Finalement, c'est la question des joueurs de la LNH aux Jeux olympiques qui a volé la vedette cette semaine au Sommet mondial du hockey à Toronto. Sujet chaud, sujet controversé? Oui, à n'en point douter.

Richard Labbé LA PRESSE

Le commissaire Gary Bettman a eu à se prononcer sur la question, bien sûr. Mais à peu près tous les panélistes aussi, des gens de la Fédération internationale de hockey aux DG de la ligue, sans oublier les joueurs.

Le plus cinglant d'entre tous aura été le directeur général des Maple Leafs de Toronto, Brian Burke, qui a failli piquer une crise lorsque le sujet a longuement été débattu mercredi, dans un hôtel du centre-ville de Toronto. Répondant à un intervenant qui exhortait les dirigeants de la Ligue nationale à «trouver des solutions», Burke a répliqué avec du feu dans les yeux. «On peut s'attirer des applaudissements faciles avec de telles suggestions, a-t-il répondu, mais ce n'est pas si simple! Nous avons des équipes qui perdent 30 millions de dollars par année. Vous croyez que ces gens-là veulent que j'ignore leurs problèmes pour aller aux Jeux?»

Pour les patrons de la LNH, les «problèmes» sont nombreux. Ça va du propriétaire des Red Wings de Detroit, Mike Ilitch, qui n'a pas aimé faire la file comme tout le monde aux Jeux de Vancouver, à l'épineuse question des assurances, au prix spectaculaire des billets, pour lesquels la LNH ne touche pas un sou.

Sans oublier le décalage horaire, et, évidemment, le risque de blessures.

«Je me souviens qu'en 2002, Steve Yzerman avait pris part au tournoi olympique malgré une blessure à un genou, a rappelé Ken Holland, le DG des Red Wings. Il voulait aider son pays, et c'est très bien. Sauf qu'il a aggravé la blessure et qu'il n'a pas disputé un seul match pendant le reste de la saison régulière. À titre de partisan, oui, je souhaite revoir nos gars aux Jeux, mais j'ai aussi un travail à faire, et ce travail, c'est de gagner des matchs dans la LNH. Ça devient plus difficile quand on perd nos meilleurs joueurs comme ça.»

Bref, tous les intervenants de la LNH présents au Sommet ont chanté le même refrain: les pros aux Jeux, c'est un tas de problèmes. Bettman l'a dit: on aimerait y retourner, mais avant de dire oui, il y a bien des choses à régler.

«Au bout du compte, ce sont les propriétaires de la ligue qui vont trancher, a-t-il expliqué. On a décidé de participer aux Jeux parce qu'on croyait que c'était la chose à faire. Nous n'avons pas dit non (pour Sotchi en 2014), mais il y a des bons côtés et aussi des mauvais côtés dans tout ça. C'est ce qu'il va falloir considérer.»

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Ma prédiction? La LNH sera à Sotchi. Parce que c'est le souhait des fédérations de hockey européennes, des partisans, des joueurs, et parce que la LNH ne voudra pas se mettre à dos tout ce beau monde. Les conséquences seraient trop lourdes.

«Je me demande bien comment le public canadien aurait réagi si, avant les Jeux de Vancouver, on avait annoncé que les joueurs de la LNH n'y seraient pas, a lancé Igor Kuperman de la Fédération russe de hockey. Des joueurs comme Alexander Ovechkin ont déjà déclaré qu'ils allaient être à Sotchi. Si les joueurs décident d'y aller sans l'accord de la ligue, comment vont réagir les propriétaires?»

Daniel Alfredsson, des Sénateurs d'Ottawa, a tenu à rappeler l'importance des Jeux. «Bien sûr qu'il y a des obstacles, mais les Jeux sont plus gros que tous les obstacles du monde. Et la ligue sait très bien que les joueurs veulent y retourner.»

Dans le fond, ce qui énerve au plus haut point les dirigeants de la Ligue nationale, c'est cette pause en plein milieu de leur calendrier régulier. Burke ne l'a pas caché en posant cette question, lors de la rencontre de mercredi: «En Amérique du Nord, combien de ligues cessent leurs activités en pleine saison pour un événement olympique? Si vous me dites qu'on pourrait présenter le tournoi de hockey olympique aux Jeux d'été, alors là, je vais vous répondre bien sûr, pourquoi pas...»

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Le Sommet mondial du hockey s'est terminé hier. Ce qu'on en retient? Que la décision de la LNH par rapport aux Jeux ne sera probablement pas connue avant l'automne 2012. Que la ville de Québec a besoin d'un nouveau Colisée au plus vite. Que le bassin de joueurs de hockey en Europe rétrécit. Et que la prochaine Coupe du monde de hockey, ce n'est pas pour bientôt.

On retient aussi que, fort probablement, le tournoi de hockey olympique ne va pas déménager aux Jeux d'été. Malgré le souhait un brin loufoque de Brian Burke.