Il y a eu Bobby Orr. Wayne Gretzky. Mario Lemieux. Sidney Crosby.

Le prochain s'appelle Connor McDavid. Il a 16 ans. L'an dernier, il signait déjà une entente de commandite de plusieurs millions avec CCM/Reebok.

Sidney Crosby affirme lui-même que McDavid est son dauphin désigné; Wayne Gretzky a téléphoné pour lui glisser des mots d'encouragement; Bobby Orr a réussi à le convaincre d'être son agent; le gourou Gary Roberts se charge de sa préparation physique.

À 15 ans, alors qu'on lui a permis de jouer dans la Ligue junior de l'Ontario en lui octroyant le statut de joueur d'exception - privilège accordé seulement à John Tavares et Aaron Ekblad avant lui - , il a obtenu 66 points en 63 matchs avec les Otters d'Erie. Cette saison, il a déjà 34 points en seulement 19 matchs!

«Tu regardes son coup de patin, tu revois Crosby, sa vision... Crosby, ses mains... Crosby, sa détermination... Crosby encore!», confiera à La Presse l'entraîneur-chef des Knights de London, Dale Hunter, dont le club doit affronter ce jeune prodige quelques fois par hiver.

Il faut rouler environ 150 km à l'ouest de Buffalo pour retrouver le jeune homme et son équipe, dans une petite ville typique de Pennsylvanie, où convergent partisans des Sabres et des Penguins de Pittsburgh, ville située à 200 km plus au sud.

Le coquet petit aréna de 5000 places, complètement rénové au coût de 45 millions récemment, est presque vide avant la rencontre des Otters, disputée en après-midi.

Il y a un ou deux journalistes locaux sur place, et le descripteur des matchs de l'équipe adverse.

«Il n'y a pas beaucoup de visites de journalistes de l'extérieur comme vous», mentionne le jeune relationniste de l'équipe, Aaron Cooney, à son interlocuteur.

«Quelques-uns sont venus, et TSN devrait passer d'ici quelques semaines, m'ont-ils dit. C'est tranquille pour l'instant, mais l'an prochain, à son année de repêchage, on prévoit une tempête médiatique...»

Une future légende

Le propriétaire de l'équipe, Sherry Bassin, une légende du hockey junior ontarien, vous accueille dans sa loge les bras tendus, comme s'il vous connaissait depuis des lunes.

«J'ai travaillé deux ans pour les Nordiques de Québec, vous savez!»

Bassin règne en patron débonnaire sur cette équipe depuis le déménagement de l'organisation de Niagara Falls à Erie, en 1996. Il veille sur ses jeunes comme un père et ne fait jamais un pas dans l'amphithéâtre sans son fidèle chien!

Il évoque le nom de McDavid et ses yeux brillent comme ceux d'un enfant.

«Pour un vieux routier comme moi, il s'agit d'une fantastique expérience que de côtoyer cette future légende. Il n'y a pas un soir où il ne me fait pas bondir de mon siège avec un jeu extraordinaire», lance-t-il.

«J'ai gagné deux médailles d'or avec l'équipe canadienne junior, en 1982 et en 1985, j'ai orchestré les échanges de Lindros et de Sundin avec les Nordiques, mais je vis actuellement les moments les plus excitants de ma vie!»

Connor McDavid ne fera pas bondir les spectateurs de leur siège ce jour-là. Il assiste à la rencontre dans la loge du patron, le pouce enrubanné.

«Tout n'est pas perdu pour toi, viens me rejoindre dans le vestiaire après le match, je te le présenterai, tu découvriras à quel point c'est un jeune homme simple et humble malgré son succès. Il me rappelle Joe Sakic», lance Sherry Bassin à son visiteur de La Presse.

Ses premiers coups de patin

À 3 ans, il donne ses premiers coups de patin dans la région de Toronto et repousse vite la main protectrice de son père, qui veut le soutenir. L'année suivante, il supplie ses parents de l'inscrire dans une équipe même s'il n'a pas l'âge requis. Son père Brian mentira à propos de son âge.

À 5 ans, il suit son grand frère partout dans le vestiaire et porte une cravate comme les coéquipiers du frangin. Son père sera son premier entraîneur et le dirigera pendant plusieurs années.

Le match est terminé depuis 20 minutes. Un grand garçon un peu dégingandé, l'acné propre à l'adolescent moyen au visage, un brin timide, se présente à la porte du vestiaire.

«C'est la première fois que je rate un match à cause d'une blessure», grommelle-t-il en fixant sa main du regard.

Derrière lui, Sherry Bassin prévient le journaliste qu'il ne dispose que d'une quinzaine de minutes.

«Je dois l'emmener chez le médecin», lance le paternaliste propriétaire des Otters.

L'influence de son père

McDavid parlera beaucoup de son père. «Il a été dur avec moi, il ne voulait pas que les autres parents croient que je bénéficiais d'un traitement de faveur, mais il m'a tout appris. C'était la première fois que j'étais séparé de ma famille l'an dernier, c'est la partie la plus difficile. Ils sont repartis hier en direction de Toronto. Je devrais les revoir dans deux ou trois semaines.»

«Les Sabres de Buffalo, qui jouent tout près d'ici, connaissent leur mauvaise saison un an trop tôt. Si j'avais un club à construire, c'est Connor McDavid que je voudrais avoir la chance de repêcher au premier rang. Regardez ce que Sidney Crosby a fait à Pittsburgh!», dit Bassin.

McDavid reçoit tous les compliments avec plaisir, mais il demeure réaliste.

«J'ai encore beaucoup à faire. Je regarde travailler Steven Stamkos en gymnase, c'est une machine, je suis encore très loin de ça.»

«C'est un jeune homme tellement humble, dit Sherry Bassin. Après avoir remporté la médaille d'or au championnat mondial des 18 ans et moins contre des joueurs plus vieux de deux ou trois ans, il ne voulait pas parler de son tour du chapeau ou de son titre de joueur le plus utile. Il voulait qu'on lui parle de l'équipe. Et ici, à Erie, il donne priorité à l'équipe, pas à ses succès. Les gens connaissent le hockeyeur, j'ai le privilège de connaître le jeune homme derrière le hockeyeur!»

La popularité de McDavid promet de grandir encore davantage si l'équipe junior canadienne fait entrave à ses habitudes et permet à un jeune de 16 ans de participer au Championnat du monde, en décembre.

«Ils doivent lui faire une place, lance Bassin. S'ils ont 19 joueurs meilleurs que lui, ils auront alors tout un club!»

Photo Kenneth Armstrong, PC

De l'avis de plusieurs, Connor McDavid a tout pour devenir la prochaine grande vedette de la LNH.