Ah! le fameux «nous contre le reste du monde». Ça ne rate jamais. Surtout dans la LNH. La recette, on la connaît: vous prenez une bande de hockeyeurs en chute libre, vous leur dites que plus personne ne croit en eux, et puis soudainement, ça se met à jouer comme les Oilers des années 80.

Mis à jour le 27 févr. 2009
Richard Labbé LA PRESSE

Bon, je pousse un peu. Ce n'est pas parce que les vôtres viennent d'en coller deux de suite qu'on va demander au maire Tremblay de prévoir un trajet pour le défilé. Mais c'est quand même drôle de constater combien quelques membres du CH, qui étaient portés disparus depuis une couple de mois, ont retrouvé leurs jambes comme par enchantement depuis l'affaire des frères K il y a une semaine.

Non, vraiment, il n'y a rien de mieux qu'une bonne controverse pour secouer un club. N'est-ce pas, Serge Savard?

«Oui, d'une certaine façon, m'a répondu l'ancien joueur et DG du Canadien lorsque je lui ai donné un coup de fil, hier. Quand tu passes à travers une histoire comme celle-là, tu dois rapidement identifier les problèmes et apporter des solutions. Une affaire comme ça, souvent, ça finit par être positif pour une équipe.»

En effet. J'ai même l'impression que l'affaire des frères K est arrivée à un bon moment. Ce club était tout croche. Il y avait des folles rumeurs. Des histoires de party qui n'en finissent plus. Puis, les frères K ont fait les manchettes pour les mauvaises raisons, et Carbo a brandi le fouet tout en promettant de serrer la vis, une combinaison assez terrifiante, si vous voulez mon humble avis. Les anglophones appellent ça un wake-up call. La fin de la récréation, si vous préférez. Jusqu'ici, en tout cas, le wake-up call a été très bien entendu.

Évidemment, ce n'est rien de neuf dans le ciel bleu blanc rouge. Des crises, le Canadien en a vécu en masse en 100 ans d'histoire. Serge Savard se souvient qu'il a dû gérer son lot de crises lui aussi. Des petites, des grosses. Il se souvient surtout d'une pas pire crise lors des séries de 1988. Ça impliquait trois amigos, une voiture maganée et un lampadaire... «C'était ma grande peur; qu'un incident comme celui-là se retrouve en une des journaux, d'ajouter Savard. Je savais que ça pouvait déstabiliser l'équipe. En plus, c'était arrivé pendant les séries, alors on n'avait pas eu le temps de réparer les dégâts.

«Dans le cas du Canadien, présentement, c'est différent. Il reste encore plusieurs matchs à jouer en saison régulière, alors c'est mieux que ça arrive à ce stade-ci de la saison. C'est le côté positif de la chose; Guy Carbonneau et Bob Gainey ont le temps de se relever.»

L'éponge passée

L'ancien défenseur du Canadien rappelle que des histoires de joueurs qui fréquentent des personnages louches, ce n'est rien de neuf ça non plus. «Quand j'étais joueur, la LNH nous remettait toujours une liste des endroits à ne pas fréquenter dans les villes de la ligue... Évidemment, c'étaient toujours les endroits les plus populaires! Plus tard, quand j'étais le directeur général de l'équipe et que je recevais des renseignements de la police, j'allais parler aux joueurs et je les mettais en garde contre ces choses-là. J'agissais comme un père de famille.»

Tout n'est donc pas perdu pour le CH. Les fans ont déjà passé l'éponge - la plupart des fans, en tout cas - et avec l'acquisition du solide Doug Janik, bien connu de sa famille immédiate, les espoirs les plus fous sont maintenant permis.

Et puis, si ce club hautement imprévisible continue sur sa lancée, si ce club joue avec la rage de ceux qui jouent «contre le reste du monde», peut-être que la saison du centenaire sera mémorable après tout. Pour les bonnes raisons cette fois.

Serge Savard, lui, y croit encore.

«Je pense que le Canadien peut finir en force... C'est à Bob Gainey et Guy Carbonneau de motiver leurs troupes. Ils sont payés pour ça.»