Jacques Dussault a toujours préféré la simplicité. Les choses simples et les gens simples. Pas de superflu, pas de gens superficiels.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

S’il acceptait de participer à une biographie pour raconter son impressionnant parcours dans le monde du football, il fallait donc que le projet soit fidèle à son style. Steve Vallières, l’auteur de Le Coach – L’histoire de Jacques Dussault, peut dire mission accomplie.

Ce n’était pas la première fois que l’idée d’une biographie était envisagée par Dussault. Il avait parlé de cette possibilité avec le très talentueux Robert Duguay, l’un de ses grands amis, journaliste de La Presse emporté par un cancer il y a 20 ans.

« J’en avais déjà parlé avec Robert à l’époque, mais pas plus que ça. Ça me paraissait prétentieux de le faire et ça me le paraît encore un peu », a dit Dussault, lundi.

Mais il y a quelques années, il s’est laissé convaincre par Vallières, qu’il ne connaissait pas.

« J’ai reçu un courriel de Steve et j’ai aimé son approche. C’était simple, sans prétention. Je dirais que ça a cliqué dès que j’ai reçu son courriel. »

Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois en juillet 2016. Un peu plus de trois ans plus tard, le résultat est un livre bien écrit, sobre, qui est un portrait juste de l’homme. Un livre qui nous fait aussi constater l’ampleur de la contribution de Dussault au football québécois et canadien, autant dans les rangs amateurs que chez les professionnels.

« J’avais un souvenir de Jacques du temps qu’il dirigeait la Machine, puis lorsqu’il était avec les Alouettes à leur retour dans les années 90. Mais je me souvenais encore plus de lui lorsqu’il dirigeait les Carabins puisque je suivais le Rouge et Or de très près », a expliqué Vallières, qui est technicien en documentation à la Bibliothèque de l’Université Laval, à Québec.

PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVE SLA PRESSE

Jacques Dussault avec les Carabins de l’Université de Montréal en 2002

« J’ai découvert plusieurs choses de Jacques en faisant ce projet et je suis très heureux d’avoir pu le connaître de cette façon. Il a eu un parcours incroyable, et ça m’a conforté d’avoir fait ce projet. »

« Il y aurait peut-être eu un peu plus d’envolées littéraires dans le livre, mais Jacques voulait que le récit soit simple. »

De la psychothérapie bon marché

Dussault admet qu’il a souvent fait des choix importants dans sa vie sous le coup de l’émotion. Presque des coups de tête.

« J’ai rarement réfléchi plus de cinq secondes avant de prendre une décision. J’ai accepté mes postes d’entraîneur dans les Maritimes et aux États-Unis très rapidement. Je pense que c’est ce qui m’a permis d’avoir une carrière. Lorsqu’on pense un peu trop, on n’avance pas. »

Les passionnés ne sont pas reconnus pour leur rationalité. Le juste milieu, pour moi, ça n’existe pas.

Jacques Dussault

En travaillant sur sa biographie, Dussault a toutefois eu à se replonger dans ses souvenirs. À contempler les décennies passées dans le football, ses relations, sa vie.

« Ç’a été très difficile parce que tous mes souvenirs sont remontés à la surface. En fouillant dans mes photos, je pouvais tomber sur une qui allait me faire flasher et qui me ferait réfléchir durant deux heures. »

« J’ai réalisé que j’étais passé à côté de certaines choses. Ma famille et mes amis ont mieux compris que je le croyais [les obligations professionnelles], mais il y a des choses que je ne me pardonnerai jamais. »

Une en particulier. Revenu au Québec pour assister aux funérailles de sa mère, Dussault est reparti dans les Maritimes rapidement afin de ne pas rater un entraînement de son équipe, comme il le raconte dans Le Coach. Lorsqu’il parle de cette journée, il devient sombre. « Les funérailles n’étaient même pas terminées », lâchera-t-il sans en dire plus.

« Si quelqu’un envisage d’aller voir un psychologue, je lui suggère plutôt d’écrire un livre. Ça ne lui coûtera pas une cenne ! », lance Dussault, ayant retrouvé le sourire.

Pour les francophones

Le Coach est le deuxième livre de Vallières. Il a publié Implacables, les Jaros de la Beauce (1975-1976) en 2015.

« J’ai toujours été un gars de livres. Ma mère travaillait dans une bibliothèque lorsque j’étais enfant et je me souviens que je marchais au milieu des rayons de livres et que je m’étais promis d’en écrire un, un jour. J’ai donc accompli mon rêve. »

Je suis un nobody, mais Jacques m’a fait confiance et est resté loyal, même si je n’étais pas un ancien joueur de football, un journaliste ou un spécialiste de football.

L’auteur Steve Vallières

Bien qu’il ne soit pas un auteur très connu, un journaliste ou une quelconque personnalité publique, Vallières a signé un très bel ouvrage. Il a su capter le personnage qu’est Coach Dussault. En lisant le récit rédigé par Vallières, on n’avait aucune difficulté à entendre et à s’imaginer Dussault raconter son histoire.

Une lecture agréable pour quiconque apprécie l’homme qu’est Dussault ou pour n’importe quel curieux désireux d’en apprendre davantage sur l’évolution du football au Québec. Car en lisant Le Coach, on constate encore un peu plus l’énorme rôle qu’a joué Dussault dans la carrière de plusieurs des entraîneurs québécois qui ont suivi dans ses traces, notamment Danny Maciocia.

Premier Québécois francophone à avoir dirigé une équipe de football professionnel (la Machine), Dussault a d’ailleurs toujours senti qu’il avait une responsabilité envers les futurs entraîneurs du Québec.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Jacques Dussault avec la Machine de Montréal en 1992

« Certaines personnes allaient peut-être dire que je n’étais pas très bon, mais ils ne pourraient jamais dire que j’avais lâché. Je sentais que c’était mon devoir pour que la porte ne soit pas fermée aux autres qui allaient suivre. »

Un nouveau chapitre ?

Dussault a quitté son poste d’analyste aux matchs des Alouettes à la radio (98,5, Cogeco) en 2017. Il a donné un coup de pouce à ses fils François et Jean-Michel, qui sont des entraîneurs de football comme leur père avec les Diablos du Cégep de Trois-Rivières, mais avoue avoir de la difficulté à mener une vie de retraité typique.

« La retraite […] Si on a beaucoup d’argent, j’imagine que ça peut être intéressant. Mais les petits défis dans la vie, ça ne fait pas de tort », dit-il.

« Je lis beaucoup, je regarde des reportages sur des sujets qui m’intéressent à la télévision. Je n’arrive pas à trouver quelqu’un qui voudrait venir jouer aux échecs avec moi dans mon coin à Val-David. »

Et les autres échecs, ceux sur le gazon vert entre les poteaux jaunes ? Dussaut a-t-il mis une croix sur sa carrière d’entraîneur ? Ou voudrait-il plutôt écrire un dernier chapitre football à son histoire déjà très bien garnie ?

« C’est sûr que je m’ennuie de ça. De la relation avec les joueurs, du jeu et de la stratégie. Mais je ne m’ennuie pas tant des longues journées, qui duraient de 6 h le matin jusqu’à la fin de la soirée. Le côté que j’aime de la retraite, c’est de pouvoir me coucher le soir en n’ayant pas trop à penser à ce que j’ai à faire le lendemain. »

Mais après une courte pause, Dussault confirme pratiquement que sa porte reste entrouverte. « Je me dis que le téléphone va bien finir par sonner. »

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS HURTUBISE

Le Coach – L’histoire de Jacques Dussault, Steve Vallières, Éditions Hurtubise, 352 pages

Le Coach – L’histoire de Jacques Dussault
Steve Vallières
Éditions Hurtubise
352 pages