(Montréal) Très jeune, Bruno Labelle a su que s’il jouait au football universitaire, ce serait au sud de la frontière.

Frédéric Daigle
La Presse Canadienne

« Je visais la NCAA depuis que je jouais dans les rangs pee-wee ou bantam. Je serais allé à Montréal ou Laval probablement, mais ces universités n’ont jamais été une option réelle pour moi. […] J’avais des aspirations de jouer dans la NFL un jour et je trouvais que la voie de la NCAA était la meilleure pour cela », a-t-il raconté mardi de Nashville, au Tennessee, où il s’entraîne en vue de son « Pro Day » du 31 mars.

« J’ai toujours été attiré par la culture du football universitaire aux États-Unis : l’atmosphère, les partisans, tout ce qui entoure le football ici. Ça m’a impressionné à un très jeune âge. Je regardais les vidéos de LSU et Texas A & M et j’étais ébloui par la grandeur des stades, l’ambiance. C’est vraiment ça qui m’a donné la piqûre », a ajouté le joueur qui aura 24 ans en juin.

« J’aurais pu rester au Canada. Mais j’hésitais aussi entre deux positions : j’ai été receveur au secondaire et au cégep, mais en vieillissant, je trouvais qu’ailier rapproché me convenait mieux si je voulais jouer professionnel, a-t-il poursuivi. Comme il n’y a pas beaucoup de débouchés pour les ailiers rapprochés au Canada, je trouvais que d’aller jouer aux États-Unis, dans une attaque qui se sert davantage de cette position, valait mieux pour moi. Cincinnati était le bon endroit pour moi. »

Quand il parle de Cincinnati, il fait référence aux Bearcats de l’Université de Cincinnati, où Labelle a passé les quatre dernières saisons. Invaincus au cours du dernier calendrier écourté, les Bearcats ont même atteint le Chick-Fil-A Peach Bowl, où ils se sont inclinés contre l’Université de la Géorgie.

Arrivé en Ohio en ne parlant pratiquement pas l’anglais, Labelle encourage tous les jeunes du Québec qui songent à la NFL à faire comme lui, qu’ils soient à l’aise en anglais ou pas.

« Je ne pense pas que l’anglais devrait faire partie de l’équation. Ils vont prendre soin de vous sur cet aspect quand vous arriverez (aux États-Unis). Le plus important, c’est de savoir ce que vous voulez faire avec votre carrière au football. Si vous souhaitez jouer dans la LCF et rester près de votre famille, il n’y a rien de mal avec le réseau U Sports. Mais si vous voulez jouer dans la meilleure ligue et espérez avoir l’occasion de jouer professionnel par la suite, je pense que d’aller aux États-Unis est le meilleur choix. Il y a plus d’occasions d’être vu », a-t-il noté.

Par contre, une bonne préparation physique est de rigueur : ç’a été le plus grand défi à relever pour lui.

« L’entraînement physique qu’on fait au Canada n’est pas suffisant, a souligné le colosse de six pieds et quatre pouces qui fait maintenant osciller le pèse-personne à 248 livres. Je crois qu’en général, il y a une lacune au niveau du développement physique chez les jeunes au Québec. Si je compare avec l’âge où les jeunes commencent à s’entraîner aux États-Unis et de la façon dont ils s’entraînent, oui, le Québec a un retard à rattraper dans cet aspect. »

Labelle a été courtisé par d’autres gros programmes, mais les universités comptant sur un programme moins réputé, comme Cincinnati, sont parfois plus rapides à offrir des bourses aux joueurs canadiens. Labelle aurait pu y retourner pour une cinquième année, mais il a plutôt décidé de se déclarer admissible au prochain repêchage de la NFL.

« J’ai pensé retourner pour une cinquième année, surtout que j’ai été blessé et que j’ai raté quelques matchs cette saison. Mais au final, c’est ma position en vue du repêchage et les discussions avec mes entraîneurs et mon agent (Anthony Bonagura) qui ont influencé cette décision. Ça semblait être le bon “timing” : il y a moins de joueurs qui se sont déclarés admissibles au repêchage, et c’est basé sur mes films, où je me situe comme joueur. »

Si près du but, Labelle demeure tout de même réaliste quant au repêchage à venir.

« Je suis très optimiste au sujet de la NFL. J’ai parlé à quelques équipes déjà. J’ai aussi discuté avec mon agent, afin de savoir où ces équipes me voient au repêchage — probablement comme joueur autonome non repêché je dirais. Bien sûr, je vise la NFL comme ailier rapproché ou centre-arrière, mais si cela ne fonctionne pas, je serai heureux de jouer dans la LCF. Je ne me mets aucune barrière. La LCF est une bonne ligue. Mais mon attention est tournée vers la NFL présentement. »

Afin de s’assurer d’attirer un maximum d’attention, Labelle travaille d’arrache-pied sur son temps sur 40 verges.

« C’est certain que je veux connaître une bonne journée, mais en fin de compte, ce qui compte vraiment c’est votre temps sur 40 verges. Je cours dans les 4,6 secondes, alors un temps plus près de 4,6 que de 4,7, c’est ce que je vise », a-t-il conclu.