Tiger Woods s’éloignait du 18e vert en sachant qu’il était le champion du Tournoi des Maîtres pour la cinquième fois de sa carrière, et le détenteur d’un 15e titre majeur, mais il a été submergé par une émotion jamais ressentie auparavant.

Doug Ferguson
Associated Press

Au-delà de ses coups mémorables — son coup de fer-8 qui a effleuré la coupe du 16e trou a été fatal pour ses adversaires —, on retient surtout le moment où il s’est dirigé vers son fils Charlie pour le serrer dans ses bras, avant de le soulever et de l’agiter dans tous les sens.

Sa mère était la suivante. Puis sa fille. Et son équipe de soutien. Et une longue file de golfeurs réunis à l’extérieur du chalet, certains d’entre eux vêtus du veston vert. Ils se trouvaient tous dans le vestiaire situé à l’étage, qui est réservé aux champions, mais ressentaient les mêmes émotions que le reste de la planète golf.

Adam Scott n’a pas l’habitude de demeurer sur le parcours après sa ronde finale dans un tournoi majeur. Il a fait une exception ce dimanche-là après avoir entendu les cris de joie provenant d’Amen Corner, alors qu’il complétait sa ronde finale.

PHOTO ROB SCHUMACHER, USA TODAY SPORTS

Adam Scott lors du Tournoi des Maîtres de 2019

« On le sentait, alors qu’il s’approchait de la tête sur le neuf de retour, que quelque chose de spécial allait se produire, a dit Scott. Les gars étaient tous collés au téléviseur dans le vestiaire, donc je suis resté là et j’ai regardé les images. C’est rare que les gars se réunissent comme ça. Nous savions tous que quelque chose d’historique était sur le point de se produire. »

Gary Woodland n’aurait manqué ça pour rien au monde.

« C’est rare que je regarde autant de golf à la télé, a-t-il évoqué. Ma famille était sur place. Je devais prendre mon vol dimanche après-midi. Je jouais tôt cette journée-là, et nous avons décidé de repousser notre vol. Je devais regarder la fin de la ronde. »

Puis, les souvenirs ont cédé leur place à la réalité.

« Ça restera gravé dans la mémoire des gens pour toujours », a dit Rickie Fowler le mois dernier, deux jours avant que le Tournoi des Maîtres soit remis à cause de la pandémie de COVID-19.

Était-ce sa plus grande victoire en carrière ?

Ce serait difficile de la placer devant sa première conquête du Tournoi des Maîtres en 1997, une façon de se révéler à la planète entière sans coup publicitaire. Woods a réalisé une vingtaine de records qui ont marqué l’histoire du golf comme personne auparavant.

L’exploit le plus spectaculaire ?

Sa victoire à Augusta en 2001, qui lui a permis de balayer les honneurs des quatre tournois majeurs dans un intervalle de 294 jours seulement. Personne ne s’est approché de ça.

Ça ne veut pas dire que son exploit de 2019 n’est pas symbolique — pour Woods, pour son sport, pour ses collègues qui ont grandi en le considérant comme un modèle, et pour les amateurs de golf, qui croyaient tous qu’il n’y parviendrait plus jamais.

« J’ai reçu un nombre incroyable de courriels et de textos, a évoqué Woods lors d’une conférence téléphonique à quelques jours du Tournoi des Maîtres. J’ai surtout été surpris par le nombre de vidéos de personnes qui regardaient le Masters à la télévision, par leur réaction lorsque j’ai frappé mon coup au 16e ou lorsque j’ai réussi mon dernier coup roulé, même s’ils étaient à bord d’un avion, à l’aéroport ou dans un restaurant. »

« Les émotions que ces gens exprimaient, ça m’a assommé », a-t-il ajouté.

C’est ce qui différencie ce Masters de ses quatre autres conquêtes, et de ses 14 autres titres majeurs.

La rédemption

Le seul mystère qui persiste, c’est de savoir ce qui se produira maintenant.

Woods n’a plus été le même pendant le reste de la saison l’an dernier.

En deux départs cette année, par temps froid en Californie, il était carrément méconnaissable. Son dos le faisait souffrir, et il a décidé de s’absenter de trois tournois qui figurent habituellement à son agenda. Et maintenant la saison de golf est interrompue, ce qui permettra au golfeur âgé de 44 ans de se reposer un peu afin de reprendre des forces.

Il a invité son cadet Joe LaCava chez lui un mois après le Masters pour regarder la ronde finale. Woods a regardé le tournoi à maintes reprises, et il a accordé un entretien inédit à Jim Nantz qui sera de nouveau diffusé par la chaîne CBS dimanche afin de combler le trou laissé béant par le report du Tournoi des Maîtres.

Chaque fois que Woods gagnait un tournoi majeur — même le premier de ses 15 titres —, il s’approchait du record de 18 qui appartient à Jack Nicklaus. Cette conquête, en avril 2019, était différente des autres. Elle était plus satisfaisante, lui donnait l’impression d’obtenir enfin sa rédemption.

Woods a dit que ses enfants regardaient ses vidéos sur YouTube parce qu’ils ne l’avaient jamais vu au sommet de son art.

Ils étaient présents à Carnoustie à l’été 2018 lorsqu’il a brièvement pris les commandes pendant la ronde finale de l’Omnium britannique. Ils étaient sur place au Augusta National, et ça c’était aussi important que d’obtenir le veston vert — ce veston, dit-il, ils se battaient pour savoir qui le porterait lors du vol de retour vers la maison.

« Ç’a été un moment incroyable pour ma famille et moi-même, et le fait que je sois encore le champion en titre du Masters, c’est fou, car toutes les pièces du casse-tête sont tombées en place cette semaine-là, a-t-il confié. C’était une semaine magique. »