Une qualification obtenue in extremis. Le souvenir d'une fin catastrophique en 2003. Le deuil d'un père. De longues semaines loin des verts. Les éléments semblaient ligués contre Thomas Bjorn à l'approche de l'Omnium britannique. Pourtant, au terme de la première ronde, le Danois occupe le sommet du classement.

Mis à jour le 15 juill. 2011
Michel Marois LA PRESSE

Le Danois Thomas Bjorn n'était même pas qualifié pour l'Omnium britannique cette année et il n'a obtenu une place qu'après le forfait de Vijay Singh. C'est néanmoins lui qui occupe le premier rang après la première ronde, à égalité avec la jeune sensation britannique Tom Lewis.

Plusieurs ont cru que le joueur de 40 ans aurait préféré passer son tour. Sa dernière visite au Royal St. George, en 2003, a tourné au désastre quand il a gâché une avance de trois coups avec quatre trous à jouer. Bjorn n'était d'ailleurs jamais revenu à Sandwich.

«C'est l'Omnium, a-t-il répliqué, aucun golfeur ne voudrait rater cela!

«Je n'ai d'ailleurs pas traîné ma déception très longtemps, en 2003. Cela a été un peu difficile l'année suivante à Troon, pour mon retour à l'Omnium. J'ai repensé aux derniers trous et les émotions sont revenues très vives.

«Bien des gens m'ont demandé cette semaine comment je me sentais au sujet de 2003, mais en ce qui me concerne, tout cela remonte à huit ans, c'est le passé...»

En deuil

Bjorn a vécu des émotions autrement difficiles, récemment, quand son père est décédé des suites d'une longue maladie. Le golfeur a été à l'écart de la compétition pendant huit semaines et n'avait toujours pas retrouvé son élan avant d'arriver à l'Omnium.

Quand on lui a demandé s'il avait pensé à son père, l'imposant golfeur de 6'3 s'est montré très ému et n'a répondu qu'après une longue pause. «Mon père signifiait beaucoup pour moi. Il aurait sûrement été fier de ce que j'ai fait aujourd'hui. Excusez-moi de ne pas pouvoir vous en dire davantage...»

Parti très tôt hier matin, Bjorn a toujours été en haut du tableau des meneurs. «Je savais très bien où j'étais, a-t-il avoué. C'est satisfaisant de retrouver mon nom en tête du classement d'un tournoi majeur.

«Ce n'est d'ailleurs pas grave de regarder le classement le jeudi ou le vendredi, c'est le dimanche qu'il vaut mieux garder la tête penchée quand on passe devant un tableau.

«L'Omnium est le seul tournoi où je suis heureux de jouer tôt. C'est parfois difficile de se mettre en marche le matin.»

Bjorn a réussi huit oiselets et deux bogueys. Il a frappé son meilleur coup au 16e trou, là même où il avait perdu l'Omnium de 2003 en frappant trois coups dans la fameuse fosse de sable qu'on dit hantée et qui protège l'entrée du vert.

«Je n'y ai pas pensé, a-t-il assuré. J'ai frappé un bon fer 9 et j'ai eu un peu peur que le vent pousse ma balle dans la fosse... Mais elle est tombée sur le vert et j'ai réussi le roulé.» Certains ont suggéré que les fantômes du 16e trou lui en devaient une. «Aucun trou, aucune fosse ne doit quoi que ce soit aux golfeurs, a-t-il répondu. C'est nous qui frappons les coups.

«Jouer sur les links est quand même très particulier. Je pense que ça convient à mon jeu, à mon tempérament. Ici, c'est important de voir les coups dans sa tête avant de les exécuter. C'était le cas aujourd'hui (hier) et j'ai la chance d'avoir un cadet [Phil Morbey] qui est aussi très familier avec ces parcours et peut m'aider à voir les coups, surtout autour des verts.»

Travail à faire

Bien qu'il jure ne chercher aucune revanche cette semaine, Bjorn aimerait bien rester en lice pour la victoire ce week-end. «Je ne suis pas dans la meilleure des formes, a-t-il reconnu. J'avais bien amorcé la saison [une victoire sur le circuit européen], mais la pause pour la mort de mon père m'a affecté et je n'ai pas très bien joué depuis mon retour au jeu, il y a un mois.

«Je n'ai eu qu'une ronde d'entraînement ici avec ma qualification tardive, mais nous avons trouvé quelque chose, hier (mercredi) au champ de pratique, avec mon entraîneur Pete Cowen. Cette ronde de 65 est un pas de géant dans la bonne direction.

«J'étais plus à l'aise et nous travaillerons encore cet après-midi (hier). On ne répare pas un élan en une journée, mais si je peux continuer de cette façon, on ne sait jamais... J'ai travaillé toute ma carrière pour me mettre dans la position de gagner un tournoi majeur. J'ai eu une bonne chance en 2003, une autre en 2005 à Baltusrol [au Championnat de la PGA].

«Je me suis toujours promis de continuer à essayer, quoi qu'il arrive. Je n'ai pas joué récemment comme dans le passé, mais je l'ai fait aujourd'hui [hier] et c'est très satisfaisant. J'ai 40 ans, je crois pouvoir encore jouer du bon golf, peut-être assez pour remporter un tournoi majeur.

«Je sais aussi qu'il y a d'autres choses que le golf dans la vie. Gagner serait merveilleux, mais probablement pas pour les raisons que vous imaginez», a conclu Bjorn, en semblant se perdre de nouveau dans ses pensées.