Après une reprise en douceur et, avouons-le, un peu ennuyante, les meilleurs golfeurs de la planète retrouvent enfin un véritable enjeu, cette semaine à San Francisco, à l’occasion du Championnat de la PGA. Même s’ils joueront sans l’ambiance habituelle des tournois majeurs, faute de spectateurs, ils devraient en retrouver toute la pression.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Un vrai tournoi majeur

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

Les participants au tournoi se sont entraînés ces derniers jours à Harding Park. Ici, Mark Hubbard dans une trappe de sable du 15trou.

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale les amateurs n’avaient-ils eu à attendre aussi longtemps entre deux tournois majeurs de golf. Près de 13 mois après la victoire de Shane Lowry à l’Omnium britannique, l’élite du golf mondial se retrouve à San Francisco pour le Championnat de la PGA.

Le tournoi aurait dû être disputé en mai après une refonte complète du calendrier mondial. La pandémie a évidemment forcé le report du Championnat à cette semaine et deux autres tournois majeurs suivront plus tard cette année : l’Omnium des États-Unis, du 17 au 20 septembre, puis le Tournoi des Maîtres, du 12 au 15 novembre. L’Omnium britannique, habituellement disputé en juillet, a pour sa part été annulé.

On comprend donc l’impatience des amateurs à voir les meilleurs en débattre pour un titre significatif. Et même s’il sera disputé sans spectateurs, ce Championnat de la PGA sera un véritable tournoi majeur avec 92 joueurs du top 100 mondial, tous les meilleurs du moment et des vedettes qui vont avoir l’occasion de signer quelques exploits historiques.

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

L’allée du 15trou, ici foulée par Davis Love III

Ce sera notamment le cas de l’Américain Brooks Koepka, double champion en titre, qui pourrait remporter un troisième titre d’affilée. Seulement six joueurs ont réussi l’exploit de gagner trois fois de suite le même titre majeur, seulement deux depuis 100 ans. Son compatriote Walter Hagen, vainqueur de 1924 à 1927, reste à ce jour le seul joueur à avoir remporté plus de deux fois d’affilée le Championnat de la PGA, alors que l’Australien Peter Thomson a remporté trois titres d’affilée à l’Omnium britannique, de 1954 à 1956.

Koepka avait déjà bien failli ajouter son nom à la liste l’été dernier à l’Omnium des États-Unis, où il était aussi double champion en titre. Il s’est toutefois contenté de la deuxième place, derrière Gary Woodland. Le joueur de 26 ans s’est bien repris quelques semaines plus tard sur le redoutable parcours de Bethpage Park pour enlever le Championnat de la PGA.

Gêné ensuite par une blessure au genou gauche qui a nécessité une petite intervention chirurgicale, Koepka a peiné à retrouver son meilleur niveau par la suite et il a glissé du premier au sixième rang au classement mondial. Il vient toutefois de signer une belle deuxième place au Championnat WGC-FedEx St. Jude, en restant dans la lutte jusqu’au dernier trou, et il a assuré cette semaine qu’il s’estimait en bonne condition pour défendre son titre.

PHOTO CHRISTOPHER HANEWINCKEL, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Brooks Koepka

Ce n’est pas idéal, mais je préfère éviter une intervention chirurgicale plus invasive pour l’instant. C’est vrai que c’est douloureux quand je passe plusieurs heures au champ de pratique pour m’entraîner, mais je peux l’oublier en compétition. Et je suis quand même le champion en titre…

Brooks Koepka

L’Américain devra toutefois se méfier de celui qui l’a battu dimanche dernier, son compatriote Justin Thomas, qui est présentement numéro un mondial et qui domine le classement de la saison sur le circuit de la PGA avec trois victoires. Le joueur de 27 ans est par ailleurs le plus jeune à avoir remporté 13 tournois en carrière après Jack Nicklaus et Tiger Woods.

Et Thomas dispose d’un atout supplémentaire cette semaine en la personne du cadet Jim « Bones » Mackay. Ce dernier remplace le cadet habituel de Thomas, Jimmy Johnson, qui a été victime d’un coup de chaleur il y a deux semaines et n’est pas suffisamment rétabli.

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

Justin Thomas (à droite) en compagnie de l’analyste Jim Mackay, qui sera son cadet pendant le tournoi.

Mackay, qui a aidé Phil Mickelson à remporter ses cinq titres majeurs, est maintenant analyste au réseau NBC, mais il accepte de dépanner des amis à l’occasion et n’a pu refuser la demande de Johnson et Thomas. Son expérience des grands tournois et sa connaissance du parcours de Harding Park ne pourront qu’aider le golfeur.

Jon Rahm (2e), Rory McIlroy (3e), Webb Simpson (4e), Dustin Johnson (5e) et Bryson DeChambeau (7e) sont aussi tous des prétendants à la victoire ce week-end, mais il ne faut pas oublier que le Championnat de la PGA a souvent couronné des joueurs moins bien classés.

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

Rory McIlroy

On parlait de Phil Mickelson plus haut et le joueur de 50 ans sera encore l’une des têtes d’affiche du tournoi, même s’il a glissé au 49rang du classement mondial. Il vient d’ailleurs de signer une deuxième place au Championnat WGC-FedEx St. Jude et est souvent à l’aise lors des tournois disputés sur la côte Ouest.

Et Tiger Woods ?

Impossible de ne pas en parler, même si les dernières nouvelles le concernant ne sont guère encourageantes. Le joueur de 44 ans est encore gêné par des malaises au dos et il n’a pris part qu’à un tournoi depuis la reprise des activités sur le circuit de la PGA en juin, au Memorial, où il s’est contenté de la 40place après deux rondes décevantes de 76.

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

Tiger Woods à l’entraînement, mardi

Woods a déjà gagné un tournoi à Harding Park, le Championnat WGC-American Express en 2005, et il a présenté une fiche de 5-0 lors de la Coupe des présidents en 2009. Pas sûr toutefois que la météo imprévisible de San Francisco et les vents frais du Pacifique lui conviendront très bien…

- 70

PHOTO JULIO CORTEZ, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Brooks Koepka l’an dernier lors de sa victoire au Championnat de la PGA à Bethpage Park. Il tentera cette semaine de remporter le titre pour la troisième année d’affilée.

Brooks Koepka est dans une classe à part en tournois majeurs depuis 2017. Il présente en effet une fiche cumulative de - 70 dans ces tournois, avec quatre victoires, très loin devant tous ses concurrents. Rickie Fowler (- 34) et Jordan Spieth (- 28) suivent, mais Fowler n’a toujours gagné aucun grand titre, alors que Spieth a remporté son dernier en 2017.

Un parcours public digne des meilleurs

PHOTO TOM PENNINGTON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Situé tout près de l’océan Pacifique, le terrain de Harding Park est souvent enveloppé de brouillard et la météo y est très changeante.

Après Bethpage Park en 2019, le Championnat de la PGA est de retour sur un parcours public, à Harding Park. Dans les plans originaux, la proximité de San Francisco, après celle de New York, devait assurer le succès populaire du tournoi.

Il faudra se passer des spectateurs, mais les golfeurs vont retrouver un parcours digne des meilleurs. Moins monstrueux que le parcours noir de Bethpage Park, celui de Harding Park a néanmoins été préparé pour offrir un bon test aux joueurs. Les allées sont plus étroites, l’herbe longue est inextricable et les verts seront de plus en plus rapides à mesure que le tournoi va avancer.

Situé tout près de l’océan Pacifique, même si on ne voit pas la mer du parcours, Harding Park est souvent enveloppé de brouillard et la météo y est très changeante, des conditions qui pourraient perturber la compétition, mais auxquelles les joueurs sont habitués puisque le réputé club Olympic, juste à côté, a accueilli cinq fois l’Omnium des États-Unis et recevra aussi le Championnat de la PGA en 2028, puis la Coupe Ryder en 2032.

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

Justin Thomas à l’entraînement, mardi, dans le brouillard

Inauguré en 1925, Harding Park a été l’un des premiers clubs municipaux de qualité aux États-Unis et le parcours a été dessiné par Willie Watson et Sam Whiting, le même duo qui a conçu les parcours du club Olympic. Deux autres clubs privés sont aussi situés autour du lac Merced, dans la partie sud-ouest de San Francisco, mais c’est évidemment le club public qui est le plus fréquenté.

Couru

Littéralement pris d’assaut par des milliers de golfeurs chaque année, Harding Park n’a d’ailleurs pas toujours été en bonne condition.

Des coupes budgétaires dans les années 1970 ont amené une lente dégradation des installations et en 1998, quand l’Omnium des États-Unis a été joué au club Olympic, les allées du club municipal ont été utilisées comme stationnement pour les spectateurs.

Deux campagnes de rénovations majeures, en 2000 et en 2014, ont heureusement permis au vieux parcours public de retrouver ses qualités. Quand l’Omnium WGC-American Express a été joué à Harding Park, en 2005, plusieurs joueurs ont suggéré d’y disputer un Omnium des États-Unis et d’aller se stationner au club Olympic…

Cela dit, l’investissement de fonds publics dans un parcours de golf ne fait pas l’unanimité à San Francisco, une ville qui compte une grande proportion de militants sociaux et environnementaux, et qui est aux prises avec de graves problèmes d’inégalités.

L’implication de plusieurs hommes d’affaires locaux, menés par l’avocat Sandy Tatum – un ancien président de la USGA –, a toutefois permis de recueillir suffisamment d’appuis pour vaincre les résistances et transférer la gestion du club à une société privée, Arnold Palmer Golf Management. Les membres du conseil municipal ont insisté pour que les citoyens de la ville et de la région aient droit à des tarifs préférentiels, mais tous les amateurs peuvent jouer à Harding Park.

Quand le parcours a été à nouveau accessible quelques semaines ce printemps, avant sa fermeture à la mi-juin pour préparer le Championnat de la PGA, les amateurs n’ont pas manqué l’occasion d’aller jouer sur un terrain digne d’un tournoi majeur !

Dix joueurs à suivre… ou à oublier !

Sur papier, les favoris du Championnat de la PGA sont relativement faciles à déterminer, mais cette compétition est la plus imprévisible des quatre tournois majeurs.

Justin Thomas

PHOTO DARRON CUMMINGS, ASSOCIATED PRESS

Justin Thomas

> États-Unis, 27 ans, 1er mondial
> Un titre majeur

Encore très constant cette saison, avec trois victoires et six tops 10, Thomas évolue sur un parcours à sa mesure cette semaine à Harding Park. Même s’il aime montrer son enthousiasme, son tempérament lui permet de bien composer avec les conditions imposées par la pandémie.

Jon Rahm

PHOTO KYLE TERADA, USA TODAY SPORTS

Jon Rahm

> Espagne, 25 ans, 2e mondial

Avec déjà une victoire et cinq tops 10 cette année, l’Espagnol a brièvement été numéro 1 mondial et il aura une occasion de le redevenir cette semaine à San Francisco. Puissant, précis, il a les atouts pour le faire, s’il réussit à maîtriser son bouillant caractère.

Brooks Koepka

PHOTO DARRON CUMMINGS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Brooks Koepka

> États-Unis, 30 ans, 6e mondial
> Quatre titres majeurs

Dominant en tournois majeurs depuis trois ans, Koepka n’avait toutefois rien cassé depuis quelques mois quand la pandémie est survenue et il était resté discret à la reprise, avant de prendre la deuxième place dimanche dernier à Memphis. Tout dépendra de son genou gauche…

Bryson DeChambeau

PHOTO CARLOS OSORIO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Bryson DeChambeau

> États-Unis, 26 ans, 7e mondial

Déjà un joueur de premier plan, DeChambeau a profité de l’arrêt du jeu pour travailler en gymnase, gagner 25 livres de muscles et devenir le plus long cogneur du circuit. Pas sûr que ce sera un avantage dans les étroites allées de Harding Park, mais il a aussi d’autres atouts.

Rory McIlroy

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

Rory McIlroy

> Irlande du Nord, 31 ans, 3e mondial
> Quatre titres majeurs

Sans être mauvais, McIlroy n’a pas vraiment convaincu depuis la reprise des compétitions en juin. Mais il s’est déjà imposé deux fois au Championnat de la PGA et a aussi gagné le Championnat WGC-Match Play à Harding Park en 2015. La pression d’un grand tournoi pourrait le réveiller.

Webb Simpson

PHOTO CHRISTOPHER HANEWINCKEL, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Webb Simpson

> États-Unis, 36 ans, 4e mondial
> Un titre majeur

Vainqueur de l’Omnium des États-Unis en 2012, Simpson a mis plusieurs saisons à vraiment confirmer sa place avec les meilleurs, mais il le fait avec brio depuis deux ans et connaît encore une saison remarquable avec deux victoires et six tops 10. Il devrait être à l’aise à Harding Park.

Dustin Johnson

PHOTO ANDY CLAYTON-KING, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Dustin Johnson

> États-Unis, 36 ans, 5e mondial

Il n’est pas le joueur le plus constant du circuit, autant sur les terrains qu’à l’extérieur, mais trouve souvent les moyens de briller en tournois majeurs. On connaît sa puissance, mais il peut aussi être précis, et il se débrouille habituellement assez bien sur les verts rapides des tournois majeurs.

Xander Schauffele

PHOTO CHRISTOPHER HANEWINCKEL, USA TODAY SPORTS

Xander Schauffele

> États-Unis, 26 ans, 11e mondial

Pas le plus connu, on en conviendra, l’Américain est pourtant l’un des joueurs les plus constants en tournois majeurs depuis plus de deux ans. On dit souvent que Rickie Fowler est le meilleur joueur à n’avoir jamais remporté un grand titre, mais Schauffele n’est pas loin derrière.

Deux « négligés »

Phil Mickelson

PHOTO JEFF CHIU, ASSOCIATED PRESS

Phil Mickelson

> États-Unis, 50 ans, 49e mondial
> Cinq titres majeurs

Aucun joueur n’a gagné un titre majeur à son âge et Mickelson a visiblement ralenti. Mais le gaucher de 50 ans est toujours capable de réussir des coups incroyables, et Harding Park n’est pas l’un de ces « monstres » où il peine à suivre le rythme des plus jeunes.

Tiger Woods

PHOTO AARON DOSTER, USA TODAY SPORTS

Tiger Woods

> États-Unis, 44 ans, 15e mondial
> 15 titres majeurs

Encore gêné par son dos, Woods n’a disputé qu’un tournoi depuis la reprise et assure avoir pris toutes les précautions pour être en mesure de tenir le coup cette semaine. Reste à voir comment il se débrouillera sur les verts, sa bête noire depuis sa victoire historique à Augusta en 2019.