D’aussi loin qu’elle se souvienne, Catherine Raîche a toujours aimé le football. Chaque dimanche, elle écoutait religieusement les matchs avec son père, dans la maison familiale de La Prairie, sur la Rive-Sud de Montréal, où elle a grandi.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Aujourd’hui coordonnatrice des opérations football et du personnel chez les Eagles de Philadelphie, Catherine Raîche, 31 ans, participe à la gestion du plafond salarial, des programmes de développement et du recrutement professionnel et collégial. La Québécoise ne cache pas ses ambitions à long terme : un jour, elle sera directrice générale d’une équipe de la NFL. « Ça fait des années que je m’y prépare », dit-elle.

Le chemin n’est pas facile. Aucune femme n’a jamais occupé ce genre de poste dans la ligue. Mais pour Catherine Raîche, rien n’est insurmontable. Et le fait qu’aucune femme n’ait jamais occupé cette fonction ne l’impressionne pas du tout. « Si on attend toujours de voir quelqu’un qui nous ressemble faire quelque chose, c’est peut-être pour ça que ça fait 30 ans qu’il n’y en a pas, de femme DG, dans la ligue. »

Enfant, Catherine Raîche pratique différents sports, dont le patinage artistique. Son frère et sa sœur évoluent dans l’équipe civile de La Prairie, les Diablos. Sa mère est gérante d’équipe. Catherine Raîche l’assiste. « On me demande souvent pourquoi je ne travaille pas au hockey. Moi, c’est le football. Il n’y a pas d’autre option », lance-t-elle.

Après des études à l’Université de Sherbrooke en droit, Catherine Raîche pratique le métier un an. Elle complète en même temps une maîtrise en fiscalité. Mais elle cherche sa voie.

Je n’étais pas vraiment passionnée au quotidien. Je me demandais toujours ce qui me passionnait. La seule chose qui me revenait en tête, c’était le football. Regarder le football. Analyser le football.

Catherine Raîche, coordonnatrice des opérations football et du personnel chez les Eagles de Philadelphie

Catherine Raîche pense alors que cette passion restera un « hobby ». Jusqu’à ce qu’elle se rende à une conférence à Indianapolis durant le week-end de recrutement des joueurs collégiaux. Elle réalise alors qu’une multitude de personnes gravitent autour des équipes de football. « J’ai vu toutes les possibilités qu’il y avait. C’est là que j’ai su que c’est ce que je voulais faire. »

Les Alouettes comme tremplin

En 2014, elle entame un stage bénévole chez les Alouettes de Montréal. « Je faisais toutes sortes de choses. Le week-end, je rentrais des données. Juste pour m’habituer à voir comment ils faisaient certaines choses », dit-elle. Elle travaille trois semaines au camp d’entraînement avec le directeur général Jim Popp.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Raîche a gravi les échelons de la LCF à la NFL.

Ce dernier l’engage comme coordonnatrice administrative en décembre 2014, puis comme directrice adjointe aux opérations football en janvier 2017. « Jim est extrêmement progressiste. Quand vient le temps d’engager les gens, il ne se met pas de barrières par rapport au genre ou à la couleur de peau. Il veut avoir les meilleures personnes autour de lui. Les plus compétentes. »

Elle ne le cache pas, Jim Popp a beaucoup contribué à son développement. « Plus tu veux, plus il t’en donne. Ça m’a permis de me développer rapidement. Il m’a fait confiance. J’ai appris beaucoup de lui et grandi beaucoup, raconte Catherine Raîche. […] Il faut que quelqu’un te donne l’opportunité de montrer ce que tu peux faire. Et j’ai eu cette chance-là avec Jim. »

En 2017, elle quitte les Alouettes. Elle travaille à ce moment main dans la main avec le directeur général Kavis Reed. « On avait des visions différentes. Il n’y en avait pas une meilleure que l’autre. […] Mais je pensais que c’était mieux de me retirer », dit-elle.

Un mois à peine après son départ des Alouettes, elle se retrouve avec les Argonauts de Toronto. Elle y rejoint Jim Popp, qui y entame sa deuxième année comme directeur général. Elle occupe un poste où elle négocie des contrats, gère le plafond salarial et le budget. Elle a aussi un plus grand rôle dans le recrutement.

« C’était quelque chose sur quoi je travaillais. Étudier la game dans les détails pour être capable de mieux évaluer les joueurs. J’ai raffiné mes compétences. J’ai été capable de continuer ça avec Jim qui est un très bon évaluateur », dit-elle. Chez les Argonauts, elle travaille aussi avec Marc Trestman, qui est entraîneur.

Le grand saut

En 2019, Trestman obtient un poste d’entraîneur-chef et directeur général pour une équipe en construction de la XFL à Tampa Bay. Il offre à Raîche le poste de directrice des opérations football. « Il voulait que je monte l’équipe », dit-elle. Mais six mois plus tard, les Eagles l’appellent pour lui offrir un poste aux opérations et au recrutement.

Comment les Eagles avaient-ils entendu parler d’elle ? « Dans la NFL, il n’y a pas d’affichage de poste. Ça marche par contacts », résume Catherine Raîche. C’est Dawn Aponte, qui travaille à la NFL, qui a recommandé Catherine Raîche aux Eagles. Cette comptable de formation, qui a occupé plusieurs postes d’envergure notamment chez les Dolphins de Miami, a beaucoup aidé Catherine Raîche dans son développement.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Raîche et Anthony Calvillo

En recevant l’appel des Eagles, la jeune femme comprend que si elle accepte l’offre, elle devra prendre un certain recul dans l’avancement de sa carrière. « C’était un poste moins important que celui que j’occupais dans la XFL. […] Au début, j’y ai quand même pensé. Mais assez vite, je me suis dit que ça valait la peine. »

À son arrivée chez les Eagles, Catherine Raîche a été frappée par l’ampleur des ressources financières des équipes de la NFL. Pour son premier voyage à l’extérieur, six autocars sont mis à la disposition des joueurs et de leur entourage. « Avec les Alouettes, on voyageait dans deux autobus […] Avec la LCF, on est habitué à faire des miracles avec pas grand-chose. […] Les ressources ne sont pas comparables », lance Catherine Raîche.

Son travail est sa passion. Et il le faut. En saison, elle bosse sept jours sur sept, de 12 à 14 heures par jour. Qu’aime-t-elle le plus de son travail ? La gestion du plafond salarial. Les estimations pour savoir combien coûteraient certains joueurs. Et le recrutement.

Femme dans un monde d’hommes

Évoluant dans un milieu d’hommes, Catherine Raîche affirme n’avoir jamais eu de difficultés avec les joueurs. « Ils veulent juste quelqu’un qui va les aider à s’améliorer et à gagner », dit-elle. S’il y a une réticence, elle vient plus de certains collègues masculins. « Surtout dans les tâches plus traditionnellement masculines comme le recrutement », dit-elle.

Consciente de cette réalité, Catherine Raîche reconnaît qu’elle a pris l’habitude d’arriver « vraiment bien préparée ».

COURTOISIE CATHERINE RAÎCHE

Durant la pandémie, Catherine Raîche a créé avec une collègue un groupe réunissant informellement les femmes qui travaillent directement aux opérations football dans la NFL.

Je fais vraiment mon travail en détail. Je ne sais pas si les hommes ressentent la même pression. Mais je me mets, oui, une pression, pour être plus préparée. Je veux que mes arguments soient soutenus.

Catherine Raîche

Dans la NFL, des portes s’ouvrent de plus en plus pour les femmes. Catherine Raîche le sent. Mais elle ne veut pas rester les bras croisés. Durant la pandémie, elle a créé avec une collègue un groupe réunissant informellement les femmes qui travaillent directement aux opérations football dans la ligue.

« On est 85 dans le groupe. Il y a 32 équipes dans la ligue. Ça fait moins de trois femmes par équipe. Ce n’est pas beaucoup. Mais c’est plus que je pensais », dit-elle.

Catherine Raîche organise ponctuellement des évènements virtuels avec ce groupe. « On amène un directeur général, un entraîneur… Des gens qui sont en position de pouvoir. Pour qu’ils se rencontrent et sachent que ces femmes existent. La proximité du pouvoir, c’est une chose très importante. Les hommes ont l’avantage. C’est un boys club. Ils se connaissent. Et nous, il faut qu’on entre dans ce club-là. »