Comme tout le monde, Sasha Ghavami ne se doutait pas le moindrement, en janvier dernier, de ce que l’année 2020 nous réservait. L’agent de joueurs et grand ami de Laurent Duvernay-Tardif était en Floride pour assister au Super Bowl entre les Chiefs de Kansas City et les 49ers de San Francisco.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

« L’année a commencé de façon exceptionnelle avec le parcours en séries des Chiefs. C’était vraiment impressionnant de les voir réussir leurs trois remontées dans les matchs qu’ils ont joués contre Houston, Tennessee, puis au Super Bowl contre les 49ers de San Francisco. J’étais sur un nuage à Miami en voyant Laurent et Ryan Hunter [un autre de ses clients] gagner le Super Bowl. La vie a complètement changé quelques semaines plus tard. »

Par ricochet, la décision de Duvernay-Tardif de ne pas jouer en 2020 et celle de la Ligue canadienne de football d’annuler sa saison ont évidemment nui au Québécois de 29 ans sur le plan des affaires.

« Mes revenus dépendent de ceux des joueurs, alors le fait d’en avoir entre 20 et 30 qui sont actifs dans la LCF mais qui n’ont pas joué a eu un impact considérable. »

J’ai subi une perte importante, c’est sûr, mais je ne veux pas me plaindre. Il y a beaucoup de gens qui ont perdu bien plus que moi, il faut être capable de faire la part des choses.

Sasha Ghavami

Ghavami comprenait parfaitement la décision de Duvernay-Tardif.

« On en a discuté beaucoup. Dix à quatorze jours avant d’annoncer sa décision, Laurent m’a parlé de la possibilité de ne pas jouer. Le connaissant, je pense que c’est une réflexion qu’il faisait depuis un certain moment. Il avait déjà vécu l’expérience en CHSLD à ce moment et elle avait eu un grand impact positif sur lui. »

« C’était une décision très difficile pour lui parce qu’il adore jouer au football, mais il ne se sentait pas bien d’aller jouer aux États-Unis. Il y avait de la transmission communautaire, et s’il était pour prendre des risques, Laurent préférait le faire en aidant et en traitant des gens plutôt qu’en jouant au football. »

Retour avec les Chiefs

Duvernay-Tardif a déjà annoncé qu’il voulait poursuivre sa carrière de joueur en 2021. Il sait qu’il devra lutter avec d’autres joueurs des Chiefs de Kansas City afin de reprendre son poste de partant comme garde à droite sur la ligne offensive.

On a demandé à Ghavami si son client accepterait de jouer pour une autre formation si les choses ne fonctionnaient pas avec les Chiefs.

PHOTO BRYNN ANDERSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

En raison de la pandémie de COVID-19, Laurent Duvernay-Tardif a décidé de ne pas jouer en 2020, préférant prêter main-forte dans les CHSLD.

« On n’a pas été jusque-là dans notre réflexion. Il est encore sous contrat avec les Chiefs et, sans entrer dans les détails contractuels, je ne suis pas inquiet pour son avenir avec l’équipe. Laurent a toujours adoré jouer à Kansas City. Il adore coach [Andy] Reid, l’équipe d’entraîneurs et la direction. On a même restructuré son contrat pour accommoder et aider les Chiefs au printemps. »

S’il y avait une perte de passion pour le football chez Laurent, on aurait très bien pu prendre des décisions pour éviter de continuer à ce moment-là. Mais la réalité, c’est qu’il s’ennuie beaucoup du foot et qu’il adore ça.

Sasha Ghavami

« Ultimement, on prend ça une étape à la fois, mais je n’ai aucune raison de croire que les Chiefs ne voudraient pas le ravoir, alors je ne pense même pas à d’autres équipes pour le moment. »

LCF : encore de l’incertitude

S’il a bien accueilli la décision de Duvernay-Tardif, Ghavami a été très déçu de la façon dont la Ligue canadienne de football a mené ses affaires depuis le début de la pandémie. La grande majorité des dizaines de joueurs qu’il représente touchent des salaires relativement modestes.

« La plupart des joueurs ont subi une perte de revenus substantielle, mais c’est le manque de communication qui a été le plus frustrant pour eux. Plusieurs joueurs ont quitté leur emploi afin de pouvoir bien se préparer pour la saison, qui n’a finalement jamais eu lieu. Plusieurs de mes clients ont donc dû se trouver un nouvel emploi. »

PHOTO ANDREW VAUGHAN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Randy Ambrosie, commissaire de la Ligue canadienne de football

Depuis que la LCF a permis à ses neuf équipes de négocier des contrats avec leurs joueurs, Ghavami a constaté que la pandémie et la saison perdue auront fort probablement un impact à long terme.

Tout le progrès qu’on avait fait sur le plan salarial au cours des dernières années sera à refaire. Le marché sera réajusté et les équipes vont dépenser moins. On ne voit pas une croissance comme dans les dernières années, mais bien une décroissance. Et on ne sait pas combien d’années ça va prendre pour que le marché se rétablisse.

Sasha Ghavami

« Les équipes doivent couper et se réajuster en faisant attention à leurs dépenses parce qu’il y a encore de l’incertitude. Si on savait hors de tout doute qu’il y aura une saison complète avec des partisans dans les estrades en 2021, ce serait plus facile. »

Bien qu’il y ait de l’optimisme dans la LCF, il est encore trop tôt pour crier victoire ou même pour savoir si la prochaine saison s’amorcera en juin comme prévu. Selon Ghavami, la LCF devrait être plus transparente avec ses joueurs.

« Mes clients me demandent si je pense qu’il y aura une saison et, si oui, à quoi elle ressemblera. Mais personne ne peut répondre à ces questions. »

« Tout ce qu’il faut, c’est d’avoir un plan A, un plan B, un plan C et un plan D. C’est tout. On a maintenant assez d’informations pour pouvoir le faire, car on a vu de quelles façons les autres ligues avaient conduit leurs affaires. Pourquoi est-ce qu’on n’a pas ça dans la LCF ? Pourquoi est-ce qu’on n’a pas expliqué aux joueurs quels étaient les scénarios envisagés ? »

Entreprise et droit commercial

Comme son célèbre ami, Ghavami mène plusieurs projets en parallèle. En plus de sa carrière d’agent de joueurs, l’avocat de formation travaille notamment en droit commercial. Il a également fondé une entreprise (VA-AS recrutement universitaire) avec sa mère Hoda il y a approximativement deux ans et demi.

« On aide des étudiants-athlètes à aller dans les rangs universitaires, autant au Canada qu’aux États-Unis. On travaille avec environ 45 jeunes dans plusieurs sports, notamment le hockey, le baseball, le basketball, le soccer, la crosse, le golf et le tennis. C’est le fun d’aider les jeunes à atteindre leurs objectifs sportifs et académiques. »

« Comme je dis souvent à nos jeunes, ils doivent utiliser leur sport comme levier pour aller atteindre des hautes études. C’est quelque chose qui m’allume énormément et je suis content de pouvoir faire ça. »