Dans le lobby de l'hôtel, la dame de l'accueil vous donne la liste des restos du coin en prenant soin de rayer ceux qui sont fermés. «À cause de la crise économique», dit-elle en soupirant. Aux alentours, les concessionnaires automobiles sont déserts, surtout ceux qui ont des noms exotiques comme Ferrari ou Lamborghini.

Richard Labbé LA PRESSE

Aucun doute, les choses changent dans ce coin de l'Amérique, et pas nécessairement pour le mieux. Mais il y a une chose qui ne change pas en Virginie, là où les Redskins de Washington ont leur centre d'entraînement: comme un peu partout aux alentours de la capitale américaine, on déteste Dallas.Dallas, c'est bien sûr les Cowboys, grands rivaux des Redskins depuis une quarantaine d'années. Pour vous donner une idée, Cowboys et Redskins, c'est un peu comme Canadien et Nordiques dans le bon vieux temps. Avec la différence que les mauvais sentiments n'ont pas disparu avec le temps.

«On les déteste», a confié Fred Smoot, demi de coin des Redskins, après l'entraînement de sa bande à Ashburn, en Virginie. «C'est comme ça, et ce sera toujours comme ça.»

Les Redskins et leurs partisans ont déjà hâte à dimanche soir. Parce que dimanche soir, les Cowboys seront en ville. Mais surtout parce que les Cowboys ne peuvent pas vraiment se permettre d'échapper ce match; une défaite, et leur fiche chuterait à 5-5. Un scénario cauchemardesque pour une équipe qui aspirait au Super Bowl il n'y a pas si longtemps.

Le problème, c'est que la maison des Redskins, le FedEx Field, sera probablement envahie par plusieurs milliers de partisans des Cowboys. «Parmi les fans de football à Washington, il y en a environ 50% qui préfèrent les Cowboys», a admis Smoot.

Ce n'est pas tout. Tenez, on chuchote même que l'attaque des Redskins pourrait avoir à employer un compte silencieux, le genre de stratégie normalement utilisée sur les terrains adverses afin de faire fi du bruit.

C'est quelque chose, comme dirait Bill Parcells.

À Washington et dans les environs, c'est football mur à mur. Il y a bien une équipe de baseball (qui était la nôtre auparavant, n'est-ce pas?), une équipe de basket et une équipe de hockey, mais rien, absolument rien, n'est aussi gros que les Redskins.

Et rien n'est aussi gros que cette rivalité qui ne veut pas mourir avec Dallas.

«C'est du sérieux, a ajouté Smoot. À Washington, on pourrait terminer la saison avec une fiche de 2-14, et personne ne chialerait... en autant que les deux victoires soient des victoires contre les Cowboys!»

Pas facile de déterminer quand toute cette haine a commencé. Ce qui est sûr, c'est que la haine a grossi dans les années 70, grossi dans les années 80, et encore un peu dans les années 90, une décennie où les Cowboys ont gagné trois fois le Super Bowl, contre une seule pour les Redskins.

Aujourd'hui, les noms ont changé. Il n'y a plus de Joe Theismann, de John Riggins ou de Michael Irvin pour allumer les feux de la discorde. Il n'y a plus de Dexter Manley pour «sortir» un quart des Cowboys, il n'y a plus de Troy Aikman pour lancer la passe qui tue en fin de match ou en prolongation.

Mais il y a encore l'étoile bleue d'un bord, et les casques à la tête d'indien de l'autre. Pour Fred Smoot, c'est bien assez.

«Vous savez comment c'est dans la NFL, quand tous les joueurs se parlent sur le terrain avant le début d'un match? Eh bien, avec Dallas, ce n'est pas comme ça. Quand on joue contre les Cowboys, je ne vais jamais au milieu du terrain pour discuter avec leurs gars avant le début du match.»

Ça promet pour dimanche soir...