Pour plusieurs, Pat Burns était un entraîneur bourru et impulsif, au talent inné pour diriger ses joueurs. Mais derrière le coach colérique se cachait d'abord un homme sensible, meurtri par la vie, qui aura jalousement voulu protéger sa fierté jusqu'à la toute fin.

Jean-Philippe Arcand LA PRESSE

C'est précisément cette facette de l'individu que l'on apprend à découvrir en lisant Pat Burns, l'homme qui voulait gagner, biographie rédigée l'an dernier par la chroniqueuse Rosie DiManno, du Toronto Star, et dont la version française, publiée aux éditions Hurtubise, était lancée jeudi.

On y raconte, entre autres, comment le natif du quartier Saint-Henri a vécu en bas âge la mort prématurée de son père, de même que ses multiples histoires de coeur - pas toutes heureuses, loin de là.

On explique aussi qu'il fut un père souvent absent pour ses enfants. «Ce n'était pas une job de 9h à 17h, dit à ce sujet son fils Jason, en entrevue avec La Presse. Il était appelé à voyager beaucoup. En plus, mes parents étaient séparés.»

Les Leafs et Gilmour, les favoris

Évidemment, on revit aussi en détail ses années passées derrière les bancs du Canadien de Montréal, des Maple Leafs de Toronto, des Bruins de Boston et des Devils du New Jersey, avec qui il a remporté la Coupe Stanley en 2003.

Les friands d'anecdotes savoureuses seront d'ailleurs servis, qu'il s'agisse de cette violente dispute avec John Kordic dans son bureau ou du désormais célèbre «Qu'il mange de la marde!» lancé à l'endroit de Shayne Corson.

Parmi tous les clubs qu'il a pilotés, on lit que ce sont les Leafs qu'il a préféré diriger, au milieu des années 90. Pas étonnant, d'ailleurs, que son joueur favori ait été Doug Gilmour.

«En 1993, la seule chose qui manquait pour lui, c'était une finale Montréal-Toronto. C'est passé proche, mais ce furent les Kings en bout de ligne», souligne Jason Burns.

Rapprochés dans la maladie

Rosie DiManno accorde une place importante à la maladie de Pat Burns, expliquant son long combat contre le cancer. Malgré le triste dénouement que l'on connaît, ce fut pour Jason l'occasion de reprendre un tant soit peu le temps perdu avec son père.

«Ce qui est peut-être le seul côté le fun avec le cancer, c'est que tu sais ce qui s'en vient et tu as le temps de te préparer, dit-il. Ce fut un long cheminement. On a eu nos hauts et nos bas, mais ça s'est bien terminé.»

S'il préfère garder pour lui les tout derniers moments passés avec son père, Jason Burns se dit chanceux d'avoir pu être à ses côtés à la fin. «Ce n'était pas évident, surtout quand on l'a connu ainsi, comme une personne autoritaire. À la fin, ce n'était plus le cas.»

Pendant longtemps, Pat Burns aura été un entraîneur adulé par certains et détesté par d'autres. Mais tout au long de sa vie, il fut ce que plusieurs n'ont jamais soupçonné: un homme, tout simplement.