Mike Pringle et les Stallions de Baltimore feront toujours partie de l’histoire de la LCF.

Dan Ralph
La Presse canadienne

Il y a 25 ans, l’ex-demi offensif étoile a permis aux Stallions de devenir la première — et seule — équipe américaine à remporter la Coupe Grey. Les Stallions n’ont laissé aucun doute en remportant leurs 13 derniers matchs en 1995, après avoir appris de manière peu subtile de la part de la direction du club que ce serait la dernière campagne de leur séjour de deux ans aux États-Unis.

Les attentes étaient très élevées envers les Stallions. La concession avait atteint le match de la Coupe Grey dès sa première année d’existence en 1994, s’inclinant de façon crève-cœur 26-23 devant les Lions de la Colombie-Britannique à la suite d’un placement victorieux de 38 verges de Luis Passaglia au stade B. C. Place.

« Notre mot d’ordre, c’était “Unfinished Business”, a déclaré Jim Popp, qui agissait à l’époque à titre de directeur du personnel sportif des Stallions. Tout le monde était assis sur la bonne chaise, nous étions satisfaits de ce que nous avions bâti, nous avions beaucoup de profondeur. »

« La saison a mal débuté (en 1995), puis nous avons connu une séquence invraisemblable avec des athlètes remarquables, carrément remarquables », a ajouté Popp, qui a remporté la Coupe Grey à titre de directeur général des Alouettes de Montréal (2002, 2009 et 2010) et des Argonauts de Toronto (2017).

Les Stallions ont fini la saison au sommet de la section Sud avec une fiche de 15-3, à égalité avec les Stampeders de Calgary au sommet de la ligue. Pringle (1791 verges de gains au sol) a été nommé le joueur par excellence et Mike Withycombe le joueur de ligne par excellence, tandis que feu Don Matthews — il est décédé en 2017 — était nommé l’entraîneur-chef par excellence de la LCF pour une deuxième saison d’affilée.

En 1994, Pringle, qui mesurait cinq pieds, neuf pouces et pesait 202 livres, avait établi un record de 1872 verges de gains au sol. C’était le début d’une longue domination de la ligne de mêlée dans la LCF au cours de laquelle il a franchi le cap des 1000 verges de gains à neuf reprises en 11 ans — dont une incroyable campagne de 2065 verges de gains avec les Alouettes (les Stallions ont déménagé à Montréal en vue de la saison 1996) en 1998.

Pringle a éventuellement annoncé sa retraite en 2004, après être devenu le meneur de tous les temps de la LCF au chapitre des verges de gains au sol (16 425).

L’homme aujourd’hui âgé de 52 ans — qui a été intronisé au Temple de la renommée du football canadien en 2008 — avait entamé son séjour avec les Stallions à titre de demi-offensif réserviste derrière Sheldon Canley. Cependant, il a percé la formation partante, notamment grâce à l’intervention du vétéran quart Tracy Ham.

« J’ai dit à Tracy :“Donne-moi une chance, et donne-moi le ballon. Si tu me donnes le ballon, je ne te décevrai pas”, a raconté Pringle. Tracy m’a mis au défi, en me disant :“O. K., j’en ai assez entendu, je vais te le donner et voir ce que tu peux faire” ».

« Il m’a donné le ballon à un moment où je ne croyais même pas le mériter, en fonction de mes tracés et de la distance de mes courses, et je crois qu’il explique une bonne partie de mes succès. Il croyait en moi, me mettait au défi, et je ne voulais pas le décevoir », a ajouté Pringle.

Après avoir vaincu les Blue Bombers de Winnipeg (36-21) et les défunts Texans de San Antonio (21-11) en éliminatoires de la LCF, les Stallions se sont retrouvés à la Coupe Grey de 1995 contre les Stampeders, au Taylor Field de Regina. Ce duel opposait non seulement Ham au légendaire quart Doug Flutie, mais aussi deux des meilleurs entraîneurs de la ligue — Matthews et le Montréalais Wally Buono.

Les Stallions l’ont éventuellement remporté 37-20 devant 52 064 spectateurs, et Ham a été nommé le joueur par excellence du match après avoir amassé 213 verges de gains par la voie aérienne et marqué un touché au sol.

Cette conquête de la coupe Grey fut spéciale pour Pringle, puisqu’il s’agissait de la première de ses trois pendant son séjour dans la LCF (il a triomphé avec les Alouettes en 2002, et avec les Eskimos d’Edmonton en 2003).

« Ta première, ça reste ta première, a évoqué Pringle. Je ne crois pas que nous pensions à l’aspect historique de la chose. »

« C’était la Coupe Grey, et le plus grand match pour la LCF au Canada et nous étions conscients de son importance. Quand ça s’est terminé, nous étions fiers d’avoir accompli un tel exploit et avons célébré en conséquence. »

L’euphorie a toutefois été de courte durée. Lorsque le propriétaire des Browns de Cleveland, dans la NFL, a annoncé qu’il déménageait l’équipe à Baltimore (pour devenir les Ravens), les Stallions sont pratiquement retombés dans l’anonymat.

Pringle et ses coéquipiers des Stallions ont ensuite déménagé au Québec, où ce fut le début d’une longue épopée marquée par le succès.

Ces jours-ci, Pringle dirige une entreprise de nutrition sportive, Max Muscle, située à Atlanta. Bien qu’il ait tourné la page sur sa carrière au football, il reconnaît qu’il s’ennuie parfois de la camaraderie entre coéquipiers.

« Je m’ennuie des gars, a-t-il évoqué. Il n’y a rien comme un vestiaire, rien comme faire partie d’un groupe de gars qui se battent pour la même chose, le même objectif. »

Vingt-cinq ans après la conquête de la Coupe Grey des Stallions, la LCF se retrouve dans une autre position unique. La pandémie de COVID-19 a repoussé le début de la saison — et s’il y a une saison, elle ne commencera pas avant septembre et pourrait se dérouler à huis clos, ce qui pourrait entraîner des festivités anormalement mornes lors de la semaine de la Coupe Grey.

Note aux lecteurs : Version corrigée. Une version précédente rapportait dans le 5e paragraphe que Jim Popp avait remporté la Coupe Grey avec les Alouettes en 2003. Jim Popp l’a gagnée en 2002.