Alors que la fin du monde du sport professionnel comme on le connaît est annoncée un peu partout, ils s’en trouvent pour calmer le jeu et relativiser. Mario Cecchini, président des Alouettes de Montréal, est du nombre.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

La crise planétaire de la COVID-19 est dramatique et nos habitudes de vie en seront sûrement changées à jamais. Cecchini le comprend comme tout le monde. Cependant, ça ne l’empêche pas de voir une lueur d’espoir au bout du tunnel.

C’est peut-être en partie parce que lorsqu’elle se compare avec la très grande majorité des autres ligues professionnelles, la Ligue canadienne de football (LCF) a de quoi se consoler. Certains éléments importants jouent indéniablement en sa faveur.

Puisque la grande majorité des stades de la LCF sont loin d’être remplis le jour des matchs, on a demandé à Cecchini si la possibilité de garder une bonne distance entre les partisans dans les gradins avait été étudiée.

« On n’est pas rendus là au niveau de la ligue, mais on en a parlé un peu à l’interne [chez les Alouettes]. On a commencé à regarder quelles mesures on pourrait prendre. Cela dit, je ne fais pas partie de ceux qui prédisent presque l’apocalypse pour les évènements sportifs. Le monde va changer et on n’est pas insensibles à ça.

« Je ne suis pas de ceux qui sont prêts à dire que les gens ne se rassembleront plus. On va respecter la volonté des fans et on va regarder ce qu’on peut faire. C’est un tout autre sujet, mais je pense que, profondément, l’être humain a besoin de rassemblements et d’émotion. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

À quand le premier match des Alouettes au stade Percival-Molson cette saison ?

Bien entendu, on est encore loin de pouvoir parler de la présentation de matchs de football… Le pic de la pandémie de COVID-19 n’a toujours pas été atteint, ni au Québec ni au Canada. La LCF a d’ailleurs reporté le début de ses camps d’entraînement, prévu pour la mi-mai.

Il reste qu’il y a un autre facteur majeur qui pourrait aider la LCF à reprendre ses activités plus tôt que les autres circuits professionnels. La crise de la COVID-19 sera selon toute vraisemblance beaucoup plus aiguë aux États-Unis qu’au Canada au cours des prochains mois. Cecchini est d’avis qu’il s’agit d’un avantage considérable pour la LCF, qui ne présente aucun match au sud de la frontière, contrairement à la NFL, la LNH, la NBA, la MLS et le baseball majeur.

« La réponse courte, c’est oui. J’ai beaucoup, beaucoup d’empathie et de sympathie pour mes collègues des autres ligues qui doivent faire face à ça. Je pense qu’on est chanceux dans le contexte. Notre pays a fait tout ce qu’il pouvait et n’a pas tardé à mettre des mesures en place. Alors bien sûr que ça va nous favoriser. »

Cela dit, en gros, la moitié des joueurs de la LCF sont américains, ce qui représenterait une autre forme de problématique.

« En ce qui a trait aux joueurs américains qui ont leur permis de travail et qui auront techniquement le droit de traverser la frontière le moment venu, on verra s’il y aura des quarantaines. Ce sera à gérer. »

Du football en juillet ?

Dans une entrevue avec Dave Naylor (TSN) en début de semaine, le commissaire de la LCF, Randy Ambrosie, a confirmé que plusieurs scénarios étaient actuellement à l’étude. Pour le moment, il reste impossible de prédire s’il y aura une saison, une saison écourtée, ou pas de saison du tout.

Mais Cecchini a bon espoir qu’il se jouera du football au pays en 2020.

« Le scénario de 18 matchs [saison complète] est encore là. On a pris la décision difficile de reporter le camp d’entraînement, alors c’est sûr qu’on va se pencher sur d’autres scénarios. Ça fait partie du travail de gestion lorsqu’on navigue dans une situation aussi incertaine. Il faut en faire plus que moins. »

À l’heure actuelle, on peut deviner que le scénario le plus optimiste serait celui d’amorcer les camps à un certain moment dans la deuxième moitié de juin, puis de commencer la saison quelque part en juillet. En réduisant ou en éliminant les trois semaines de relâche dont bénéficient normalement les équipes, il pourrait effectivement y avoir une saison de 18 matchs ou presque.

« Ça reste hypothétique, car la situation évolue quotidiennement, mais en date d’aujourd’hui, je dirais effectivement juillet. Est-ce que c’est le scénario le plus optimiste ? Je ne le sais pas, mais on souhaite jouer cet été, absolument », a répondu Cecchini lorsqu’on lui a présenté le scénario ci-dessus.

« On aura plus de clarté dans quelques semaines. Les trois prochaines seront cruciales quant à notre début de saison. »

Mises à pied temporaires

Comme entrée en matière, le travail de Cecchini, du directeur général Danny Maciocia et des nouveaux propriétaires de l’équipe, Gary Stern et Sid Spiegel, aurait difficilement pu être plus exigeant. L’organisation a d’ailleurs procédé à des mises à pied temporaires, lundi, qui ont touché approximativement 35 % des effectifs de l’organisation, exception faite des joueurs.

Cecchini s’attend à ce que les employés qui ont été mis à pied puissent revenir dans le nid au courant de l’été. Leur mise à pied est normalement prévue jusqu’au 30 juin.

« Ce sont des gens avec une force incroyable. Plusieurs d’entre eux ont dit à leur supérieur qu’ils souhaitaient continuer de nous aider. Ils ont toute mon admiration. J’ai été très, très touché par ça. On ne leur demandera pas de faire ça, car c’est une situation vraiment particulière, mais c’est beau de voir cette passion et cet attachement pour l’équipe », a dit Cecchini.

« Les scénarios ou la façon de voir les choses évoluent littéralement toutes les 24 heures. On s’adapte continuellement, mais on est optimistes pour le futur. On est ici pour le long terme et on n’est pas inquiets de traverser la tempête. On verra de quelle façon on en ressortira, mais je pense qu’on sera plus forts, avec de nouvelles idées et façons de faire.

« Gary [Stern] partage la même résilience et le même optimisme. Je suis très choyé d’être soutenu de cette façon-là. Il regarde vers l’avenir et il pense à long terme. Le bien-être de la ligue lui tient vraiment à cœur. »

Vente de billets et partenariats

Au chapitre de la vente de billets, les Alouettes avaient le vent en poupe jusqu’à la semaine dernière. « Notre vente de billets était en accélération avant la crise, elle allait très bien jusqu’à jeudi ou vendredi dernier. Cette semaine, on sent un relâchement, les gens sont en mode attente.

« Lorsque les bonnes nouvelles vont commencer à arriver et que la fameuse courbe dont on parle tant va commencer à s’aplatir, je pense qu’on va voir plus d’optimisme. »

Cecchini ne sait cependant pas jusqu’à quel point la crise de la COVID-19 affectera les commanditaires du club.

Nos partenaires commerciaux sont solides pour la plupart. Il faudra voir de quelle façon ils en ressortiront. On est solidaires avec eux. Mais je dirais que c’est l’aspect qui est un peu plus nébuleux, au moment où l’on se parle.

Mario Cecchini

En l’écoutant à l’autre bout du fil, mercredi, on sentait que l’optimisme de Cecchini n’avait rien de factice. Le président a bon espoir de revoir les amateurs de football au stade Percival-Molson lorsque cette terrible pandémie sera derrière nous.

« C’est une comparaison boiteuse, mais New York n’a jamais été aussi vivant que dans les mois qui ont suivi les attentats du 11-Septembre. Ceux qui ont eu la chance de visiter la ville durant ces mois ont pu voir qu’il y avait une force et une rage de vivre incroyables.

« Oui, il y a des choses qui vont changer, et on va s’adapter. Mais je pense qu’à un certain moment, les gens vont vouloir sortir, célébrer des victoires et avoir du plaisir. »