L'entraîneur des Capitals de Washington, Bruce Boudreau, pensait profiter de l'entraînement de mardi pour peaufiner son avantage numérique, qui a été blanchi en 14 occasions face au Canadien durant cette série.

Marc Antoine Godin LA PRESSE

Sauf qu'il a coupé court à ses exercices lorsqu'un membre de son entourage lui a souligné la présence de Jacques Martin près de la patinoire.

«Il parlait à quelqu'un et je ne sais pas s'il accordait beaucoup d'attention à nos exercices, a indiqué Boudreau. Mais nous avons arrêté à ce moment-là.

«Tu aimerais pouvoir pratiquer quand tu es seul avec tes gars...»

Martin, lui, a assuré qu'il n'était pas mal intentionné. Et il pense avoir flairé les intentions de son homologue en s'étant exprimé de la sorte.

«Je suis sorti de mon bureau pour voir si les Capitals étaient sur la patinoire, a expliqué Martin. Je suis resté près du banc moins d'une minute. Il n'y a pas d'histoire à faire avec ça.

«Nous sommes en séries et je crois qu'il (Bruce Boudreau) a simplement profité de l'occasion pour détourner l'attention.»

Un règlement ou pas?

Il est commun, en saison régulière, de voir un entraîneur - souvent un adjoint - venir jeter un coup d'oeil à l'exercice de l'équipe adverse le matin des matchs.

Le Canadien fait la même chose.

«Je n'assiste jamais aux entraînements des autres équipes, a dit Martin. Mes adjoints suivent ce qui se passe sur la glace les matins des matchs ou lors des échauffements.»

Mais une telle pratique est-elle interdite en séries?

Selon Jacques Martin, absolument pas. La LNH n'a émis aucune directive en ce sens.

Et c'est d'ailleurs ce qu'a confirmé à La Presse Gary Meagher, le vice-président aux relations publiques de la LNH.

Toutefois, selon l'ancien entraîneur des gardiens des Flames de Calgary, David Marcoux, il existe bel et bien un tel règlement.

«Durant les six saisons que j'ai passé à Calgary, on recevait à chaque année un document écrit qui stipulait entre autres que les entraîneurs des autres équipes ne devaient pas assister aux entraînements des autres équipes», a insisté Marcoux à La Presse.

«Nous avions le droit d'y être le matin des matchs, mais c'est lors des journées où il n'y avait pas de match que nous ne pouvions pas assister aux entraînements.

«C'est non seulement à cause de l'impact stratégique que cela peut avoir en séries, mais aussi du fait que les deux équipes doivent parfois partager le même édifice pendant plusieurs jours.»

Technologie et psychologie

Martin est un visage pour le moins connu de cette série. Il aurait difficilement pu agir avec subtilité en se montrant le bout du nez!

«Si j'avais voulu espionner, cela aurait été très facile à faire, car il y a des tas d'endroits dans notre building où j'aurais pu me rendre incognito», a d'ailleurs noté l'entraîneur du Tricolore.

D'autant plus que, selon David Marcoux, il existe d'autres méthodes pour obtenir du renseignement sur l'équipe en visite...

«Nous sommes dans une ère technologique où il est très facile de trouver de l'information, explique Marcoux. Même si c'est écrit noir sur blanc que tu n'as pas le droit d'assister à l'exercice de l'autre équipe, ce n'est pas sorcier d'actionner une caméra placée sous l'écran géant ou ailleurs dans l'édifice.

«Dans la majorité des nouveaux arénas, ces caméras-là sont déjà installées.

«Cela dit, il n'y a plus de cachettes dans le hockey d'aujourd'hui, précise Marcoux. C'est l'équipe qui exécute le mieux qui l'emporte.»

Lors de son point de presse, Bruce Boudreau ne voulait pas que cette anecdote ne prenne des dimensions disproportionnées.

«Vous cherchez des histoires», s'est-il contenté de répondre lorsqu'on lui a demandé si Jacques Martin avait enfreint une quelconque règle.

Or, il a été suffisamment embêté pour juger bon de changer l'ordre du jour de son exercice!

«Je ne sais même pas à quelle heure le Canadien s'entraîne. Mais nous, nous n'aurons personne ici», a pris soin d'ajouter Boudreau.

Décidément, les tactiques psychologiques auront été au coeur de cette série!