Avant même qu’il ne quitte les Alouettes afin d’être au chevet de sa femme Alexia alors qu’il restait trois matchs à disputer à la saison de 2007, Anthony Calvillo avait l’air d’un quart-arrière en fin de carrière. Au bout du rouleau ou presque, pour être bien franc.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Calvillo avait déjà été victime de plus de 60 sacs et l’attaque en avait arraché durant une bonne partie de la saison. Le système du coordonnateur offensif Marcel Bellefeuille ne se mariait pas bien du tout au style de jeu de Calvillo, et on avait rapidement pu le constater. Dès le match d’ouverture, en fait.

Ce soir-là, sous une pluie battante, Calvillo avait lancé trois interceptions dans une défaite de 16-7 aux mains des Roughriders de la Saskatchewan. L’auteur de ces lignes se souvient très bien de ce match, puisqu’il s’agissait du tout premier qu’il couvrait depuis qu’il avait été affecté à la couverture des Alouettes sur une base quotidienne.

« Au cours de la saison morte, Scott Milanovich [l’entraîneur des quarts] et Marcel m’avaient demandé de changer ma technique. Après ce premier match, Jim [Popp] et les autres entraîneurs du club m’avaient suggéré de retourner à mon ancienne technique ! », a raconté Calvillo.

C’était le matin d’un entraînement au Stade olympique en octobre que nous avions appris que Calvillo ne jouerait plus cette saison-là. Alexia souffrait d’un cancer et s’apprêtait à mener un très dur combat. La plupart des joueurs avaient appris la nouvelle quelques minutes avant les journalistes de la bouche de Popp, qui était l’entraîneur du club en 2007. Une ambiance d’enterrement.

Notre vie a été complètement bouleversée à partir de ce point. Je ne pensais plus au football du tout. Mon seul objectif était d’aider Alexia à recouvrer la santé. Elle allait devoir subir de la chimiothérapie et de la radiothérapie.

Anthony Calvillo

Calvillo ne savait pas si sa carrière était déjà finie à ce moment.

« J’étais incertain de poursuivre ma carrière durant une très grande partie de cette saison morte. En janvier ou février [2008], les traitements fonctionnaient bien. J’ai donc commencé à communiquer davantage avec Jim et Larry [Smith] et je leur ai dit que je reviendrais au jeu. Mais les choses ont changé dans les semaines qui ont suivi. »

Les médecins songeaient à pratiquer une intervention majeure, qui aurait cloué Alexia à l’hôpital pour une très grande partie de la saison suivante. En plus de devoir composer avec la maladie de son épouse et du stress que provoquait son état de santé, Calvillo devait s’occuper de ses deux jeunes filles, Athena et Olivia, à la maison.

« Je me souviens clairement être allé rencontrer Larry et Jim dans les bureaux de l’équipe au centre-ville pour les informer que je n’étais plus sûr de pouvoir jouer en 2008. Ma priorité était évidemment la santé de ma femme, mais je me demandais également de quelle façon j’allais pouvoir m’occuper de ma famille si je ne pouvais plus jouer au football.

« Et l’équipe devait également planifier sa saison, qui approchait à grands pas. On venait d’embaucher Marc Trestman à cette époque et il y avait plusieurs choses qui devaient être réglées. J’ai vraiment vécu une saison morte en montagnes russes. »

L’apogée d’une carrière

Heureusement, les médecins n’ont pas eu à opérer Alexia, qui a surmonté son cancer. Après que les médecins l’eurent assuré que la situation était sur la bonne voie, Calvillo a décidé de revenir avec les Alouettes, puis a réécrit le livre des records de la Ligue canadienne au cours des cinq années suivantes.

De 2008 à 2012, Calvillo a participé à trois autres matchs de la Coupe Grey pour un total de huit au cours de sa carrière. Il a gagné ses deuxième et troisième championnats, de même que le titre du joueur par excellence de la ligue à deux occasions. Il est également devenu le meneur de tous les temps du circuit par le nombre de passes complétées, les verges par la passe et les passes de touché.

Plus d’un facteur a aidé Calvillo à atteindre ces sommets, dont l’arrivée de Trestman à Montréal et l’équipe de talent que Popp avait assemblée autour de lui. Mais c’est d’abord et avant tout la motivation de Calvillo de prouver qu’il pouvait être un grand quart-arrière qui lui a permis d’exceller à ce point dans la dernière ligne droite de sa carrière. Il a notamment complètement transformé son régime alimentaire.

Je savais que c’est ce que je devais faire afin d’élever mon niveau de jeu d’un autre cran. Je suis très redevable à ma femme quant à l’alimentation, car c’est elle qui a commencé à mieux s’alimenter pour combattre la maladie, et c’est également elle qui prenait le temps nécessaire pour aller chercher tous les différents aliments aux quatre coins de la ville.

Anthony Calvillo

Même s’il n’hésite jamais à lancer des fleurs à Trestman, Calvillo ne manque jamais de parler de Don Matthews et des autres gens chez les Alouettes qui l’ont aidé à connaître la grande carrière qu’il a connue.

« On se souvient plus des années avec Marc parce qu’elles étaient les dernières de ma carrière, mais on avait également eu de très bonnes saisons avec Don. C’est lui qui a changé le cours de ma carrière. Lorsqu’il est arrivé à Montréal en 2002, j’étais encore un quart-arrière inconstant et je n’avais pas encore gagné un championnat.

« Quant à Marc, la grande différence, c’était le nombre de jeux. Avec Don et Marcel, nous avions entre 60 et 80 jeux en banque pour un match. Dans le système de Marc, c’était plutôt 140 jeux ! Il y avait donc beaucoup plus d’étude au cours de la semaine. Tous les joueurs devaient accorder une très grande importance à leur préparation, et pour finir, c’est ce qui nous permettait de gagner autant. »

Calvillo a également eu de bons mots pour Popp. L’ancien DG des Alouettes est celui qui avait convaincu Calvillo d’accepter une offre des Alouettes en 1998.

« C’est lui qui m’a donné une vraie chance et qui a cru en moi. Il a eu à composer avec plusieurs critiques au fil des ans parce qu’il continuait de croire en moi. “Pourquoi donne-t-il un autre contrat à ce quart-arrière ?”, se sont demandé bien des gens au fil des ans. Mais il voyait quelque chose en moi. Jim sait lire les gens. Je le respecte énormément et lui serai toujours reconnaissant d’être resté dans mon coin durant les périodes plus difficiles. »

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Jim Popp

Tout ce que je voulais, c’était de devenir un quart capable de remporter un championnat. Et dans mon for intérieur, je savais que j’étais capable de faire le boulot. Tout ce dont j’avais besoin, c’était de quelqu’un qui croyait en moi. J’ai eu plusieurs entraîneurs qui ont cru en moi, mais la personne qui est toujours restée derrière moi, c’est Jim Popp.

Anthony Calvillo

« Mais est-ce que j’aurais cru à la fin de la saison de 2007 que l’équipe et moi serions en mesure d’accomplir tout ce que nous avons accompli dans les années subséquentes ? Pour être bien honnête, la réponse est non. Absolument pas. »

Une fin imminente

Calvillo fait partie d’un petit groupe d’athlètes professionnels qui ont connu leurs meilleures saisons dans la dernière partie de leur carrière. De 2008 à 2012, il était vraiment au sommet de son art.

Puis Trestman est devenu l’entraîneur-chef des Bears de Chicago, Dan Hawkins est arrivé à Montréal et tout s’est écroulé. Victime d’une commotion cérébrale lors d’un match à Regina en 2013, Calvillo n’a plus jamais joué. Or, même avant cette blessure, le numéro 13 sentait que la fin était imminente.

« Je me posais toujours les trois mêmes questions après une saison avant de décider si j’allais continuer ou pas. Est-ce que j’avais encore du plaisir à jouer ? Est-ce que j’étais encore capable de jouer physiquement ? Et est-ce que j’étais encore capable de performer à un haut niveau ?

« Dès notre camp en 2013, mon corps me faisait souffrir. Mon dos me faisait souffrir, mes genoux me faisaient souffrir, j’avais même de la difficulté à me relever après notre période d’échauffement avant les matchs. Je ne jouais pas aussi bien que je le voulais, et je n’avais pas de plaisir à jouer, cette saison-là. Il aurait donc été très difficile pour moi de poursuivre ma carrière l’année suivante, et ce, même si je n’avais pas subi la commotion cérébrale. Avec le recul, il était clair que le moment était venu de prendre ma retraite. »

Calvillo n’avait plus rien à prouver à ce moment, tout avait été accompli.