J’ai vécu une enfance parfois tourmentée, marquée par l’insécurité et l’anxiété.

Publié le 22 avril
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Mais quand ce petit garçon allait regarder le hockey le samedi soir chez ses grands-parents à Saint-Lambert, il n’y avait jamais de mauvaises surprises : mon petit plat de macaroni préféré arrivait toujours à la même heure, j’étais assis au même endroit entre ma grand-moms et mon grand-pops, le Canadien gagnait toujours et Guy Lafleur, mon héros à la chevelure blonde, marquait presque inévitablement.

Guy Lafleur n’était pas seulement un joueur de hockey. Il apaisait l’enfant en moi. Le rassurait. Il transcendait le sport.

Si je pratique ce métier aujourd’hui, c’est sans doute à cause de lui. À cause de ces souvenirs apaisants de l’enfance, que j’ai sans doute voulu garder bien vivants en moi pour me guider pour la suite de la route.

Je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de côtoyer mon idole de jeunesse lors de mon premier quart de siècle de métier à La Presse.

Il y a quelques années cependant, Réjean Tremblay m’a fait l’extraordinaire cadeau de me permettre de relater la vie de Guy Lafleur dans la collection jeunesse « Raconte-moi ».

Je croyais bien avoir mon premier vrai rendez-vous avec ce personnage plus grand que nature lors du lancement en février 2020, mais son état de santé a contrecarré ses plans au dernier instant.

Quelques semaines plus tard, une séance de signature de livres avait été prévue, mais la pandémie a annihilé la rencontre.

J’ai finalement pu partager un moment avec lui en août 2021, à l’occasion du tournage d’une série documentaire.

À la toute fin de l’interview, l’une de ses dernières, je lui ai demandé innocemment ce qu’il souhaitait qu’on retienne du joueur de hockey qu’il était.

Guy Lafleur se savait déjà en fin de parcours. Il a éclaté en sanglots pendant un si long moment que le temps s’est arrêté. J’en avais des frissons, l’équipe de tournage était émue aux larmes, les murs de la chambre d’hôtel pleuraient la compassion et l’affection.

Il n’y avait plus de journaliste, seulement ce gamin, tout petit devant ce géant désormais fragile. Je venais de vivre le moment le plus bouleversant de ma carrière.

Une fois les caméras éteintes, remis de nos émotions, j’ai pu lui dire, enfin, à quel point il avait été important dans la vie de ce petit garçon vulnérable…

Merci Guy.

Une performance mémorable…

Guy Lafleur est le meilleur joueur de la Ligue nationale de hockey en mai 1977.

Cette année-là, le Canadien atteint la finale de la Coupe Stanley pour la deuxième année de suite. Lafleur a remporté un deuxième championnat des compteurs avec 56 buts et 136 points.

Le Canadien affronte les Bruins de Boston. Dans les années soixante-dix, les Bruins, surnommés les « Big Bad Bruins », et les Flyers, les « Broad Street Bullies », intimident de nombreuses équipes grâce à une violence démesurée.

Les bagarres et les coups violents sont beaucoup plus tolérés à l’époque et les joueurs ont moins d’équipement pour se protéger. Les mêlées générales, et même les bagarres dans les estrades, entre joueurs et spectateurs, ne sont pas rares.

Quand un gorille des Flyers ou des Bruins t’attaque sur la glace, tu ne peux pas toujours compter sur les juges de ligne pour te défendre, et la vedette adverse peut aussi bien recevoir un coup de poing sur le nez qu’un coup de bâton dans les dents. C’est le but avoué : te faire mal, te blesser, quitte à ce que ça saigne beaucoup, mais surtout, te foutre la trouille au ventre.

Le Canadien gagne ses deux premiers matchs de la série au Forum de Montréal sans débordement de violence. Mais Guy Lafleur ne joue pas à son goût, et il a un couvreur du nom de Don Marcotte qui le suit comme son ombre.

Sans compter les autres joueurs des Bruins qui ne manquent jamais de donner un bon coup de bâton dans les flancs de Lafleur ou même derrière sa nuque après les coups de sifflet.

Vers la fin du deuxième match au Forum, Lafleur, écœuré par les coups vicieux des Bruins, décoche un tir en direction de Mike Milbury, l’un des joueurs les plus détestables des Bostonnais.

Le gardien Gerry Cheevers quitte son poste devant le filet pour s’attaquer à Lafleur. Il relève son masque et toise Lafleur d’un air menaçant.

La série se transporte dans le très peu convivial Garden de Boston. Non seulement les joueurs des Bruins sont intimidants, la configuration des estrades donne l’impression que les spectateurs hostiles et agressifs sont collés sur la glace.

Un joueur le moindrement peureux a intérêt à se tenir tranquille et à ne pas provoquer de chances de marquer afin de ne pas avoir les malabars des Bruins à ses trousses. Lafleur, lui, sait déjà qu’on va le cibler.

Le matin de ce troisième match à Boston, le coéquipier de Lafleur, Jacques Lemaire, remarque que son ailier droit semble perdu dans ses pensées au petit déjeuner, à l’hôtel.

Lafleur n’a pas touché à son assiette. Lemaire comprend finalement ce qui tracasse Lafleur en lisant les journaux de Boston qui trainent sur la table.

La veille, le plus terrifiant joueur des Bruins, John Wensink, a déclaré aux journalistes que Lafleur avait besoin de patiner la tête haute le lendemain soir parce qu’il allait lui arracher la tête. Sa déclaration avait fait la une de tous les journaux.

Wensink, en outre, a la réputation d’être imprévisible. Il peut perdre carte sur la glace et faire subir à l’adversaire les pires folies, ce qui n’a rien de rassurant pour Lafleur.

Les joueurs font généralement une sieste à l’hôtel l’après-midi d’un match, mais Lafleur n’a pas sommeil. Il décide de prendre une longue marche dans les rues de Boston, une ville toujours magnifique au printemps et beaucoup moins hostile que son amphithéâtre.

À son retour à l’hôtel, il parvient à convaincre le soigneur Pierre Meilleur et le préposé à l’équipement Eddy Palchak de prendre un taxi pour se rendre directement à l’aréna sans attendre l’autobus de l’équipe… trois heures avant le match. Lafleur veut chasser sa peur en se rendant au Garden de Boston le plus vite possible.

La période d’échauffement est pénible. La foule hurle sa haine à l’endroit de Lafleur. Wensink ne le lâche pas du regard. On pourrait comprendre n’importe quel athlète de vouloir se cacher ou rentrer à la maison. Mais Guy Lafleur n’est pas un athlète ordinaire.

Sa nervosité semble disparaître dès ses premiers coups de patin. Le match est vieux de quelques minutes à peine qu’il récupère une rondelle en zone adverse et son puissant lancer bat Cheevers du côté du bâton, c’est 1-0 Canadien et le Garden est soudainement silencieux.

Guy Lafleur termine le match avec deux buts et deux passes et le Canadien gagne 4-2 et se retrouve à une seule victoire de la Coupe Stanley.

Il obtient deux passes dans le match suivant, toujours au Garden, dont la passe sur le but gagnant de Jacques Lemaire, et le Canadien remporte la 20Coupe Stanley de son histoire.

L’entraîneur des Bruins, Don Cherry, assoiffé de violence comme ses troupes, rend un surprenant hommage à Lafleur après la finale.

« De façon extraordinaire, Lafleur nous a fait savoir à quel point c’était un grand joueur, dit-il aux journalistes. La situation devait être étouffante pour lui, mais il s’est comporté comme un vrai pro et il nous a fait payer… »

C’était ça, Guy Lafleur. Non seulement le meilleur joueur au monde. Mais le plus courageux aussi.

Les Russes admissibles au repêchage

La Ligue nationale de hockey n’entend refuser l’admissibilité des espoirs russes en prévision du repêchage, le 7 et 8 juillet à Montréal, malgré les mesures prises par certaines grandes instances sportives, comme Wimbledon par exemple, nous apprend le distingué collègue Pierre Lebrun.

« Nous avons posé la question lors du meeting des directeurs généraux en Floride et nous venons de recevoir la même réponse aujourd’hui auprès des autorités de la Ligue, la LNH n’imitera pas Wimbledon, a déclaré Lebrun sur les ondes de TSN. Par contre, il faudra voir si les joueurs russes perdront de la valeur aux yeux des organisations, mais les quelques recruteurs sondés affirment que ça ne semble pas le cas. »

Les attaquants Danila Yurov, Ivan Miroschnichenko, Paavel Mintyukov, Gleb Trikozov et Alexander Prevalov figurent parmi les meilleurs espoirs russes.

À ne pas manquer

1-On ressort un texte du grand Pierre Foglia sur Guy Lafleur.

2-Un superhéros humain, écrit Alexandre Pratt.

3-Patrick Roy raconte son premier d’entraînement avec Guy Lafleur et à quel point il était intimidé par cette légende. Un texte de Guillaume Lefrançois.