Phil Mickelson a 51 ans ce mercredi et il est l’un des favoris de l’Omnium des États-Unis, qui s’amorce jeudi près de chez lui, sur le parcours de Torrey Pines à San Diego.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Vainqueur du Championnat de la PGA il y a quelques semaines, Mickelson est devenu le champion le plus âgé de l’histoire en tournoi majeur. Il a remporté six tournois majeurs en carrière, mais jamais son omnium national.

Il y a toutefois récolté six deuxièmes places, un autre record, plus cruel celui-là, qu’il rêve de faire oublier ce week-end. Le golfeur gaucher, qui dispute un 30e Omnium des États-Unis, sait toutefois qu’il n’aura plus beaucoup d’occasions de réaliser ce rêve.

« C’est une occasion unique, a-t-il reconnu lundi en conférence de presse. Je n’ai jamais gagné l’Omnium, c’est chez moi, sur un parcours où j’ai grandi. Depuis deux semaines, j’ai coupé tous mes contacts afin de me préparer adéquatement. »

Je sais que je joue bien et je veux profiter de toutes les occasions qu’il me reste pour gagner ce tournoi.

Phil Mickelson

Mickelson a remporté trois tournois à Torrey Pines, mais aucun depuis une rénovation majeure du parcours en 2001.

« C’est très différent de ce que c’était quand j’étais jeune, a-t-il souligné. J’ai un peu l’impression que toute mon expérience de ce parcours est devenue inutile après les travaux, et je n’ai pas joué ici aussi souvent que j’aurais dû depuis.

« J’ai dû revenir récemment pour réapprendre des choses, redevenir à l’aise avec le nouveau dessin, le nouveau coup d’œil sur tous les trous. Il y a une bonne façon de jouer ce parcours, je la connais et je veux avoir la discipline de la mettre en pratique.

« J’ai passé beaucoup de temps autour des verts la semaine passée. J’ai beaucoup étudié les coups roulés de 30 ou 40 pieds de façon à ne pas être obligé de toujours y aller pour le fanion. Sur ce parcours, c’est parfois impossible de viser le fanion, il faut viser une cible ailleurs sur le vert, à 50, 60 pieds. J’ai souvent tendance à jouer de façon plus agressive, c’est dans ma nature, mais je devrai être patient ici. »

C’est justement en gardant sa concentration et en jouant de façon disciplinée que Mickelson s’est imposé au Championnat de la PGA, à Kiawah Island, sur un parcours qui n’était pas sans rappeler celui de Torrey Pines.

« Je suis tellement idiot ! »

Malgré ses six titres majeurs, Mickelson est souvent reconnu pour sa quête inachevée à l’Omnium des États-Unis et pour ses nombreuses deuxièmes places. Au total, Mickelson compte 11 deuxièmes places en tournois majeurs, mais ce sont ses six défaites à l’Omnium des États-Unis qui le hantent le plus.

En 1999, à Pinehurst, il s’est incliné par un coup devant Payne Stewart, quelques mois avant la mort de ce dernier dans un accident d’avion. En 2002, à Bethpage Black, il est resté à trois coups de Tiger Woods. En 2004, à Shinnecock Hills, Mickelson a commis un double boguey au 17e trou et il s’est incliné par deux coups devant Retief Goosen.

En 2006, à Winged Foot, il était en tête, mais a commis un double boguey au dernier trou, s’inclinant par un coup devant Geoff Ogilvy. C’est à cette occasion qu’il a lancé, en entrevue : « Je suis tellement idiot ! »

PHOTO MORRY GASH, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Geoff Ogilvy et Phil Mickelson en juin 2006

En 2009, encore à Bethpage Black, il était en tête au 13e trou, mais des bogueys aux 15e et 17e trous l’ont repoussé à deux coups du vainqueur Lucas Glover. En 2013, enfin, à Merion, il a amorcé la ronde finale en tête et partageait encore le premier rang sur le neuf de retour, mais des bogueys aux 13e, 15e et 18e trous l’ont laissé à deux coups de Justin Rose.

« Après 35 ans, la déception est toujours la même, ça ne s’efface jamais, a-t-il assuré. C’est difficile de laisser échapper une victoire quand elle est si proche et qu’on l’a tant désirée. »

Un champion tardif

Depuis 2013, Mickelson n’a plus jamais été dans la lutte à l’Omnium des États-Unis.

En panne de résultats depuis plusieurs mois – à l’exception d’une victoire sur le Circuit des Champions, qui le reléguait quand même un peu parmi les « has been » –, exclu du top 100 mondial, le joueur de 50 ans a confondu les experts il y a quelques semaines à Kiawah Island.

PHOTO DAVID YEAZELL, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Phil Mickelson, gagnant du dernier Championnat de la PGA

« J’ai beaucoup travaillé sur moi-même, sur mon jeu, et je voyais les progrès à l’entraînement, a-t-il expliqué lundi. Malheureusement, les résultats n’étaient pas là en tournois. On dirait que tout s’est mis en place au Championnat de la PGA. J’ai l’impression d’y avoir atteint un nouveau plateau.

« Cela m’est arrivé quelquefois au cours de ma carrière de sentir que le jeu devient plus facile, que je peux y aller pour des coups plus difficiles et les réussir. C’était le cas à Kiawah Island, et j’espère que je pourrai retrouver les mêmes sensations cette semaine. »

Maintenant 30e mondial, Mickelson peut espérer bien faire pendant encore quelques saisons. À 6 pi 3 po, de retour à un poids adéquat, ses qualités athlétiques restent évidentes et son expérience lui permet de mieux affronter la pression.

« Il n’y a aucune raison pour laquelle les gens ne pourraient pas se surpasser à un âge avancé. Quand on fait quelque chose depuis longtemps, on acquiert des connaissances, de l’expérience, et la clé est de bien s’en servir. »

Il faut peut-être s’entraîner un peu plus fort physiquement, être plus discipliné à l’extérieur du golf, mais il n’y a aucune raison de ne pas être à notre sommet plus tard dans la vie.

Phil Mickelson

Mickelson est d’ailleurs un champion tardif et il a longtemps traîné l’étiquette du « meilleur joueur à ne jamais avoir remporté un grand titre » avant sa première victoire au Tournoi des Maîtres, en 2004, à 33 ans. Il a ensuite ajouté une victoire au Championnat de la PGA en 2005, deux autres titres à Augusta en 2006 et en 2010, puis une victoire à l’Omnium britannique de 2013.

Et huit ans plus tard, il vient d’entrer définitivement dans l’histoire du golf. Reste à régler son compte à l’Omnium des États-Unis pour enfin compléter son Grand Chelem et rejoindre Jack Nicklaus, Tiger Woods, Ben Hogan, Gene Sarazen et Gary Player.

À Kiawah Island, quand on lui a demandé comment il envisageait la suite de sa carrière, le champion a répondu : « Ou bien ce sera ma dernière victoire, ou peut-être ai-je trouvé un truc qui me permet de garder ma concentration plus longtemps et de jouer à mon meilleur niveau pendant encore une belle période… »