Marc Trestman et Anthony Calvillo étaient faits pour bien s'entendre. Des professionnels sur toute la ligne, qui pensent au football du lever au coucher - et probablement dans leurs rêves.

Miguel Bujold LA PRESSE

Le destin a bien fait les choses. Calvillo n'a jamais aussi bien joué et s'est clairement établi comme le meilleur joueur de la Ligue canadienne, tandis que les succès des Alouettes depuis trois ans serviront ultimement de tremplin à Trestman afin de devenir un entraîneur-chef dans la NFL (une question de temps, selon moi).

Mais en 2007, lorsqu'ils ont commencé à travailler ensemble, les deux hommes traversaient la période la plus difficile de leur vie professionnelle. Trestman avait été congédié de l'Université de la Caroline; n'avait jamais été un entraîneur-chef, ce qui était son objectif; et portait l'étiquette de coordonnateur offensif. Calvillo venait d'encaisser une cinquantaine de sacs dans un système offensif qui lui allait aussi bien qu'un maillot des Red Sox à Derek Jeter, et avait quitté la compétition afin d'être au chevet de sa femme, atteinte d'un cancer. Ça ne regardait pas trop bien pour sa carrière, encore moins pour le règne des Alouettes.

«Je dis souvent aux gens de mon entourage que les planètes étaient alignées parfaitement lorsque j'ai accepté cet emploi, et que la première planète, c'était Anthony Calvillo», me disait Trestman, il y a quelques jours.

Effectivement, tout est tombé en place. Le mariage entre Calvillo et Trestman a permis aux Alouettes d'accéder aux trois derniers matchs de la Coupe Grey, et a créé une petite révolution dans la LCF.

«Marc a probablement aimé se retrouver dans la LCF, car il a une plus grande liberté créative qu'au football américain. Notamment en raison des receveurs qui peuvent être en mouvement avant la remise du ballon. Il peut mettre les défenses adverses sur les talons encore plus qu'aux États-Unis en raison de ses arbres de tracés et ses concepts. Et je pense qu'Anthony Calvillo a bien aimé ça», expliquait le garde Luc Brodeur-Jourdain, jeudi.

Les facteurs sont nombreux lorsqu'on analyse les succès de Calvillo depuis trois ans. La maladie de sa femme lui a rappelé que plusieurs choses étaient éphémères dans ce monde. Elle l'a également incité à changer son alimentation et à se mettre en forme. Il n'a jamais eu autant de joueurs talentueux autour de lui. L'arrivée à Montréal du brillant Trestman est toutefois au sommet de la liste.

«C'est toujours un avantage pour un entraîneur de pouvoir compter sur un bon groupe de vétérans lorsqu'il amorce un nouveau travail, mais je pense que Marc a élevé notre équipe à un niveau supérieur. Tout commence par l'entraîneur-chef, et ce que Marc a accompli au cours des trois dernières saisons est tout simplement remarquable», a observé Calvillo.

Du sérieux

À la fin du règne de Don Matthews et pendant l'inoubliable saison où Jim Popp occupait le poste d'entraîneur-chef, les Alouettes étaient devenus une équipe molle, indisciplinée, et qui ne semblait pas trop savoir où elle s'en allait.

Je me souviendrai toujours du premier entraînement dirigé par Trestman. Aucun joueur assis sur son casque, aucune perte de temps entre les différents exercices, pas de musique... Au bout de cinq minutes, on venait de constater que le party était terminé. Il y avait maintenant une ligne directrice, un plan d'attaque, une vision.

Je me souviens aussi de quelques journalistes de l'Ontario qui m'avaient ridiculisé, il y a trois ans, parce que j'avais osé dire que Trestman était un entraîneur supérieur à Matthews. Même s'il vomissait sur eux, Matthews a toujours été perçu comme un demi-dieu par certains journalistes.

La question demeurera évidemment sans réponse, mais je peux vous dire sur lequel des deux entraîneurs je miserais, et il n'habite pas en Oregon.

«Une équipe devient le reflet de son entraîneur-chef. Avec Matthews, en autant qu'on était bien préparés pour le match, on pouvait faire tout ce qu'on voulait - et c'est une formule qui a fonctionné pour nous. Or, c'est complètement différent avec Marc. Si un joueur prend trop de place, ou s'il fait parler de lui pour les mauvaises raisons, il lui rappellera qu'il n'est pas plus important que l'équipe. Et les joueurs ont accepté cette approche», raconte Calvillo.

Trestman vers d'autres cieux?

Les rumeurs concernant un retour de Trestman dans la NFL, ou la NCAA, ont recommencé à circuler au cours des dernières semaines. «Je ne commenterai pas au sujet de rumeurs et de contes de fée», a tranché le pilote lors de sa conférence de presse, mercredi.

Il reste deux saisons au contrat de Trestman avec les Alouettes. Mais si les Vikings du Minnesota, sa ville natale, lui offraient leur poste d'entraîneur-chef - comme certaines rumeurs le laissent croire-, refuserait-il une pareille occasion? Il a commencé sa carrière d'entraîneur dans les rangs professionnels avec les Vikings, et son mentor Bud Grant, qui demeure un personnage très influent au Minnesota, pousserait pour qu'il obtienne le poste.

Trestman aime pouvoir passer six mois par année à son domicile en Caroline, où il peut voir sa famille sur une base quotidienne. Mais si les Panthers - qui remercieront vraisemblablement John Fox dans quelques mois - le courtisaient? Ou encore si les 49ers de San Francisco lui faisaient signe, accepterait-il d'aller les aider afin de retrouver leur identité (jeu aérien) et leur place parmi l'élite de la NFL?

Robert Wetenhall, le propriétaire des Alouettes, a épongé des déficits importants au cours de la dernière année. Pourrait-il se laisser tenter par une offre généreuse d'un club de la NFL qui voudrait obtenir la permission de discuter avec Trestman?

Il y a plusieurs points d'interrogation dans les paragraphes qui précèdent. Personne ne sait ce qui se déroulera au cours des prochains mois. Cela dit, Trestman m'a dit une chose qui a retenu mon attention lors de mon entrevue avec lui au lunch des champions de l'Est, jeudi.

Lorsque je m'apprêtais à quitter la table, l'entraîneur-chef des Alouettes m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit qu'on referait le même exercice, au même moment l'année prochaine. Est-ce une garantie qu'il sera de retour avec les Alouettes en 2011? Allez savoir. Mais ce n'est sûrement pas une mauvaise nouvelle pour les Oiseaux et leurs partisans.