(King Abdullah Economic City) La Danoise Emily Pedersen a remporté le tout premier tournoi de golf féminin organisé en Arabie saoudite lors d’un tournoi serré dimanche. Mais la tension était aussi hors du terrain, le royaume étant accusé d’utiliser le sport pour « laver » son image ternie par la répression.

Agence France-Presse

Pedersen a devancé l’Anglaise Georgia Hall et a obtenu un chèque de 150 000 dollars (près de 200 000 dollars canadiens) offert par l’Aramco Saudi Ladies International, à King Abdullah Economic City, près de la ville occidentale de Jeddah (ouest) au bord de la Mer Rouge.

La Danoise de 24 ans s’est dite « très heureuse d’être la première gagnante de cet évènement ».

« C’est une expérience fantastique d’être ici en Arabie saoudite », a-t-elle ainsi déclaré dans un communiqué.

Mais Amnistie internationale et d’autres groupes de défense des droits humains accusent organisateurs et participants de complaisamment occulter la répression des voix dissidentes dans le pays, dont plusieurs militantes féministes emprisonnées.

Promoteur de la libéralisation de la jeunesse et des femmes, le prince héritier Mohammed ben Salmane est aussi accusé de mener une politique féroce contre toute critique tout en cherchant à améliorer l’image du pays, en quête d’investissements étrangers.

Ces derniers mois, le royaume a accueilli le tournoi d’équitation le plus cher du monde, les Supercoupes de football italienne et espagnole, le Rallye Dakar, un marathon de 12 jours à travers le désert d’Arabie et d’autres évènements.

L’Arabie saoudite a annoncé ce mois-ci l’organisation d’un Grand Prix de Formule 1 pour la première fois en 2021.

Pour Human Rights Watch, les sources de « divertissements » sont les bienvenues mais ne sont pas suffisantes pour les Saoudiens. « Ils devraient également jouir de droits fondamentaux tels que la liberté d’expression et de réunion pacifique », a déclaré Michael Page, directeur adjoint pour le Moyen-Orient de l’ONG.

« Nouvelle page »

« Garder le silence sur le bilan atroce du gouvernement en matière de droits […] renforce la stratégie du royaume qui consiste à blanchir les abus du prince héritier Mohammed ben Salmane », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Symbole de la répression contre les féministes, Loujain Al-Hathloul, en grève de la faim depuis près d’un mois, avait été arrêtée avec d’autres militantes en mai 2018, peu avant la levée de l’interdiction de conduire faite aux Saoudiennes.

Agée de 31 ans, elle avait longtemps milité pour ce droit ainsi que pour la fin du système qui place les femmes sous la tutelle d’un homme.  

Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes des Nations unies a demandé début novembre « la libération immédiate » de la militante estimant que la détérioration de son état de santé était « profondément alarmante », selon ces experts.

Alexandra Armas, PDG de la Ladies European Tour, a fait fi des critiques et a déclaré que saisir l’occasion de faire venir le golf féminin en Arabie saoudite était une « décision facile ».

« Nous avons discuté avec nos membres de ce qu’ils pensaient de venir jouer en Arabie saoudite, et cela a été très bien accepté », a-t-elle déclaré à l’AFP.  

Maha Haddioui, Marocaine et première professionnelle arabe du Ladies European Tour, s’est dite ravie de participer à l’évènement et de contribuer à écrire « une nouvelle page de l’histoire saoudienne ».

« J’ai reçu beaucoup de messages de jeunes femmes saoudiennes qui me demandent comment ça marche, comment commencer à jouer au golf. Alors rien que pour ça, pour moi c’est une semaine gagnante », a-t-elle ajouté.