Lamar Jackson est rapidement devenu l’un des joueurs les plus électrisants de la NFL lorsqu’il a ravi le poste de quart partant à Joe Flacco il y a deux ans. Il n’avait cependant toujours pas obtenu ce que les anglophones appellent une « signature win ». Voilà qui est fait.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Les Ravens ne pouvaient pas vraiment se permettre de perdre, lundi soir. Une défaite contre les Browns aurait sérieusement hypothéqué leurs chances de participer aux éliminatoires puisqu’ils avaient déjà subi cinq défaites. Leur spectaculaire victoire de 47-42 à Cleveland a effectivement été signée Lamar Jackson. Même s’il n’a réussi que 11 passes pour de modestes gains de 163 verges.

L’une de ces passes était toutefois de toute beauté, faite à Marquise Brown après que Jackson eut feinté de courir avec le ballon. C’était en situation de quatrième essai avec cinq verges à faire alors qu’il restait moins de deux minutes au quatrième quart et que les Ravens perdaient 35-34. Deux joueurs des Browns ont couru vers Jackson, ce qui a eu pour effet de laisser Brown fin seul. L’ailier espacé a inscrit un majeur de 44 verges.

Ce qu’il faut savoir, c’est que Jackson venait tout juste de revenir dans le match après l’avoir quitté au troisième quart en raison de crampes. Lorsque le réserviste Trace McSorley s’est blessé avant le quatrième essai en question, Jackson a quitté le vestiaire des Ravens pour revenir jouer. Ça ne s’invente pas.

Baker Mayfield et les Browns ont répliqué avec un touché à leur tour après celui de Brown, mais Justin Tucker, qui est peut-être le botteur le plus fiable de l’histoire, a réussi un placement de 55 verges pour donner la victoire aux Ravens, qui ont ajouté un touché de sûreté sur le dernier jeu du match.

En plus de sa belle passe de touché, Jackson a fait ce qu’il fait à presque tous les matchs : il a eu l’air d’une F1 au milieu de VUS. Le joueur de 23 ans a porté le ballon neuf fois pour un total de 124 verges, une incroyable moyenne de 13,8 verges par course. Et les deux touchés qu’il a lui-même marqués ont été d’une facilité qui a eu de quoi décourager la défense des Browns.

PHOTO SCOTT GALVIN, USA TODAY SPORTS

Lamar Jackson est rapidement devenu l’un des joueurs les plus électrisants de la NFL lorsqu’il a ravi le poste de quart partant des Ravens de Baltimore à Joe Flacco il y a deux ans. Lundi soir, contre les Browns de Cleveland, il a inscrit deux touchés en portant lui-même le ballon dans la zone des buts.

Jackson a été nommé joueur offensif de la semaine dans l’Américaine et a démontré dans ce qui a peut-être été le match de l’année dans la NFL qu’il était capable de remporter des victoires à lui seul ou presque, comme le font ses confrères Patrick Mahomes, Aaron Rodgers et Russell Wilson.

Grâce à l’attaque

On ne donnait plus cher de la peau des Ravens il y a quelques semaines. Il y a d’abord eu la raclée encaissée aux mains des Chiefs lors d’un match du lundi soir. L’équipe de John Harbaugh a ensuite perdu deux matchs qu’elle aurait facilement pu gagner contre les Steelers. Puis, les Ravens ont été frappés de plein fouet par une éclosion de COVID-19 après que l’un de leurs entraîneurs adjoints eut ignoré le protocole en se rendant au travail même s’il était malade.

Une saison qui devait normalement se terminer en finale d'association au plus tôt semblait perdue. Elle ne l’est pas du tout.

Les Ravens ne rattraperont pas les Steelers au sommet de leur division, mais s’ils battent les Jaguars, les Giants et les Bengals lors de leurs trois derniers matchs, ils obtiendront leur billet pour les éliminatoires comme meilleurs deuxièmes. Et on soupçonne qu’il n’y a pas beaucoup d’équipes qui espèrent les croiser sur leur route…

Mais, contrairement à ce à quoi ils nous avaient habitués au cours des deux dernières décennies, ce n’est pas tant en raison de leur défense que les Ravens font peur. C’est plutôt à cause de leur redoutable jeu au sol, qui a accumulé 231 verges et marqué cinq touchés contre les Browns.

Il n’y a pas une, pas deux, pas trois, mais bien quatre menaces au sol chez les Ravens. Jackson mène l’équipe avec 793 verges, tandis que Gus Edwards et la recrue J. K. Dobbins en totalisent 1040. N’oublions pas le vétéran Mark Ingram, qui joue un rôle plus effacé cette saison, mais qui demeure l’un des demis les plus robustes de la ligue. Ces quatre joueurs ont inscrit 19 touchés au sol en 13 matchs.

Lorsque les adversaires des Ravens choisissent de positionner plus d’effectifs près de la ligne de mêlée pour tenter de contenir le jeu au sol, Jackson peut faire des passes à Mark Andrews et à Willie Snead IV dans les zones intermédiaires ou à Brown dans les zones profondes. Tucker est là pour finir le travail si les Ravens sont incapables de pénétrer la zone des buts. Les Corbeaux n’ont jamais eu autant de facilité à marquer des points.

Assez de talent en défense

La défense des Ravens, elle, n’est plus l’unité qui faisait frémir ses adversaires et qui pouvait éteindre n’importe quelle attaque. Mayfield et les Browns avaient l’air de Mahomes et des Chiefs, lundi soir…

Le coordonnateur Don Martindale a toutefois suffisamment de talent sous la main pour avoir une défense supérieure à la moyenne, capable de faire basculer le résultat d’un match avec un gros jeu ou deux.

La première ligne est composée de vétérans aguerris en Calais Campbell, Brandon Williams et Derek Wolfe, et les chasseurs de quarts Matthew Judon et Yannick Ngakoue ne sont pas vilains. Marlon Humphrey est l’un des deux ou trois meilleurs demis de coin de la ligue et peut-être le plus polyvalent, et très peu d’équipes ont la chance d’avoir des deuxièmes et troisièmes demis de coin du calibre de Marcus Peters et de Jimmy Smith.

La clé en défense pourrait fort bien être le jeu des secondeurs intérieurs Patrick Queen, une recrue, et L. J. Fort, qui a changé d’équipe plusieurs fois avant de trouver sa place à Baltimore. Si ces deux joueurs font le boulot contre la course en jouant avec la robustesse nécessaire, la défense des Ravens pourrait redevenir dominante, juste à temps pour les éliminatoires.

Le bon « timing »

Dans la NFL encore plus que dans les autres ligues professionnelles, le « timing » est extrêmement important. Par exemple, ce n’est pas tant quelles équipes on affronte, mais plutôt « quand » on les affronte.

Il est également essentiel de jouer son meilleur football de la saison lorsque ça compte le plus, et c’est exactement ce que les Ravens semblent sur le point de faire.

Les Ravens ont rencontré de l’adversité avec tous leurs cas de COVID-19, qui ont forcé des changements d’horaire et plusieurs absences. Les défaites contre les Chiefs et les Steelers leur ont quant à elles laissé un goût amer en bouche.

PHOTO RON SCHWANE, ASSOCIATED PRESS

Lundi soir, le botteur Justin Tucker (à gauche) a donné la victoire aux Ravens de Baltimore dans un match complètement fou contre les Browns de Cleveland, en réussissant un placement de 55 verges.

Cette équipe est déjà en mode « séries ». Elle n’a pratiquement plus le droit de perdre, et on l’a senti lundi soir. On a vu Harbaugh serrer des joueurs dans ses bras sur les lignes de côté. On a vu Jackson féliciter Tucker avec émotion après son placement en fin de match. On a vu des joueurs motivés à fond, qui voulaient gagner coûte que coûte. On a vu une équipe unie et très dangereuse.

Non, personne ne souhaite voir les Ravens débarquer dans son stade en janvier.

Les prédictions de Miguel Bujold

Buffalo c. Denver : Buffalo

Caroline c. Green Bay : Green Bay

Tampa Bay c. Atlanta : Tampa Bay

San Francisco c. Dallas : Dallas

Detroit c. Tennessee : Tennessee

Houston c. Indianapolis : Indianapolis

Nouvelle-Angleterre c. Miami : Miami

Chicago c. Minnesota : Minnesota

Seattle c. Washington : Seattle

Jacksonville c. Baltimore : Baltimore

Jets de New York c. Rams de Los Angeles : Rams de Los Angeles

Philadelphie c. Arizona : Arizona

Kansas City c. La Nouvelle-Orléans : Kansas City

Cleveland c. Giants de New York : Cleveland

Pittsburgh c. Cincinnati : Pittsburgh

La semaine dernière : 11-4

Total de la saison : 132-62-1

TROIS MATCHS À NE PAS RATER

SEATTLE c. WASHINGTON, DIMANCHE, 13 h

L’équipe de Washington est l’une des bonnes formations du circuit depuis un mois. Elle a gagné ses quatre derniers matchs et le total de points dans ceux-ci démontre que ce n’était pas par chance (107-57). Alex Smith a donné une structure à l’attaque depuis qu’il est redevenu le quart partant, tandis que Chase Young ressemble de plus en plus au joueur dominant qu’il était avec les Buckeyes d’Ohio State. Young est clairement le favori pour le titre de meilleure recrue en défense. Mais c’est le front défensif en entier qui excelle. Avec Young, Montez Sweat, Jonathan Allen et Daron Payne, qui ont tous été des choix de premier tour entre 2017 et 2020, il devrait en être ainsi pour plusieurs années. La ligne offensive des Seahawks, qui a déjà accordé 40 sacs, en aura plein les bras dimanche.

KANSAS CITY c. LA NOUVELLE-ORLÉANS, DIMANCHE, 16 h 25

L’affrontement le plus prometteur de la 15e semaine d’activité et possiblement un avant-goût du prochain Super Bowl. L’étonnante défaite des Saints à Philadelphie les a relégués au deuxième rang de la Nationale derrière les Packers. Si ces deux équipes devaient accéder à la finale de l’Association nationale, il va sans dire que le lieu de celle-ci serait un facteur considérable. De jouer au Lambeau Field en janvier n’est pas tout à fait la même chose que de le faire au Superdome. Chez les Chiefs, la recrue Clyde Edwards-Helaire a ralenti depuis le début de novembre. À ses six derniers matchs, le demi a totalisé 219 verges en 60 courses pour une moyenne de 3,6. Au cours de cette période, Le’Veon Bell a récolté 123 verges en 35 courses (3,5). Avec la menace que représente le jeu aérien des Chiefs, le jeu au sol devrait être beaucoup plus productif.

CLEVELAND c. GIANTS DE NEW YORK, DIMANCHE, 20 h 20

Ça fait longtemps que les Browns n’avaient pas subi une défaite crève-cœur comme celle de lundi face aux Ravens. La bonne nouvelle, c’est qu’ils jouent enfin des matchs importants. La mauvaise, c’est que leur défense a été lamentable. Elle devra se ressaisir si les Browns veulent gagner en janvier. Baker Mayfield et l’attaque ont marqué six touchés, dont trois au quatrième quart, mais la défense n’est jamais parvenue à arrêter Lamar Jackson. Victorieux lors de leurs quatre parties précédentes, les Giants ont de leur côté été ramenés sur terre par les Cardinals. Avec une victoire de retard sur Washington, les Giants devront probablement surprendre les Browns ou les Ravens, la semaine prochaine, afin de terminer au premier rang de l’Est de la Nationale.