois s'impose au pays

Le directeur de Hockey Québec Sylvain Lalonde a... (Photo : archives La Presse)

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Le directeur de Hockey Québec Sylvain Lalonde a remarqué chez ses homologues du Canada anglais une sensibilité accrue au phénomène des commotions cérébrales depuis quelques années. «La perte de Sidney Crosby a vraiment sensibilisé les gens», dit-il.

Photo : archives La Presse

Le Québec a fait cavalier seul pendant 27 ans. Puis coup sur coup, la semaine dernière, la Nouvelle-Écosse et l'Alberta ont aussi décidé d'interdire la mise en échec au niveau pee-wee. D'autres provinces canadiennes pourraient maintenant les imiter. Et si les mentalités étaient en train de changer dans le hockey canadien?

Faut-il permettre à de jeunes hockeyeurs de 11 et 12 ans de s'asséner des mises en échec? À cette question précise, pendant des années, le Québec a été la seule province canadienne à répondre «non». Pendant 27 ans, pour être plus précis.

Depuis qu'il a banni les mises en échec au niveau pee-wee en 1986, Hockey Québec faisait figure d'exception en Amérique du Nord. Cette position minoritaire a engendré de nombreux débats dans la province; sur le caractère soi-disant «feluette» des joueurs d'ici, incapables de faire face au jeu physique du hockey moderne. Plusieurs parents et entraîneurs ont même demandé au fil des ans que la province en finisse avec l'interdiction et rejoigne enfin les autres provinces canadiennes.

Mais le vent semble désormais avoir tourné. Depuis qu'une étude a démontré en 2010 une incidence quatre fois supérieure des commotions cérébrales chez les hockeyeurs pee-wee de l'Alberta par rapport à ceux du Québec, les autorités du hockey nord-américain ont pris note. Les États-Unis ont été les premiers à imiter le Québec il y a deux ans. Puis la fin de semaine dernière, Hockey Nouvelle-Écosse a annoncé qu'elle interdisait désormais les mises en échec chez les joueurs de 11 et 12 ans, quelques jours après une annonce similaire de l'Alberta.

La décision de l'Alberta en a surpris plusieurs. Les joueurs de la province sont reconnus pour leur jeu physique. «S'il y avait la gauche et la droite sur cet enjeu et que la gauche disait: «Enlevez les mises en échec maintenant» et la droite disait: «Le sport est parfait», alors Hockey Alberta a certainement été plus proche de la droite dans le passé», illustre Rob Litwinski, directeur général de Hockey Alberta.

Le Québec, l'Alberta et la Nouvelle-Écosse sont désormais les trois provinces canadiennes qui interdisent la mise en échec au niveau pee-wee. Quelques appels de La Presse ont cependant permis de constater que plusieurs autres provinces entendent leur emboîter le pas. Hockey Colombie-Britannique va soumettre la question à ses membres en juin dans le cadre de son assemblée annuelle. Toutes les provinces atlantiques comptent en faire autant. En fait, seuls le Manitoba et la Saskatchewan semblent vouloir garder coûte que coûte les mises en échec dans cette catégorie d'âge.

«Il y a sept ans, à mes débuts à la barre de Hockey Québec, on était vraiment montrés du doigt, se rappelle le directeur général de la fédération québécoise, Sylvain Lalonde. Il y a 10 ans encore, des gens exigeaient dans certaines provinces la mise en échec au niveau atome. C'était très partagé. Mais je vois qu'aujourd'hui, l'opinion publique semble s'opposer aux mises en échec chez les pee-wee. Il y a eu de longs débats même au Québec, mais je pense qu'aujourd'hui, notre position est acceptée.»

L'effet Sidney Crosby

Le directeur de Hockey Québec a remarqué chez ses homologues du Canada anglais une sensibilité accrue au phénomène des commotions cérébrales depuis quelques années. «La perte de Sidney Crosby a vraiment sensibilisé les gens», dit-il, en référence aux commotions cérébrales qui ont privé l'attaquant-vedette d'une bonne partie de sa saison 2010 et de la presque totalité de la suivante.

Les ennuis de Crosby ont coïncidé avec la publication de deux études coup sur coup. La Dre Carolyn Emery, de l'Université de Calgary, a d'abord suivi de jeunes joueurs pee-wee du Québec et de l'Alberta.

«On a découvert qu'il y avait trois fois plus de blessures chez les joueurs pee-wee de l'Alberta que chez ceux du Québec. Ce qui nous a surpris davantage, c'est qu'il y avait aussi quatre fois plus de commotions cérébrales», rappelle Claude Goulet, professeur au département d'éducation physique de l'Université Laval, qui a participé à l'étude publiée en 2010.

Carolyn Emery a ensuite mené une seconde étude. Plusieurs des défenseurs de la mise en échec en bas âge font valoir qu'elle a un «effet protecteur». Selon eux, plus les enfants apprennent tôt à mettre en échec, moins ils subiront de blessures plus tard. Cette affirmation n'avait bien sûr jamais été documentée.

La chercheuse a donc suivi encore une fois des joueurs du Québec et de l'Alberta, mais cette fois-ci du niveau bantam et pratiquant la mise en échec. La mise en échec apparaît au Québec dès 13 et 14 ans (bantam), mais seulement dans les catégories double lettre et supérieures, donc chez les meilleurs joueurs.

«On a découvert qu'il y avait un nombre similaire de blessures entre les joueurs bantam des deux provinces. Il n'y a donc pas d'effet protecteur au niveau bantam», dit Claude Goulet. Il rappelle que c'est aussi une étude qui avait convaincu Hockey Québec d'interdire les mises en échec au niveau pee-wee en 1986. Elle démontrait que les jeunes joueurs qui utilisaient la mise en échec subissaient 12 fois plus de fractures que les autres.

«À cet âge-là, les joueurs sont en pleine puberté. On constate des différences énormes de gabarit; des différences de taille de 30 cm et de 30 kg entre les plus grands et les plus petits, poursuit M. Goulet. On a même constaté une différence de la force des mises en échec de 70 % entre certains de ces jeunes joueurs.»

Les deux études de Carolyn Emery ont été citées par les autorités de la Nouvelle-Écosse et de l'Alberta au moment d'annoncer leur décision, la semaine dernière. L'Alberta pense pouvoir éliminer 500 commotions cérébrales par année chez ses joueurs de 11 et 12 ans. Même dans l'Ouest, des chroniqueurs sportifs l'ont admis: devant de telles statistiques, il faudrait être fou pour défendre la mise en échec au niveau pee-wee.

«J'ai vraiment l'impression qu'on est en train d'assister à un changement de culture», tranche Claude Goulet.

***

Un Albertain en croisade

Les parents et les instructeurs qui se battent pour le maintien des mises en échec au niveau pee-wee sont des «morons». Todd Millar a regretté avoir écrit ce terme - 14 fois plutôt qu'une - dans un billet mis en ligne sur son blogue personnel.

M. Millar s'est impliqué bénévolement pendant plusieurs années dans le hockey albertain. Lorsqu'il a pris la tête, en 2011, d'une des plus grandes ligues mineures du pays, Hockey Calgary, il s'est donné pour mission de réduire les blessures sur les patinoires. Il avait vu trop de jeunes victimes de commotions cérébrales. Il avait trop lu sur la question pour se croiser les bras.

«L'exemple du Québec nous a vraiment inspirés», a raconté Todd Millar cette semaine lors d'un entretien téléphonique.

À peine en poste, le directeur de Hockey Calgary s'est donné pour mission l'interdiction des mises en échec au niveau pee-wee dans la plus grande ville de l'Alberta. Il a rencontré les parents de joueurs, leur a soumis les faits.

«On a passé en revue plusieurs études, mais surtout celle de l'Université de Calgary. Ce qui nous a sauté aux yeux, c'est qu'en Alberta, il y a quatre fois plus de commotions cérébrales qu'au Québec au niveau pee-wee.»

Todd Millar avait bon espoir de réussir. Il croyait pouvoir changer les mentalités dans cette province où le hockey viril fait partie du paysage comme les puits de pétrole.

Mais lors du vote fatidique, les associations membres de Hockey Calgary ont rejeté la proposition. «Il y a eu du bullying. Certaines associations ont fait pression sur les plus petites pour qu'elles s'opposent à la mesure», croit-il.

C'est dans la foulée de ce vote que le directeur de Hockey Calgary a écrit le fameux billet sur son blogue. «Il y a tellement de morons dans ce sport qui ne peuvent même pas comprendre qu'en changeant un petit règlement de rien, on protège des enfants de 11 et 12 ans», pouvait-on y lire.

Ses adversaires ont envoyé le billet à la presse. Todd Millar a démissionné.

Près de deux ans plus tard, l'organisation mère de Hockey Calgary, Hockey Alberta, décide d'interdire les mises en échec chez les pee-wee à la grandeur de la province. «Quand ils en ont fait l'annonce la semaine dernière, ç'a été un jour magnifique!» a lancé M. Millar.

«Je me rappelle que les opposants disaient: "Ça va nuire au développement des jeunes qui veulent devenir des joueurs professionnels." Je n'ai pas de données précises, mais d'un point de vue anecdotique, l'exemple du Québec nous démontre l'inverse, estime Todd Millar. Le Québec fait un excellent travail lorsque vient le temps de produire de grands joueurs professionnels.»

***

Le Québec n'est plus seul

Pendant des années, le Québec a été la seule province canadienne à interdire complètement les mises en échec au niveau pee-wee. L'Alberta et la Nouvelle-Écosse ont décidé de l'imiter la semaine dernière. Voici un portrait de la situation au pays.

Les mises en échec sont permises pour tous les joueurs pee-wee (11-12 ans)

Les mises en échec ne sont permises que pour les joueurs pee-wee élite.

Les mises en échec sont bannies pour tous les joueurs pee-wee.

1 - Colombie-Britannique

La Colombie-Britannique permet les mises en échec à tous les niveaux pee-wee. Mais cette situation pourrait bientôt changer. Un porte-parole confirme que Hockey BC entend proposer à ses membres de les interdire à sa prochaine assemblée annuelle, du 7 au 9 juin.

2 - Alberta

L'Alberta, qui permettait les mises en échec dans toutes les catégories pee-wee, a annoncé la semaine dernière qu'elle les interdirait dès la saison prochaine. Hockey Alberta estime que la décision va permettre de réduire de 500 le nombre de commotions cérébrales chez ses joueurs pee-wee chaque année.

3 - Saskatchewan

La Saskatchewan n'entend pas interdire les mises en échec chez les pee-wee. Le directeur de la Saskatchewan Hockey Association aimerait même les voir permises au niveau atome. «Nos membres ont toujours réitéré qu'ils voulaient les mises en échec au niveau pee-wee et même plus tôt», dit Kelly McClintock. «Je ne vois pas la Saskatchewan suivre l'exemple de l'Alberta, à moins qu'il y ait un changement pancanadien qui oblige leur interdiction», ajoute-t-il.

4 - Manitoba

Les mises en échec sont permises pour les joueurs pee-wee de toutes les catégories au Manitoba. La situation ne devrait pas changer de sitôt. «Notre assemblée générale vient d'avoir lieu alors il est certain qu'il n'y aura pas de changement avant l'année prochaine», dit Peter Woods, directeur de Hockey Manitoba.

5 - Ontario

L'Ontario a décidé il y a deux ans de limiter les mises en échec aux joueurs pee-wee élite. Hockey Ontario estime que 70 % des joueurs pee-wee de la province n'ont pas le droit de plaquer. La province pourrait-elle aller plus loin? «Nous allons débattre de cette question à Hockey Ontario à la lumière des décisions en Alberta et en Nouvelle-Écosse. Nous n'allons pas nous enfouir la tête dans le sable», dit Phillip McKee, directeur de Hockey Ontario.

6 - Québec

Le Québec est devenu en 1986 la première province canadienne (et le premier territoire en Amérique du Nord) à interdire les mises en échec chez les 11-12 ans. Il les a aussi limitées à ses joueurs élite (double lettres) dans toutes les catégories supérieures. «La mise en échec est pratiquée par seulement 9% des jeunes joueurs au Québec, soit 9000 joueurs», estime le directeur de Hockey Québec, Sylvain Lalonde.

7 - Nouveau-Brunswick

Le Nouveau-Brunswick entend revoir sa position sur les mises en échec chez les pee-wee. «On veut réduire le nombre de blessures, surtout les blessures à la tête», a expliqué dans une entrevue à CBC un porte-parole de Hockey Nouveau-Brunswick, Nic Jansen. Il ajoute que la question sera débattue en juin lors des instances annuelles de l'organisation.

8 - Île-du-Prince-Édouard

Le directeur de Hockey PEI ne s'en cache pas: les récents développements en Alberta et en Nouvelle-Écosse pourraient mener à l'interdiction des mises en échec chez les pee-wee de la province. «On prévoit pousser plus loin la réflexion, c'est certain», dit-il. Pour l'instant, elles sont permises chez les joueurs pee-wee double et triple lettres.

9 - Nouvelle-Écosse

Dans un communiqué la fin de semaine dernière, Hockey Nouvelle-Écosse a annoncé sa décision d'emboîter le pas au Québec et à l'Alberta. L'organisme a choisi de bannir les mises en échec dans toutes les catégories pee-wee. Elles ne seront plus permises non plus dans les catégories B et C des niveaux bantam (13 et 14 ans) et midget (15 à 17 ans).

10 - Terre-Neuve et-Labrador

«Nous jouons plusieurs matches interligues contre des équipes de Nouvelle-Écosse, alors leur décision va certainement mener à une réflexion chez nous», affirme Craig Tulk, directeur de Hockey NL. Les mises en échec sont permises pour l'instant à tous les niveaux à Terre-Neuve-et-Labrador.




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