Les Alouettes et les autres clubs de la LCF ne joueront pas au football cette année

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

On peut critiquer la Ligue canadienne de football (LCF) pour plusieurs raisons, mais certainement pas pour un manque de persévérance. Si la ligue a pris la décision de mettre un trait sur sa saison de 2020, c’est parce qu’elle n’avait plus vraiment d’autre option valable sur la table.

« Je pense qu’on peut dire à ce point qu’on a tout essayé afin de pouvoir jouer cette année », a affirmé le commissaire Randy Ambrosie lors d’une vidéoconférence avec les journalistes, lundi après-midi.

Lorsque le gouvernement fédéral a annoncé à la LCF qu’il ne lui consentirait pas un prêt de 30 millions sans intérêt il y a quelques jours, le dossier venait de se régler. Il y a quelques mois, Ambrosie a dit que la ligue avait perdu 20 millions en 2019. Le commissaire a estimé que les pertes seraient plus importantes cette année.

« Même avec l’appui financier du gouvernement et avec une nouvelle entente avec les joueurs, nos propriétaires et les dirigeants des équipes communautaires [Edmonton, Saskatchewan et Winnipeg] auraient eu à composer avec des pertes substantielles en 2020 », a indiqué Ambrosie.

« Sans l’aide gouvernementale, je suis convaincu que la décision était la bonne », a également estimé le président des Alouettes, Mario Cecchini.

Les discussions entre le gouvernement fédéral et la LCF auraient sûrement mieux démarré si Ambrosie n’était pas arrivé en demandant une aide de 150 millions en mai… sans en avoir discuté avec les joueurs au préalable et sans plan concret à présenter, de surcroît. La LCF n’avait pas déjà une prise contre elle, elle en avait deux et demie.

Ambrosie a d’ailleurs reconnu ses erreurs, lundi. Vertement critiqué par les joueurs, le public et les médias dans les derniers mois, le commissaire a accepté la responsabilité pour l’échec de 2020.

« Je n’ai jamais vu un bon leader qui ne prenait pas ses responsabilités. Je ferais certaines choses différemment. Je me sens responsable du fait que nous ne jouerons pas cette année. Mais je vais apprendre de ces erreurs. »

Quelques heures plus tard, Cecchini s’est porté à la défense d’Ambrosie.

« Il y a des choses à apprendre [de cette situation]. Mais l’acharnement et le dévouement de Randy et de son équipe n’ont jamais manqué », a-t-il noté.

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Mario Cecchini, président des Alouettes

La ligue a cru qu’elle obtiendrait une aide financière gouvernementale à quelques reprises au cours des derniers mois. C’est ce qui explique que plusieurs des délais qu’elle avait fixés pour prendre une décision définitive quant à une potentielle saison écourtée ont été reportés. « Mais à notre grande déception, cette aide ne s’est jamais matérialisée », a dit Ambrosie.

Malgré quelques lueurs d’espoir dans les derniers mois, il était devenu de plus en plus évident qu’il n’y aurait pas de football professionnel à trois essais en 2020. Il y avait tout simplement trop d’obstacles, à commencer par les considérations financières. La ligue aura maintenant le temps nécessaire pour s’assurer d’être prête pour 2021.

Ville bulle, gradins partiellement remplis ou couvre-visage obligatoire, toutes les options devront être étudiées. Car une deuxième saison de suite annulée serait catastrophique pour la LCF.

Plusieurs scénarios à l’étude

Ambrosie a soutenu que la LCF aurait maintenant le temps nécessaire pour analyser son modèle d’affaires. La ligue présentera également de nouvelles initiatives au cours des prochains jours. Le contraire aurait été étonnant, mais Ambrosie s’est montré très optimiste quant à la saison prochaine. Un peu trop, diront certains.

« Nous aurons la plus grosse ligue globale au monde avec des joueurs internationaux », a même lancé l’ancien joueur de ligne offensive. Même si son plan de LCF 2.0 à saveur internationale fait de moins en moins l’unanimité — surtout en pleine pandémie —, Ambrosie persiste et signe.

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Randy Ambrosie, commissaire de la LCF

« Je pense que la saison 2021 sera le plus grand retour de l’histoire de la LCF », a également prédit Ambrosie, qui s’est dit très optimiste quant aux négociations avec l’Association des joueurs, qui pourraient mener à une nouvelle convention collective.

Même s’il est évidemment beaucoup trop tôt pour savoir quelle tournure la pandémie de COVID-19 prendra d’ici là, Ambrosie a également précisé que la ligue analyserait plusieurs scénarios afin de s’assurer de pouvoir jouer en 2021.

« Il n’y aura pas de recette miracle. Mais j’ai la chance de pouvoir travailler avec de très bons gouverneurs et nous aurons du temps comme nous n’en avons jamais eu pour réévaluer la façon dont nous menons nos affaires. »

Alouettes : ici pour de bon

Les grands perdants de l’annulation de la saison de 2020 sont les joueurs, dont la très grande majorité n’ont reçu aucun chèque de paie depuis l’automne dernier. Bien que rien ne soit encore officiel, les contrats de 2020 ne seront probablement pas reportés à la saison suivante.

Plusieurs joueurs ont d’ailleurs fait connaître leur mécontentement, lundi, dont Vernon Adams fils, qui s’est indigné du fait qu’Ambrosie et les entraîneurs de la ligue avaient continué d’être payés, contrairement aux joueurs.

En visioconférence, Cecchini, le DG Danny Maciocia et l’entraîneur-chef Khari Jones ont dit qu’ils comprenaient la réaction d’Adams. « C’est correct qu’il s’exprime. Il est un joueur émotif, comme on le sait », a commenté Cecchini.

Jones a communiqué avec son quart-arrière, ainsi qu’avec quelques autres joueurs. « C’est évidemment une journée très difficile pour tout le monde. Je vais communiquer avec tous nos joueurs au cours des prochains jours et semaines. »

L’annonce de lundi est un autre coup dur pour les Alouettes, qui semblaient enfin sur la voie du succès. Grâce à l’arrivée de nouveaux propriétaires, Gary Stern et Sid Spiegel, à la présence d’un entraîneur (Jones) et d’un quart-arrière (Adams fils) très prometteurs et, surtout, à l’embauche d’un président et d’un DG québécois (Cecchini et Maciocia) qui ont de toute évidence un plan en tête afin de relancer l’équipe, tous les espoirs étaient permis cette année. Il faudra attendre.

Cecchini avait toutefois un message important pour le public montréalais et québécois, lundi. « Je veux être clair, les Alouettes sont ici pour rester. Et on entrevoit un avenir très brillant. Ils [Stern et Spiegel] sont investis. C’est difficile à court terme, mais ils sont très optimistes pour l’avenir de l’équipe à long terme. »