On les a entendus en 2006 quand Claude Julien a été congédié et on les entendra dans deux ans et demi quand le prochain coach du Canadien se verra montrer la sortie, parce que «son message ne passe plus». Après 174 matchs derrière le banc, s'il atteint la moyenne maintenue par ses prédécesseurs, 13 en 30 ans, depuis Bernard Geoffrion.

Daniel Lemay LA PRESSE

Chaque congédiement d'un entraîneur ramène son lot de lieux communs - ces «vérités indiscutables, à l'abri de la critique» - qui sortent de la bouche du congédiant, du congédié, du remplaçant et des innombrables commentateurs de la chose sportive.

Voici donc, après une semaine bien pourvue, les sept clichés capitaux du congédiement d'un coach.

1 «Nous n'avons pas le choix»

Le congédiement d'un entraîneur est toujours présenté comme un aboutissement inexorable, la conclusion obligatoire du seul raisonnement qu'un homme intelligent peut tenir dans les circonstances. Pour le décideur, cette demi-vérité a l'avantage de le mettre a l'abri du blâme, quoi qu'il arrive après. Il n'avait «pas le choix»...

2 «Le message ne passait plus»

Cette phrase-parapluie a pour effet de disculper tout le monde. Le DG d'abord - quel choix lui reste-t-il quand «le message ne passe plus» ? -, puis les joueurs qui, dans le bruit ambiant, entendaient mal, ce qui explique évidemment leurs performances: «Quand tu comprends pas ce que le coach veut...» Quant au valeureux chômeur, on ne saura jamais rien d'autre de son «message» qu'il ne passait plus.

3 «C'est plus facile de congédier un coach que 25 joueurs»

Les lieux communs ne sont pas toujours faux, comme en fait foi cette évidence dont le corollaire immédiat nous ramène au pragmatisme le plus implacable: c'est plus facile de remplacer un coach que 25 joueurs. Surtout quand il y a un match le lendemain. Question: quel DG, dans un «vote de confiance» extrême, a déjà congédié tous ses joueurs pour ne garder que son coach?

4 «Les joueurs ont (encore) eu la tête du coach»

Pour plusieurs, un coach congédié est toujours la victime de l'égoïsme et du je-m'en-foutisme des joueurs, des stars surtout. Un coach ne perd jamais son poste parce qu'il s'est révélé un piètre stratège ou tacticien, ou par manque de souplesse et de communication. Ce qui nous amène à cette nouvelle vérité: il est plus facile de blâmer collectivement 21 joueurs qu'un seul coach.

5 Les joueurs n'auront pas le choix de performer, parce que «c'est le DG qui signe les chèques»

Le CH, de par sa tendance à vivre dans le passé, ne serait pas encore arrivé à l'ère du dépôt direct? L'histoire a prouvé par ailleurs que l'arrivée d'un DG comme coach a peu d'impact. Et le DG signe quand même les chèques - il n'a pas le choix. Qu'un joueur soit assis chez lui, sur la galerie de presse ou sur le banc, ça rentre aux deux semaines entre le 4 octobre et le 4 avril: 346 153,84$ du coup dans le cas de l'artiste minimaliste Alexei Kovalev.

6 «C'est la loi du sport»

«On n'aime jamais ça voir quelqu'un perdre sa job, mais c'est la loi du sport». Les joueurs, toujours sensibles au malheur d'autrui, on le sait, sont prompts à invoquer cette «loi du sport», où le coupable est désigné d'office.

7 «Il faut retrouver le plaisir de jouer»

Quant au nouveau coach, il proclamera éventuellement son intention de retourner à «l'essence du jeu», «message» qui plaira jusqu'au jour où «la chambre» décidera qu'il ne passe plus...