Chapeau noir sur la tête, sac à dos rouge aux épaules et chandail des Commanders de Washington sur le dos, Benjamin St-Juste court partout sur le terrain de l’école secondaire Curé-Antoine-Labelle de Laval.

Le footballeur professionnel est complètement investi dans les activités qui ont lieu sur le terrain. Micro à la main, il applaudit les jeux réussis et prend le temps de conseiller individuellement les jeunes après chaque séquence.

Au moment du passage de La Presse à cette quatrième édition du camp de développement Retour à l’Origine organisé par la Fondation l’Originale, samedi midi, ce sont les jeunes de moins de 15 ans qui ont pris d’assaut le terrain. Ils sont très, très nombreux.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Le camp de développement Retour à l’Origine est destiné aux jeunes athlètes de 13 à 18 ans.

« Les jeunes voient que j’aime ce que je fais, qu’il y a de la passion, nous explique St-Juste. Ils peuvent connecter avec moi, me poser des questions. Ce n’est pas juste un speech et je pars. Je viens connecter avec les jeunes, leur apprendre le plus de techniques possible. »

Au total, pas moins de 500 élèves athlètes prennent part au camp, qui est carrément un happening ; plusieurs dizaines de parents sont dans les gradins, des haut-parleurs crachent de la musique et différents chapiteaux permettent de se procurer nourriture ou souvenirs.

D’ailleurs, tous les jeunes portent fièrement une camisole qui leur a été offerte : « De MTL à la NFL », peut-on lire à l’arrière de celle-ci.

« Je me suis inscrit au camp pour m’améliorer personnellement, nous dit le Montréalais de 16 ans Noah Daquin. Je veux découvrir des coachs, parler à Ben… C’est un bon joueur de la NFL. Je veux m’améliorer, vivre de nouvelles expériences, rencontrer du monde, avoir du plaisir. »

Pour l’occasion, St-Juste a amené avec lui une dizaine de joueurs de la NFL et anciens coéquipiers à l’Université du Michigan ; une initiative possible grâce à un partenariat avec NFL Canada, qui tente de « grossir l’amour du jeu à travers les joueurs canadiens », de dire le demi de coin.

« Ce sont tous des joueurs qui ont les mêmes valeurs que moi. Ils aiment redonner à la jeunesse, ils voient le potentiel. C’est une première visite pour eux à Montréal. »

La représentation

Pendant que les moins de 15 ans sont sur le terrain, les joueurs de plus de 15 ans sont éparpillés dans huit classes à l’intérieur de l’école, dans lesquelles sont données différentes conférences. « La préparation mentale et l’équilibre d’esprit », « La nutrition et le sport », « La littéracie financière et le développement de carrière » et « L’admissibilité en NCAA » sont quelques-uns des thèmes. Chaque jeune est libre d’assister aux conférences de son choix, qui sont toutes offertes par un spécialiste du domaine concerné.

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Des conférences sur plusieurs thèmes gravitant autour du football sont offertes aux jeunes présents.

« Je suis allé à la conférence d’[Antoine Deslauriers, un secondeur]. Le speech qu’il a donné, les entraînements qu’il a faits, ça m’a motivé. Il a parlé de rater des soirées avec les boys pour aller s’entraîner, de faire des sacrifices », évoque Zakary André, 15 ans, de L’Assomption.

L’idée du camp, explique le directeur de la Fondation l’Originale, Martin Robert, est de « rendre le sport accessible ». « C’est de rendre accessible le contenu, ou le savoir, dont tu as besoin pour devenir un athlète professionnel dans le sport, ou juste te développer en tant qu’humain. On le fait payant pour avoir de l’argent pour payer nos choses, mais on a 100 passes gratuites qu’on donne aux jeunes, à des organisations. »

Voilà quatre ans que Benjamin St-Juste s’implique dans cette initiative. En fait, celle-ci a commencé après son repêchage dans la NFL, en 2021. Il avait fait une simple publication sur les réseaux sociaux, invitant les jeunes de Montréal qui le souhaitaient à venir le rejoindre pour un camp gratuit dans un parc de la métropole. Pas moins de 150 athlètes se sont présentés.

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Les jeunes qui n’assistent pas à des conférences s’exercent sur le terrain de football de l’école secondaire Curé-Antoine-Labelle de Laval.

« Ç’a comme cliqué, ça m’a fait réaliser que non seulement il y a de la motivation et du talent, mais aussi du vouloir de la part de nos jeunes athlètes québécois d’apprendre et d’atteindre le prochain niveau », raconte-t-il.

La représentation, croit St-Juste, a un « gros impact » auprès des jeunes. « Le fait que je viens d’ici, je suis allé à l’école ici, je viens de la même province, ils sont capables de dire : “Moi, je veux être comme Benjamin St-Juste.” […] Les jeunes peuvent m’utiliser comme exemple. »

Le professionnel a un parcours « similaire » à ces centaines de jeunes présents à Laval, samedi. Adolescent, il a eu de la difficulté à attirer l’attention des recruteurs américains.

« Je n’ai pas eu le parcours parfait, note-t-il. J’ai eu de la difficulté à l’école comme eux, j’ai dû me concentrer sur le côté académique pour me rendre au prochain niveau. Au début, j’avais un manque d’estime de moi, je ne savais pas vraiment si j’allais avoir le talent pour réussir, si c’était possible. »

Mais ça l’était. Et aujourd’hui, il a envie que tous les jeunes joueurs québécois le sachent.