Des rangs universitaires aux professionnels, quatre histoires de football bien différentes, mais avec un dénominateur commun : la défaite.

Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

À la fin de la saison de 2006, plusieurs joueurs clés des Wolverines de l’Université du Michigan avaient une décision importante à prendre : passer à la NFL ou revenir disputer une dernière saison à Ann Arbor afin de pouvoir possiblement remporter le championnat de la NCAA.

Le quart-arrière Chad Henne et le bloqueur Jake Long, qui allait être le tout premier choix de la NFL en 2008, faisaient partie de ces joueurs, les deux ayant opté pour un dernier tour de piste avec les Wolverines. Mais le conte de fées n’a pas suivi.

La nouvelle saison des Wolverines s’est essentiellement terminée dès le 1er septembre 2007, jour de leur premier match. Classée cinquième équipe universitaire des États-Unis, l’Université du Michigan s’est inclinée 34-32 devant ses partisans médusés à Ann Arbor.

La particularité de cette défaite, c’est qu’elle est survenue contre les Mountaineers d’Appalachian State, une équipe de la conférence FCS (Football Championship Subdivision), qui se veut essentiellement une ligue inférieure à la FBS (Football Bowl Subdivision), circuit dans lequel évoluent les grosses pointures du football universitaire.

C’était d’ailleurs la toute première fois de l’histoire qu’une équipe de la FCS battait une équipe de la FBS classée parmi les 25 meilleures. L’une des plus grosses surprises de l’histoire du football universitaire américain, il va sans dire.

« Plusieurs joueurs avaient choisi de revenir à l’université parce que nous étions de sérieux aspirants au titre national. On n’aurait jamais dû perdre ce match, on l’a tenu pour acquis », a raconté Henne, il y a quelques semaines.

Henne joue dans la NFL depuis une douzaine d’années et est aujourd’hui l’un des deux réservistes de Patrick Mahomes chez les Chiefs de Kansas City.

Il faut préciser que les Mountaineers étaient les doubles champions en titre de leur conférence à l’époque. Menés par leur quart-arrière Armanti Edwards, qui est devenu un receveur dans les rangs professionnels et qui a disputé plusieurs saisons dans la LCF, ils allaient remporter un troisième championnat consécutif quelques mois plus tard.

Les Wolverines, eux, ne se sont jamais remis de leur échec en lever de rideau. Ils ont terminé le calendrier avec une fiche de 9-4 et n’ont plus jamais refait partie de la conversation quant au championnat national.

Le plus important lorsqu’on subit une défaite comme celle-là, c’est d’en tirer des leçons. Appalachian State était loin d’avoir une vilaine équipe, mais ils n’auraient jamais dû nous vaincre. Le mérite leur revient. J’ai appris ce jour-là qu’il ne faut jamais prendre un adversaire à la légère, surtout au football, qui est l’ultime sport d’équipe.

Chad Henne

Parce qu’il y a quantité d’impondérables, le football est effectivement, de façon générale, plus propice aux surprises de taille. Un avis partagé par Henne qui a répondu à nos questions quelques jours avant la victoire des Chiefs au Super Bowl, à Miami.

« C’est la même chose dans la NFL que dans la NCAA. Même si une équipe a une mauvaise fiche, elle peut gagner contre n’importe quelle équipe. Toutes les équipes possèdent de bons joueurs, et on ne sait jamais quand l’une d’entre elles connaîtra son heure de gloire. »

« Et il y a tellement d’éléments stratégiques qui entrent en ligne de compte au football. Plusieurs choses peuvent mal tourner au cours d’une rencontre. Ce n’est également pas comme les autres sports où un seul joueur peut prendre le contrôle d’une partie. »

Plus de 12 ans après la mémorable victoire des Mountaineers, Henne n’était pas très emballé d’en parler. C’est le genre de revers qui ne s’efface pas et dont on ne se remet jamais entièrement.

« Chaque fois que quelqu’un m’en parle, je repasse le match dans ma tête. Ultimement, je crois par contre que cette expérience a fait de moi une meilleure personne et un meilleur joueur. On ne peut rien tenir pour acquis dans la vie. »

La guigne de Bobby Layne

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Les Lions de Detroit ont terminé la saison avec une fiche de 0-16.

Les Lions de Detroit avaient gagné le championnat de la NFL en 1957, en grande partie grâce à leur quart-arrière, Bobby Layne. Ça ne les avait tout de même pas empêchés d’échanger Layne aux Steelers de Pittsburgh quelques mois plus tard, une équipe qui était la risée de la NFL à cette époque.

Avant de quitter Detroit, Layne aurait lancé que les Lions ne gagneraient pas de championnat au cours des 50 années suivantes. Comble du hasard, lors de la 50e saison après l’échange de Layne, en 2008, les Lions sont devenus les premiers à perdre tous leurs matchs dans une saison de 16 matchs. Ironiquement, ce sont les Steelers qui ont gagné le Super Bowl cette année-là…

Sauf que la guigne ne semble pas vouloir prendre fin. Cela fait maintenant plus de 60 ans que les Lions n’ont pas gagné un championnat. Ils n’ont jamais participé à un Super Bowl et n’ont savouré qu’une seule petite victoire en séries éliminatoires depuis leur conquête de 1957.

Meilleurs perdants de l’histoire ?


PHOTO CHRIS O'MEARA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS/PHOTOMONTAGE LA PRESSE

Le botteur Scott Norwood

À tort ou à raison, les Bills de Buffalo des années 90 seront toujours associés à la défaite. Même si Bruce Smith, Jim Kelly, Thurman Thomas, Andre Reed, Marv Levy et Bill Polian ont tous été intronisés au Temple de la renommée.

Les Bills ont bien sûr perdu quatre années de suite en plein Super Bowl. En contrepartie, ils sont également la seule équipe de l’histoire à avoir atteint le match quatre années de suite. Mais lorsque l’auteur de ces lignes l’a mentionné à Bruce Smith dans une entrevue lorsqu’il était de passage à Montréal dans le cadre d’une activité promotionnelle de la NFL, il y a quelques années, l’ancien chasseur de quarts est resté impassible. Très, très mince consolation…

L’histoire aurait peut-être été différente si Scott Norwood avait réussi son fameux botté de 47 verges dans les dernières secondes du premier Super Bowl qu’ont perdu les Bills face aux Giants de New York. Qui sait, l’équipe de Levy aurait peut-être joué avec un peu plus de confiance dans les finales suivantes et serait peut-être considérée comme l’une des meilleures formations des dernières décennies aujourd’hui.

Malheureusement, les Bills des années 90 sont plutôt perçus comme une bande de perdants sympathiques. Cette équipe était pourtant si spectaculaire et talentueuse. Et elle était souvent impossible à arrêter… sauf au Super Bowl.

Longue agonie

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Steve Spurrier

Les Lions de Detroit n’ont pas été les premiers à perdre tous leurs matchs au cours d’une saison. Équipe d’expansion ayant vu le jour en 1976, les Buccaneers de Tampa Bay ont terminé leur première saison avec une fiche de 0-14.

Leurs misères ne se sont pas arrêtées là. Les Bucs ont perdu leurs 12 premières parties de l’année suivante pour un total de 26 défaites au début de leur histoire. Ouch ! Ces déboires ont mené à l’une des répliques les plus savoureuses de l’histoire du sport.

Lorsqu’un journaliste a demandé à John McKay ce qu’il pensait de l’exécution de son attaque, l’entraîneur-chef a répondu : « Je suis en faveur. »

Les Bucs ont enfin gagné un match en décembre 1977, deux semaines avant la fin de leur deuxième saison. Deux ans plus tard, ils allaient surprendre la planète NFL en atteignant la finale de la Conférence nationale, qu’ils ont perdue contre les Rams de Los Angeles.