Il y a un an, le sport – et toute la planète – prenait vraiment conscience de la gravité de la crise sanitaire qui s’abattait sur nous. Pour les golfeurs et les amateurs de golf, c’est à Sawgrass, en Floride, que cela s’est produit quand le Championnat des joueurs a été annulé après la première ronde, dans la soirée du 12 mars.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Le champion en titre, Rory McIlroy, qui devait jouer tôt en deuxième ronde, le matin du 13 mars, n’était encore au courant de rien quand il s’est réveillé. « J’ai sauté sous la douche et je me suis préparé pour la journée », a raconté le Nord-Irlandais, la semaine dernière, en point de presse.

« Ce n’est qu’au moment de sortir que j’ai jeté un coup d’œil à mon téléphone et que j’ai vu tous les messages, dont celui des organisateurs… Je l’ai donc sans doute appris un peu plus tard que la plupart des joueurs, mais nous étions tous désormais dans la même situation. Il n’y avait plus qu’à revêtir des vêtements confortables, à récupérer nos affaires au club et à rentrer à la maison. »

McIlroy est l’un des nombreux joueurs qui habitent dans la région de Jupiter, en Floride, et il n’a eu que quelques heures de route à faire. La situation était toutefois plus complexe pour certains joueurs étrangers.

PHOTO JOHN RAOUX, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Rory McIlroy

L’Espagnol Rafael Cabrera Bello, sa famille et son équipe, peu pressés de rentrer en Europe, ont ainsi préféré prolonger la location de leur maison dans le nord de la Floride, au bord de la mer.

D’autres se sont débrouillés pour trouver des places sur les derniers vols, l’Autrichien Bernd Wiesberger réussissant ainsi à rentrer à Vienne. L’Australien Adam Scott en est un autre qui est rentré chez lui, et il n’est pas revenu en Amérique avant le milieu de l’été. « Je me suis dit que si je devais être confiné quelque part, je préférais que ce soit en Australie », a-t-il rappelé le week-end dernier en point de presse.

« Après que le circuit [de la PGA] eut annoncé l’annulation des tournois pour un mois, il n’y avait aucune raison de demeurer ici. Honnêtement, j’étais prêt à rester chez moi jusqu’à six mois, au maximum. C’est incroyable de penser que la situation n’a pas beaucoup évolué depuis la reprise des compétitions, que la pandémie se prolonge aussi longtemps. »

Une saison plus « normale »

En dépit de la COVID-19, le circuit de la PGA a repris un rythme presque normal cette année. Complètement bouleversé après la reprise des activités l’été dernier, avec de nombreuses annulations, le calendrier des tournois a retrouvé sa forme habituelle et l’élite du golf masculin est de retour à Sawgrass.

Un an plus tard, la situation est toutefois bien différente. « Nous devons continuer à appliquer des règles et des consignes très strictes, car nous continuons à composer avec la pandémie chaque jour, chaque semaine », a rappelé lundi le commissaire du circuit, Jay Monahan.

« Nous avons la même attitude que nous avions au début de juin dernier [au moment de la reprise des compétitions au Challenge Charles Schwab]. Je pense qu’il était alors réaliste de croire que nous ne pourrions aller de l’avant sans avoir à composer avec des difficultés, avec des tests positifs chez les joueurs et leur entourage. »

J’avoue m’être senti très chanceux chaque semaine, le dimanche soir, quand nos tournois étaient terminés, d’avoir pu organiser un autre évènement.

Jay Monahan, commissaire de la PGA

Même si quelques milliers de spectateurs seront admis sur le site cette semaine au club TPC Sawgrass, on restera loin de l’engouement que suscite habituellement cet évènement considéré comme le cinquième tournoi majeur.

Mais c’est le même parcours exigeant qui va accueillir un tableau digne des grandes compétitions, avec notamment 48 des 50 premiers mondiaux, attirés par une bourse totale de 15 millions, la plus importante de la saison.

Une affaire d’expérience

Chef-d’œuvre de l’architecte Pete Dye, le parcours à normale 72 de 7200 verges du TPC Sawgrass est truffé de pièges, comme le célèbre 17trou avec son vert sur une île, et il ne favorise aucun style de jeu. Le tournoi a d’ailleurs couronné une grande variété de joueurs, habituellement ceux qui réussissent à bien calculer les risques et les avantages de chaque coup.

À l’exception de Jack Nicklaus – vainqueur de trois des cinq premiers tournois –, aucun joueur ne s’y est imposé plus de deux fois et personne n’a remporté le tournoi deux fois d’affilée. Il est donc bien difficile de prédire un vainqueur. L’expérience semble toutefois être un atout important.

McIlroy a dû attendre sa 10participation avant de s’imposer en 2019. Depuis la deuxième victoire de Tiger Woods en 2013, 12 ans après la première, Martin Kaymer (2014), Rickie Fowler (2015), Jason Day (2016) et Webb Simpson (2018) en étaient tous au moins à leur cinquième participation quand ils ont gagné.

Seul Si Woo Kim a causé la surprise en 2017 avec une victoire à sa deuxième participation, et Collin Morikawa, l’un des favoris cette année, pourrait devenir le deuxième joueur à remporter le tournoi à sa première participation.