Laurent Duvernay-Tardif s’ennuie du football.

Dan Ralph La Presse Canadienne

Le joueur de ligne offensive gagnant du dernier Super Bowl avec les Chiefs de Kansas City ne regrette pas d’avoir fait l’impasse sur la saison 2020 pour combattre la pandémie de COVID-19. Mais le Québécois de six pieds cinq, 321 livres trouve de plus en plus lourd de n’être qu’un simple partisan et prévoit reprendre sa carrière de footballeur à l’automne.

« Au départ, de jouer devant 80 000 personnes me manquait, puis je me disais qu’au moins, ils ne jouaient pas devant 80 000, alors c’était plus facile à accepter, a déclaré Duvernay-Tardif au cours d’un entretien téléphonique jeudi. Maintenant, je m’ennuie bien plus que de cela.

« Pendant la semaine de congé des Chiefs, chaque matin, je me levais en me demandant comment l’entraîneur avait organisé son plan de match. »Quelle journée on mettait l’équipement complet ? A-t-on congé le week-end ? Est-ce qu’on reprend lundi comme une semaine normale ? »C’est dans mon ADN. Je sens que je fais partie de cela même si je n’y suis pas. Je m’en ennuie beaucoup. »

Les Chiefs ont terminé au sommet du classement général de l’Association américaine grâce à un dossier de 14-2. Ils entameront la défense de leur titre en accueillant les Browns de Cleveland dimanche.

Duvernay-Tardif a aidé les Chiefs à vaincre les 49ers de San Francisco 31-20 au Super Bowl, mettant fin à la disette de 50 ans de l’équipe sans gagner le match ultime de la NFL.

En juillet, Duvernay-Tardif, qui a reçu son diplôme de médecine de l’Université McGill en 2018, est devenu le tout premier joueur de la NFL à annoncer qu’il resterait à l’écart des terrains en 2020 à cause de la pandémie, préférant plutôt travailler dans un centre de soins de longue durée à Montréal.

L’entraîneur-chef Andy Reid, dont la mère est également diplômée de médecin de l’Université McGill, et le quart Patrick Mahomes ont été parmi ceux qui ont applaudi sa décision.

Le réputé magazine américain Sports Illustrated a nommé Duvernay-Tardif parmi ses Personnalités sportives de l’année. Celui-ci a plus tard mérité le trophée Lou-Marsh, remis annuellement à l’athlète par excellence au Canada.

« Je suis certain à 100 % d’avoir pris la bonne décision, mais en même temps, les gens me donnent trop de mérite, a-t-il dit. Je sais ce que ça représente, […] mais je crois que ma définition d’un héros a changé cette année.

« Je suis reconnaissant qu’on m’ait accordé ces honneurs, mais à un certain moment, vous vous sentez mal. Vous vous demandez qui vous êtes pour mériter cela. Vous regardez ce que vous avez fait et ce n’était pas tant que ça comparativement à telle ou telle infirmière. […] Je trouve que ce sont les travailleurs de première ligne qui devraient être reconnus de la sorte. »

Duvernay-Tardif, qui aura 30 ans en février, n’a pas cessé de s’entraîner. Il a même construit un gymnase extérieur sur le toit de sa maison. Le temps passé sans jouer a aidé son corps à récupérer.

« Je pense que ça a pris un bon six mois à complètement récupérer. Je peux maintenant faire des choses que je ne pouvais plus auparavant. Je vis en face d’une montagne et je peux monter les sentiers jusqu’au sommet sans douleur. C’est une nouvelle sensation pour moi. »

Il n’y a pas de doute dans son esprit qu’il souhaite reprendre le football l’été prochain. Même s’il a été un partant dans 57 des 60 matchs qu’il a joués avec les Chiefs, il sait aussi qu’il devra se battre pour retrouver son poste.

« Je suis en meilleure forme que je ne l’étais l’an dernier. Ça ne fait aucun sens d’étudier un cahier de jeux présentement ; tout ce que je peux faire, c’est de m’assurer d’être dans la meilleure forme possible. Ensuite, je penserai à mon poste. C’est dans cet état d’esprit que je suis. »