Un exploit : les États-Unis en ont besoin dimanche pour conserver la Coupe Ryder, car ils sont relégués à quatre longueurs (10-6) des Européens à l'issue des derniers doubles samedi, une journée où Tiger Woods a tout perdu.

Cyril Touaux AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce ne fut pas aussi simple que la feuille de score peut le laisser penser. Et l'histoire a montré qu'il ne faut jamais savourer trop tôt dans une Coupe Ryder. Mais au final, avant les douze simples de dimanche, le matelas acquis par les hommes du capitaine européen Thomas Björn va faciliter leur sommeil.

D'un point de vue purement comptable, il ne manque plus aux Européens que quatre victoires et un match nul pour l'emporter dimanche. Un scénario a priori dans leurs cordes, et pas loin d'être idéal.

Sans doute encore sonnés par le cinglant 4-0 du vendredi après-midi, les Américains ont eu bien du mal à se remettre dans le match samedi matin.

À l'image d'un Tiger Woods parfois livide, absent, et incapable de hausser son niveau de jeu le matin aux côtés d'un Patrick Reed en mode boulet. Le Tigre n'a pas été plus brillant l'après-midi avec Bryson DeChambeau.

Fleetwood-Molinari, le duo vedette

Le « Tigre », celui que tout le monde attendait dans cette Coupe Ryder, a une nouvelle fois perdu en double, sa troisième défaite d'affilée en France, portant à 19 son bilan en Ryder Cup dans cet exercice bien particulier. Ironie de l'histoire, il a perdu les trois fois face à la paire Fleetwood-Molinari, les vedettes absolues, pour l'instant, de l'équipe européenne.

Le duo anglo-italien, véritable coup de génie du capitaine Björn, a déjà, en deux jours, marqué de son empreinte l'histoire de la Ryder : quatre matchs, quatre points, et une recrue (Fleetwood) déjà au tableau d'honneur.

L'Italien lui, malgré deux Ryder, n'avait pas une seule victoire à se mettre sous la dent. Cette édition n'est même pas terminée et il en a déjà quatre.

Leur nom sera inscrit encore plus haut dans le palmarès s'ils remportent, séparément, leur simple de dimanche : aucun joueur européen n'a jamais engrangé cinq points sur cinq possibles lors d'une Coupe Ryder. Une belle source de motivation.

« Qu'est-ce que je peux dire après ça ? Ils ont été remarquables », a réagi Thomas Björn. Et il en a rajouté une couche sur Molinari : « Je ne sais pas sur quelle planète il vit, mais pas sur celle des autres golfeurs. Il a été phénoménal ».

Tiger Woods, sans doute le plus grand joueur de l'histoire du golf, a lui confirmé son incapacité chronique à glaner des points en double en Coupe Ryder (19 défaites dans cet exercice). Une incongruité qui restera l'un des points noirs de sa carrière.

Le « Tigre » n'a pas été le seul joueur américain à passer au travers samedi. La paire Finau-Koepka n'a pas fait d'étincelles le matin, battue par le duo McIlroy-Garcia, et Johnson-Fowler ont été défaits, assez facilement, par le réjouissant tandem Casey-Hatton.

Brookline-Medinah, match nul...

La meilleure association américaine, Spieth-Thomas, en arrachant deux points samedi, a permis à l'équipe de Jim Furyk de ne pas sombrer. Quant à Bubba Watson, transparent vendredi, il s'est bien repris, avec Webb Simpson, pour décrocher ce 6e point qui entretient l'espoir de l'Amérique.

« Cela nous laisse au moins une opportunité de faire quelque chose de spécial demain », a estimé Jim Furyk.

Deux fois dans l'histoire une équipe est en effet parvenue à renverser une situation aussi compromise le samedi soir : les États-Unis sur le parcours de Brookline à Boston, en 1999, et surtout l'Europe à Medinah, en 2012.

La première fois, les Américains, menés chez eux, avaient eu besoin de George W. Bush, à l'époque gouverneur du Texas, pour les motiver dans les vestiaires. Invité par le capitaine de l'époque, Ben Crenshaw, il avait lu aux joueurs une lettre d'un soldat ayant combattu à Fort Alamo et avait fini par ces mots : « la victoire ou la mort ». Dans un climat nauséabond, les Américains l'avaient finalement emporté. Jim Furyk et Tiger Woods y étaient.

Le « miracle » de Medinah, en revanche, constitue l'une des plus belles pages de l'équipe d'Europe sur le sol américain. Quelques acteurs de ce moment historique sont encore là, cette année en France, comme Ian Poulter, alias « Mr Ryder », et Dustin Johnson, le numéro 1 mondial.

« Nous devons rester concentrés. J'ai vu de nombreuses fois ce qui se passe avec les simples », a prévenu le capitaine Björn.

Les Américains vont forcément s'accrocher à ces deux scénarios pour tenter de gagner, in extremis, une Coupe Ryder qui se refuse à eux depuis 25 ans sur le sol européen.