Avec Hideki Matsuyama, c’est tout un pays qui a remporté le Tournoi des Maîtres, dimanche à Augusta, en Géorgie.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Le golf est immensément populaire au Japon, avec près de 10 millions de joueurs. Chaque année, des milliers d’entre eux prennent d’assaut les terrains les plus huppés de la planète, de Pebble Beach à St. Andrews. Les Japonais attendaient toutefois toujours un premier champion d’un titre majeur.

Matsuyama a brillamment mis fin à cette disette en s’imposant avec un cumulatif de 278 (- 10) et une priorité d’un coup devant l’Américain Will Zalatoris, grande révélation du tournoi. Xander Schauffele et Jordan Spieth se sont partagé le troisième rang, à trois coups du champion.

Alors qu’il avait amorcé la ronde finale avec une priorité de quatre coups, Matsuyama a dû se battre toute la journée pour conserver son avantage. Et alors qu’on croyait que le plus dur était fait après qu’un oiselet au 13e trou lui eut procuré une priorité de cinq coups, une série de trois bogueys sur les quatre derniers trous a tout remis en cause.

« Je suis vraiment heureux, soulagé », a affirmé Matsuyama, avant de recevoir son veston vert des mains de Dustin Johnson, champion du tournoi l’automne dernier.

« Ce n’est pas que sur le neuf de retour que mes nerfs ont pris le dessus, j’étais déjà très nerveux dès mon premier coup et je le suis resté jusqu’au dernier coup roulé. »

Malgré le décalage horaire, des millions d’amateurs ont suivi la couverture du tournoi à la télévision japonaise. C’est d’ailleurs en japonais que le champion a répondu aux questions, même si la plupart des représentants des médias de son pays, habituellement très nombreux à le suivre, avaient dû demeurer chez eux en raison de la pandémie. C’était aussi le cas pour la famille et les proches du golfeur.

« J’ai pensé à eux toute la journée et je suis vraiment heureux d’avoir bien joué pour eux, a raconté Matsuyama. Je sais que cette victoire signifie beaucoup dans mon pays. »

J’espère que je pourrai être un pionnier, que plusieurs autres golfeurs japonais vont suivre mon exemple. Ce serait bien d’avoir ouvert la voie.

Hideki Matsuyama

Matsuyama a aussi salué sa compatriote Tsubasa Kajitani, gagnante samedi dernier du deuxième championnat amateur féminin du club Augusta National.

Le Japonais est seulement le deuxième joueur asiatique à remporter un tournoi majeur, après le Sud-Coréen Y. E. Yang, vainqueur du Championnat de la PGA en 2009. Avant lui, son compatriote Isao Aoki avait obtenu le meilleur résultat d’un joueur japonais, une deuxième place à l’Omnium des États-Unis, en 1980.

Plus d’une trentaine de Japonais ont pris part au Tournoi des Maîtres depuis Toichi Toda en 1936, le meilleur résultat étant la quatrième place de Shingo Katayama en 2009. Matsuyama était alors un joueur junior, mais il s’est signalé deux ans plus tard en remportant le championnat amateur Asie-Pacifique et en obtenant une invitation à Augusta.

Vingt-septième pour ses débuts, il a depuis obtenu 10 top 10 en tournois majeurs, dont une deuxième place à l’Omnium des États-Unis de 2017, qui l’a amené au deuxième rang mondial, son meilleur classement en carrière. Un peu en retrait depuis quelques années – il a glissé au 25e rang –, Matsuyama s’est concentré sur les grands tournois et a trouvé dimanche une consécration qui l’assure d’une place au panthéon de son pays.

Zalatoris aura son tour

Rarement une recrue a-t-elle été aussi à l’aise à Augusta que Will Zalatoris. Le joueur de 24 ans n’est pas encore un membre régulier du circuit de la PGA, mais on le verra encore souvent au Tournoi des Maîtres.

L’Américain a été l’un des rares joueurs à s'approcher de Matsuyama dimanche, revenant à seulement deux coups du Japonais avec d’abord deux oiselets sur les deux premiers trous, puis deux autres en fin de ronde. Zalatoris aura finalement été le seul joueur à signer quatre cartes avec des pointages sous la normale de 72 (70-68-71-70).

Celui qui tentait de devenir la première recrue championne à Augusta depuis 1979 a joué avec un rare aplomb, concluant sa ronde avec un superbe coup roulé pour une normale au 18e trou, qui lui a valu une bourse de 1,24 million, évidemment la plus grosse de sa jeune carrière (le champion Matsuyama a touché 2,07 millions).

Issu d’un milieu très aisé, formé dans des clubs privés et à l’Université Wake Forest, Zalatoris a quand même fait ses classes sur les circuits subalternes, où il a commencé à briller la saison dernière. Mais il est ambitieux !

« J’ai toujours voulu être ici, a-t-il expliqué en point de presse. Certains joueurs sont intimidés par ce terrain, ce tournoi, mais moi, je suis excité d’être ici. Je sais que j’ai encore beaucoup à faire, que je dois encore travailler, mais je sais que j’ai ma place ici ! »

Je suis fier de ma performance, mais j’ai aussi le sentiment d’avoir laissé filer une chance de victoire, et c’est un peu incroyable de penser que c’est au Tournoi des Maîtres que ça s’est produit.

Will Zalatoris

Deuxième à égalité au début de la ronde finale, Xander Schauffele a connu une journée mouvementée dans le dernier groupe aux côtés de Matsuyama. Une poussée de quatre oiselets du 12e au 15e trous lui a permis de revenir inquiéter le meneur, mais il a commis un désastreux triple boguey au 16e trou pour gâcher toutes ses chances.

« Hideki [Matsuyama] m’a ouvert la porte avec un boguey au 15e trou et j’étais sans doute un peu pompé sur le tertre du 16e, a reconnu Schauffele. Le vent est très capricieux sur ce trou et j’ai mal calculé mon premier coup, qui s'est terminé dans l’eau. »

L’Américain, dont la mère est japonaise et qui parle un peu cette langue, s’est montré bon joueur en étant le premier à féliciter le champion. De son côté, Spieth a convenu qu’il était trop loin du meneur. « Je devais connaître un début de ronde exceptionnel et ça n’a pas été le cas. J’étais sans doute aussi un peu fatigué », a ajouté celui qui avait remporté l’Omnium du Texas, dimanche dernier.

L’Espagnol Jon Rahm a signé la meilleure ronde finale avec un 66, ce qui lui a permis de revenir à la cinquième place, à égalité avec l’Australien Mark Leishman.

L’Anglais Justin Rose, qui avait été dominant lors des deux premières rondes, a connu une journée plus difficile et s’est contenté de la septième place. « Curieusement, j’ai sans doute mieux joué aujourd’hui [dimanche], mais mon fer droit m’a lâché. Avec le vent, c’était difficile de viser les fanions et il fallait un peu de chance sur les verts. Je n’en ai pas eu… »

Conners huitième

Le Canadien Corey Conners, qui tentait d’imiter Mike Weir, seul joueur canadien à avoir remporté le Tournoi des Maîtres (en 2003), était encore dans la lutte à l’amorce de la ronde finale. À cinq coups du meneur, après des rondes de 73, 69 et 68, l’Ontarien n’a jamais pu se mettre en marche et il a joué sa plus mauvaise ronde du tournoi, un 74 qui l’a laissé à la huitième place, à - 4.

Son compatriote Mackenzie Hughes, qui avait signé trois cartes consécutives de 72, la normale, n’a pu faire mieux qu’un 76 dimanche, et il a terminé au 40e rang.

Les félicitations de Tiger Woods

Même s’il n’était pas à Augusta, Tiger Woods n’a pas manqué de souligner la victoire d’Hideki Matsuyama, qu’il a décrit comme un « immense accomplissement pour le joueur et son pays. Cette victoire historique va avoir un impact sur tout le monde du golf ».