Ben Roethlisberger a-t-il choisi de disputer une saison de trop ? C’est une question légitime et on connaîtra la réponse dans quelques semaines.

Publié le 4 déc. 2021
Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

Les Steelers de Pittsburgh sont à la croisée des chemins, autant en ce qui concerne leur saison actuelle que leur avenir à moyen terme. Ils n’ont pas gagné à leurs trois derniers matchs et sont menacés de terminer la saison avec une fiche perdante pour la première fois de l’ère Mike Tomlin et pour seulement la deuxième depuis 1999. Au cours des 34 dernières années, ils n’ont eu que quatre saisons perdantes (fiche de 7-9 en 1991 et en 1998, et de 6-10 en 1999 et en 2003).

Bref, comme aime le rappeler Tomlin, il y a un niveau à maintenir chez les Steelers. « The standard is the standard », dit souvent l’entraîneur-chef. Mais depuis quelques semaines, les Steelers sont très loin d’atteindre ce fameux niveau.

Dans la gênante défaite de 41-10 subie aux mains des jeunes Bengals, dimanche dernier à Cincinnati, la défense des Steelers a été lamentable.

L’unité a accordé quantité de passes de plus de 15 verges, mais surtout, s’est complètement fait dominer au sol par Joe Mixon et les Bengals. Or, s’il y a une constante à Pittsburgh, c’est que la défense des Steelers excelle presque toujours contre la course. Pas cette saison.

Grâce au monstre à deux têtes que forment normalement Cam Heyward et Stephon Tuitt sur la première ligne, les fronts offensifs peinent à créer des ouvertures pour leurs porteurs de ballon. Heyward est le meilleur joueur du club cette année, mais Tuitt a raté toute la saison en raison d’une blessure à un genou, lui qui a également perdu son frère dans un délit de fuite, l’été dernier.

Le vétéran Tyson Alualu, un autre joueur de ligne qui se distingue contre la course, s’est déchiré un ligament croisé antérieur en début de saison. Les absences de T. J. Watt, Minkah Fitzpatrick et Joe Haden n’ont également pas aidé la défense.

Mais ça aiderait si l’ancien premier choix Devin Bush jouait mieux. Le secondeur intérieur est souvent le pire joueur sur le terrain. Il faut dire qu’il se remet lui-même d’une déchirure à un ligament croisé antérieur, mais il est de plus en plus clair que les Steelers ont payé beaucoup trop cher afin de pouvoir le repêcher en 2019. En retour de la 10sélection de l’encan avec laquelle ils ont pris Bush, les Steelers ont échangé la 20e, la 52e et un choix de 3tour en 2020 aux Broncos de Denver.

Bush devait être le remplaçant de Ryan Shazier, qui avait le talent pour devenir un membre du Temple de la renommée mais dont la carrière a tristement pris fin en raison d’une blessure à la colonne vertébrale, en 2017. Bush ne sera jamais un joueur du calibre de Shazier.

PHOTO KATIE STRATMAN, USA TODAY SPORTS

Mike Tomlin, entraîneur-chef des Steelers de Pittsburgh

Tomlin bien en selle

Lorsque Tomlin a été embauché en 2007, le vénérable Dick LeBeau était le coordonnateur défensif. Même s’il avait fait ses classes dans un système défensif complètement différent (Tampa cover 2) de celui des Steelers (une défense 3-4 qui utilisait beaucoup le blitz), Tomlin ne s’est pas interposé et a laissé LeBeau faire son boulot.

Depuis que Keith Butler a succédé à LeBeau, en 2015, Tomlin joue toutefois un plus grand rôle au sein de la défense. Selon la journaliste Aditi Kinkhabwala, du NFL Network, Tomlin fait cependant plus que superviser l’unité, il déciderait de tout de ce côté du ballon. C’est ce qu’a rapporté Kinkhabwala en début de semaine.

Que ce soit vrai ou non, les difficultés de la défense et de l’équipe ne changeront en rien la sécurité d’emploi de Tomlin, qui a signé une prolongation jusqu’au terme de la saison de 2024 en avril dernier. Tomlin n’est certainement pas à l’abri de la critique. Ses équipes perdent trop souvent contre des adversaires inférieurs, il prend parfois des décisions curieuses dans le feu de l’action et ses plus beaux succès dans les éliminatoires commencent à dater.

Cela dit, Tomlin est récemment devenu le 20entraîneur-chef de l’histoire à gagner 150 matchs et seulement 3 parmi ceux-ci l’ont fait plus rapidement que lui : Don Shula, Curly Lambeau et George Halas… Trois géants du coaching, il va sans dire. Tomlin n’a eu besoin que de 232 matchs pour réussir cet exploit.

Qui plus est, les Steelers et la famille Rooney, propriétaire du club depuis sa fondation en 1933, n’aiment pas congédier leur entraîneur. Tellement qu’ils ne le font pas. La dernière fois qu’ils ont remercié un entraîneur-chef, c’était en 1969. Vous avez bien lu. Au cours des 52 dernières années, ils n’en ont eu que trois : Chuck Noll, Bill Cowher et Tomlin. Les deux premiers sont au Temple de la renommée et le troisième y sera un jour.

Au pied du mur

À part les Jets de New York, les Texans de Houston, les Jaguars de Jacksonville et probablement les Dolphins de Miami, toutes les équipes de la conférence Américaine ont encore des chances réalistes de participer aux éliminatoires. Douze clubs pour sept places disponibles.

Les Steelers font partie du lot, mais n’ont pratiquement plus de marge de manœuvre. Ils devront vraisemblablement gagner au moins cinq de leurs six derniers matchs pour se classer et leur calendrier sera l’un des plus exigeants dans la dernière ligne droite. S’ils s’inclinent devant leurs grands rivaux de Baltimore, dimanche après-midi au Heinz Field, les Steelers seront pratiquement éliminés.

La défense devra retrouver ses ardeurs face aux Ravens, et Roethlisberger devra trouver le moyen d’améliorer son jeu malgré une mobilité et une force de bras qui déclinent rapidement. C’est sans parler de ses mauvais débuts de match qui plombent les Steelers depuis longtemps.

Cela dit, peu importe la façon dont se terminera ce qui sera presque assurément la dernière saison de Roethlisberger, le gaillard pourra partir la tête haute. Comme Tomlin, il n’a jamais connu de saison perdante en 18 ans. Il a gagné le Super Bowl deux fois et a remporté huit championnats de division. Son nom fait partie des cinq ou dix meilleurs de l’histoire dans la très grande majorité des catégories de statistiques chez les quarts-arrières.

Il n’a plus rien à prouver. Mais le gros Ben est un joueur fier, qui veut assurément tirer sa révérence après une bonne saison. Il peut encore y parvenir, mais le temps commence à manquer.

À la recherche d’un quart expérimenté

L’informateur Jay Glazer, du réseau FOX, a dit le mois dernier que Tomlin et les Steelers seraient à la recherche d’un quart d’expérience pour remplacer Roethlisberger en 2022. De recommencer à zéro avec une recrue ne sera pas une option selon Glazer, qui est généralement très bien informé.

Le nom d’Aaron Rodgers est souvent revenu. Ryan Shazier a parlé de la possibilité que ce soit Russell Wilson il y a quelques jours. Jimmy Garoppolo pourrait être un autre candidat logique si les 49ers de San Francisco choisissent de donner le ballon à Trey Lance. Marcus Mariota pourrait également être une avenue intéressante.

Ce qui est sûr, c’est que pour la première fois depuis la création du plafond salarial il y a un quart de siècle, les Steelers auront beaucoup d’espace et d’argent à dépenser sur le marché des joueurs autonomes, de sorte que leur équipe sera peut-être méconnaissable en septembre prochain. Le niveau ne changera pas pour autant.

Les prédictions de Miguel Bujold

  • Tampa Bay à Atlanta : Tampa Bay
  • Arizona à Chicago : Arizona
  • Chargers de L. A. à Cincinnati : Cincinnati
  • Minnesota à Detroit : Minnesota
  • Giants de N. Y. à Miami : Miami
  • Philadelphie aux Jets de N. Y. : Philadelphie
  • Indianapolis à Houston : Indianapolis
  • Washington à Las Vegas : Las Vegas
  • Jacksonville aux Rams de L. A. : Rams de L. A.
  • Baltimore à Pittsburgh : Baltimore
  • San Francisco à Seattle : Seattle
  • Denver à Kansas City : Kansas City
  • Nouvelle-Angleterre à Buffalo : Nouvelle-Angleterre
  • La semaine dernière : 6-6
  • Total de la saison : 97-68

Trois matchs à regarder

Chargers de L.A. à Cincinnati, dimanche 13 h

PHOTO JOSEPH MAIORANA, USA TODAY SPORTS

Joe Mixon (28)

Joueur offensif de la semaine dernière dans la conférence Américaine, Joe Mixon occupe le troisième rang de la ligue avec 924 verges au sol. La ligne offensive des Bengals fait donc du très bon boulot sur les jeux de course, mais Joe Burrow a été victime de 30 sacs depuis le début de la saison, ce qui est beaucoup trop. Parions que les Bengals y remédieront durant la saison morte, ce qui fera de leur attaque l’une des plus redoutables de la NFL. Si Justin Herbert veut remporter son premier duel contre Burrow, les Chargers devront jouer avec beaucoup plus d’intensité qu’ils le font généralement lorsqu’ils disputent des matchs à 13 h, heure de l’Est.

Denver à Kansas City, dimanche, 20 h 20

PHOTO ISAIAH J. DOWNING, ISAIAH J. DOWNING-USA TODAY SPOR

Pat Surtain II (2), Kenny Young (41), Bradley Chubb (55) et Malik Reed (59)

On avait enterré les Broncos après leur série de quatre défaites en octobre. Même eux ne semblaient plus trop croire à leurs chances d’accéder aux éliminatoires lorsqu’ils ont échangé Von Miller aux Rams, quoique le retour (choix de deuxième tour et de troisième tour) ait été difficile à refuser. Mais les revoici dans le peloton des nombreuses équipes qui peuvent encore viser une place pour le tournoi du côté de l’Américaine. Les Broncos seront assurés d’être à égalité au premier rang de leur division s’ils causent une surprise au Arrowhead Stadium, dimanche soir, eux qui sont toutefois actuellement négligés par 10 points. Ils ont perdu leurs 11 derniers matchs face aux Chiefs.

Nouvelle-Angleterre à Buffalo, lundi, 20 h 15

PHOTO CHUCK COOK, USA TODAY SPORTS

Josh Allen

Pour une rare fois, le match le plus prometteur de la semaine sera celui du lundi soir alors que le premier rang de la division Est sera en jeu. Bill Belichick aura-t-il trouvé la façon de contenir Josh Allen et compagnie ? Les Bills ont gagné les deux affrontements annuels entre les deux équipes la saison dernière, marquant un total de 62 points. Mais la défense des Patriots est plus talentueuse et nettement supérieure qu’en 2020. Au cours de la séquence actuelle de six victoires des Pats, Mac Jones a lancé neuf passes de touché contre deux interceptions. Jones a devancé le receveur Ja’Marr Chase et est maintenant favori pour remporter le titre de la recrue par excellence en attaque.