Les Chanticleers de Coastal Carolina, ça vous dit quelque chose ? Même certaines personnes qui suivent le football de la NCAA ne connaissent pas cette université. Mais c’est en voie de changer.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Située en Caroline du Sud, l’Université Coastal Carolina est actuellement la plus grosse surprise de la NCAA, avec une fiche parfaite de 6-0. Faisant partie de la conférence Sun Belt, qui est loin d’être considérée comme l’une des meilleures, les Chanticleers sont actuellement classés au 15e rang de la NCAA, un sommet dans l’histoire du club.

Le Québécois Enock Makonzo fait partie des Chanticleers. Capable d’occuper un poste de secondeur ou de demi de sûreté, le joueur de 5 pi 11 po et 195 lb a répondu aux questions de journalistes québécois et canadiens lors d’une visioconférence, mercredi.

« C’est vraiment une belle sensation. C’est spécial, car c’est une première [pour l’université]. On sait qu’on est en train de tracer la voie pour les équipes qui nous succéderont. C’est un bel exploit, mais on est encore en mission, il nous reste encore beaucoup à accomplir », a rappelé Makonzo.

Le joueur de Lachine contribue significativement à la saison de rêve des Chanticleers. En six matchs, il totalise 36 plaqués, dont deux sacs, et a provoqué et récupéré un échappé.

J’ai bien joué, mais je peux faire mieux. Je pense qu’on n’a pas encore vu ce dont je suis capable.

Enock Makonzo

Il s’agit de la deuxième saison de Makonzo à l’Université Coastal Carolina, mais il n’a presque pas joué en 2019. L’ancien des Spartiates du cégep du Vieux Montréal s’est déchiré le ligament croisé antérieur du genou gauche lors du deuxième match de l’équipe, l’an dernier.

« C’est sûr que ça affecte le moral, mais je me suis relevé rapidement. C’est ce que je devais faire si je voulais revenir en force l’année suivante. Je ne voulais pas être un joueur moyen.

« Je savais que je pouvais avoir un impact sur notre équipe grâce à tout le travail que j’avais fait après avoir subi ma blessure. »

Institut militaire

Makonzo a dû emprunter un détour avant d’obtenir une place dans la NCAA. N’ayant pas reçu d’offre au terme de son séjour avec les Spartiates, il s’est tourné du côté de ce qu’on appelle les Junior Colleges (JuCo), puisqu’il préférait jouer aux États-Unis et au football à quatre essais.

« J’ai été approché par plusieurs universités [québécoises], mais mon objectif était de trouver une façon de jouer au football américain. J’ai toujours rêvé de jouer aux États-Unis. »

Lorsqu’il a reçu une offre, Makonzo l’a vite acceptée… même si celle-ci provenait d’une école militaire, le New Mexico Military Institute.

« Tant qu’on n’a pas vécu cette expérience, on ne peut pas comprendre ce que c’est. C’était unique. J’ai vécu plusieurs choses à l’école militaire que la plupart des jeunes ne vivent pas, des choses que je n’aurais jamais pensé vivre. Alors c’était très différent de ce que je connaissais sur ce plan. Mais j’avais un objectif en tête et je savais que c’est ce que je devais faire pour l’atteindre. »

Makonzo et ses coéquipiers devaient entre autres respecter un couvre-feu et se lever à 5 h 30 du lundi au samedi. « Il fallait être très discipliné pour être dans cette école. C’était à sens unique : on suivait les règlements ou on se faisait mettre à la porte. »

Après deux bonnes saisons au Nouveau-Mexique, Makonzo a finalement reçu des offres d’équipes de première division dans la NCAA, dont celles de l’Université du Massachusetts et de l’Université South Alabama. « Mais c’est Coastal Carolina qui tenait le plus à moi. »

Et l’étudiant en administration ne regrette pas du tout sa décision d’avoir choisi les Chanticleers. En plus d’avoir remporté leurs six premiers matchs de la saison, ils les ont tous gagnés par au moins 14 points, sauf un.

PHOTO PAUL KIEU, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Enock Makonzo (43) totalise 36 plaqués cette saison.

« On joue en équipe et on est très unis. On a tous le même objectif et on travaille fort pour l’atteindre. On veut être respectés par tout le monde et on veut que les autres équipes sachent que ce sera difficile de jouer contre Coastal Carolina. »

Makonzo n’a toujours pas décidé s’il resterait dans la NCAA pour une autre saison en 2021 ou s’il tenterait plutôt sa chance dans les rangs professionnels. « Tout dépendra de la présente saison. Je me concentre pleinement sur celle-ci pour le moment. »

La préférence de Makonzo est de faire carrière dans la NFL un jour, mais il ne ferme pas la porte à la LCF si les choses ne fonctionnent pas comme il l’espère, lui qui estime que sa plus grande force est sa capacité à élever son niveau de jeu dans les moments-clés.

« Je suis un joueur physique et rapide, et je réussis des jeux aux bons moments. Je trouve généralement une façon de réussir des jeux importants. »

Élection et tension

Contrairement à ses coéquipiers, Makonzo n’a pas le droit de voter aux États-Unis. Le Québécois avoue que les opinions au sein de son équipe divergent beaucoup.

« Ce n’est pas tout le monde dans l’équipe qui partage la même opinion. C’est une question de perception, aussi, mais je ne veux pas juger personne, car les gens votent pour leurs propres raisons. Certains joueurs n’ont pas dit pour qui ils allaient voter, alors que d’autres l’ont dit ouvertement.

« Il y a des gens des deux parties, mais il y a un respect qui s’impose. Les gens ne se feront pas critiquer pour leur opinion. Il y a beaucoup de tension avec tout ce qui se passe, mais on essaie de la réduire en ne critiquant pas les autres. »