On apprenait, jeudi, que Pete Carroll avait reçu l’appel d’un autre entraîneur-chef qui voulait lui parler de Colin Kaepernick. C’est ce qu’a dit le pilote des Seahawks de Seattle dans une conférence téléphonique avec des journalistes.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Carroll n’a pas voulu la nommer, mais a ainsi fait savoir qu’il y avait au moins une équipe qui s’intéressait à Kaepernick. Depuis que le contrat du quart-arrière a pris fin avec les 49ers de San Francisco au terme de la saison de 2016, les Seahawks seraient la seule équipe à avoir sérieusement envisagé la possibilité de l’embaucher.

C’était en 2017. Carroll a d’ailleurs dit qu’il regrettait de ne pas l’avoir fait, jeudi. Kaepernick serait ainsi devenu le réserviste de Russell Wilson.

Les développements des dernières semaines aux États-Unis mèneront-ils au retour de Kaepernick sur un terrain de la NFL ? Grand meneur et initiateur du mouvement contre l’injustice sociale et la brutalité policière au sein des joueurs, Kaepernick a payé un énorme prix pour sa bravoure : trois saisons perdues au milieu d’une carrière qu’il n’est pas assuré de reprendre.

Kaepernick avait provoqué l’indignation d’une partie de l’Amérique en s’agenouillant durant l’interprétation de l’hymne national. Un geste qui était à tort perçu comme un affront à l’armée et au drapeau américains.

PHOTO THEARON W. HENDERSON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Au début de la saison 2016, Colin Kaepernick (au premier plan) avait provoqué l’indignation d’une grande partie de l’Amérique en s’agenouillant durant l’interprétation de l’hymne national, un geste qui était à tort perçu comme un affront à l’armée et au drapeau américains.

Pour beaucoup de ceux qui s’offusquaient des actions de Kaepernick et des autres joueurs qui manifestaient de cette façon, ce n’est que depuis la révoltante mort de George Floyd sous le genou du policier Derek Chauvin, le 25 mai à Minneapolis, qu’elles ont pris tout leur sens.

Même le commissaire Roger Goodell a admis que la NFL avait erré en ne faisant preuve d’à peu près aucune ouverture face aux protestations de ses joueurs… sans pour autant nommer Kaepernick.

Il ne fait aucun doute que la NFL a blackboulé Kaepernick. Elle l’a envoyé au chômage durant trois ans pour avoir eu le culot de revendiquer l’égalité sociale. À la lumière des événements des dernières semaines, on comprend encore davantage l’ampleur de cette décision indéfendable.

Le successeur de Brady ?

Heureusement, les chances de recevoir une offre de contrat n’ont jamais été aussi bonnes pour Kaepernick. Et la plus logique des destinations est claire : FOXBOROUGH.

Qu’on le veuille ou non, l’arrivée de Kaepernick ne ferait pas le bonheur de tous les partisans de sa nouvelle équipe. Mais qui remettrait en doute une décision de Bill Belichick ?

Les Patriots et Belichick ont souvent surpris grâce à leurs acquisitions. Celles de Randy Moss, Josh Gordon et Corey Dillon en sont trois exemples.

Du coup, l’arrivée de Kaepernick en Nouvelle-Angleterre repositionnerait les Patriots au sommet des équipes les plus intrigantes en vue de la prochaine saison, si saison il y a. Une équipe ayant perdu les services de Tom Brady qui susciterait encore plus d’intérêt qu’auparavant ? Ce serait probablement le cas, ce qui est assez difficile à croire.

Belichick affectionne particulièrement les aubaines lorsqu’il construit son équipe. Après une inactivité forcée de trois ans, on présume que Kaepernick ne coûterait pas 20 millions par année.

À 32 ans, Kaepernick est encore relativement jeune pour un quart-arrière. Il a toujours été dans une forme physique impeccable et n’a jamais cessé de s’entraîner.

PHOTO ELIJAH NOUVELAGE, ARCHIVES REUTERS

L’automne dernier, Colin Kaepernick a organisé une séance d’entraînement à laquelle étaient conviés les recruteurs des équipes de la NFL dans l’espoir d’obtenir un nouveau contrat.

Son style de jeu ne s’apparente en rien à celui de Brady, mais personne n’a jamais remis en doute le sérieux avec lequel Kaepernick se préparait pour disputer des matchs. Il est peu probable que Belichick et le coordonnateur offensif Josh McDaniels rencontreraient des difficultés avec Kaepernick dans la classe. Et on sait tous combien cette partie de l’équation est essentielle lorsqu’on parle des Patriots.

Pour ce que ça vaut, des rumeurs comme quoi les Pats espéraient obtenir un quart-arrière mobile ont également circulé au cours de l’hiver. Question de bonifier leur livre de jeux. Lorsqu’il était à son mieux, Kaepernick était LE quart-arrière le plus dangereux de la NFL avec ses jambes.

À l’heure actuelle, les deux principaux quarts-arrières des Patriots sont Jarrett Stidham et Brian Hoyer. Le premier est un ancien choix de quatrième ronde qui a tenté quatre passes dans la NFL et le second est un réserviste adéquat, sans plus. Un peu inquiétant.

Or, même si ce n’était que pour être le second de Stidham, qui serait dans les bonnes grâces de l’organisation, l’arrivée de Kaepernick pourrait grandement profiter aux Patriots. Créatifs comme ils le sont, ils sauraient faire bon usage de ses talents, ne serait-ce que pour quelques jeux ou séries par match.

Lors d’une récente visioconférence d’équipe, Belichick a invité Rahsaan Hall, qui est le directeur du programme de la justice raciale de l’ACLU (American Civil Liberties Union) du Massachusetts, à venir s’entretenir avec les Patriots. Cette rencontre, qui a été rapportée par Albert Breer de Sports Illustrated, a duré une heure.

On le sait tous, Belichick prend son football très au sérieux, c’est le moins qu’on puisse dire. Le futur membre du Temple de la renommée n’est cependant pas complètement dépourvu de sensibilité. Ce qui se passe à l’extérieur des lignes blanches a peut-être plus d’importance qu’on le pense pour le plus grand coach de l’histoire de la NFL.

Pour toutes ces raisons, c’est avec les Patriots de la Nouvelle-Angleterre que Colin Kaepernick devrait recommencer sa carrière. Qui sait à quoi cela pourrait mener ? Déjà un héros aux yeux de beaucoup, Kaepernick pourrait peut-être cimenter sa place dans la légende encore davantage, cette fois sur le terrain.