On ne risque pas trop de se tromper en disant que les Alouettes connaissent leur meilleure séquence depuis des lustres. Leur jeu des deux derniers mois a peut-être été leur plus inspiré depuis leur dernière conquête de la Coupe Grey, en 2010.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Plusieurs raisons expliquent ce regain de vitalité. La première est Khari Jones, qui a remplacé Mike Sherman comme entraîneur au pied levé tout juste avant le début de la saison, en juin.

La situation avec Sherman était devenue invivable pour plusieurs membres de l’organisation. Très exigeant, il était à ce point intransigeant que son équipe avait carrément perdu le goût de jouer au football.

Parce que plusieurs autres entraîneurs-chefs du club avaient connu un sort similaire à celui de Sherman au fil des ans, il était normal d’accueillir cet autre changement avec scepticisme. Une dizaine de semaines plus tard, il n’y a plus le moindre doute que c’était la bonne décision.

Les joueurs des Alouettes s’amusent comme des gamins. Il y a de l’entrain, de l’enthousiasme, du rire, des encouragements. La bonne humeur règne.

« L’un des principaux messages de Khari depuis le début de la saison, c’est qu’il veut qu’on ait du fun », a raconté le centre Kristian Matte, l’un des joueurs qui ont le plus sévèrement critiqué Sherman dans les jours qui ont suivi son congédiement.

« Chaque fois qu’on termine notre dernière réunion d’équipe avant un match, Khari nous rappelle l’importance de s’amuser sur le terrain. Il nous dit qu’il a hâte de nous voir jouer et je trouve que c’est quelque chose de spécial. Ce n’est pas juste un général planté devant nous qui nous dit de faire ceci ou de faire cela. »

Aimer s’entraîner

Jones a connu une très bonne carrière de quart-arrière. Il a notamment été nommé joueur par excellence de la LCF en 2001. L’homme de 48 ans a donc une bonne idée de ce que recherchent les joueurs.

Avec le recul, je peux vous dire que j’aurais aimé avoir plus de plaisir dans certaines de mes saisons. Les carrières sont tellement courtes au football, on ne doit pas gaspiller son temps en arrivant au stade à reculons.

Khari Jones

« Tout le monde travaille fort dans notre équipe, ne vous méprenez pas. Mais les équipes dont j’ai fait partie et qui ont connu le plus de succès aimaient s’entraîner, ce n’était pas une corvée pour elles. Je veux que ce soit la même chose ici. »

On a eu un bel exemple de la philosophie de Jones lors de l’entraînement de mercredi. On l’a entendu taquiner ses joueurs en parlant de la faible pluie qui tombait. On l’a entendu dire qu’un entraînement sans musique n’était pas la fin du monde – les Alouettes s’entraînent normalement avec une trame sonore.

Au terme de l’entraînement, des dizaines de joueurs sont restés sur le terrain pour participer à une compétition impromptue d’habiletés alors que des receveurs devaient capter des passes lancées par Hugo Richard le long des lignes de touche.

« Si nos joueurs ne quittent pas le terrain après nos entraînements et qu’ils font des trucs par eux-mêmes, c’est la preuve qu’ils aiment ça. Lorsque les joueurs d’une équipe déguerpissent dès que c’est terminé, ils ne gagnent généralement pas beaucoup. »

Bolduc, le bras droit

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

André Bolduc joue un plus grand rôle. L’entraîneur des demis offensifs est devenu de facto l’entraîneur adjoint de Khari Jones, son bras droit.

En plus de diriger l’équipe, Jones a conservé son poste de coordonnateur offensif et est le responsable des quarts-arrières. Depuis que Kavis Reed s’est fait montrer la porte de sortie, Jones est également impliqué davantage dans les opérations football.

Ainsi, André Bolduc joue également un plus grand rôle. L’entraîneur des demis offensifs est devenu de facto l’entraîneur adjoint de Jones, son bras droit.

« André et moi avons le même âge, on a joué dans la LCF à la même époque et nos vies familiales se ressemblent beaucoup. Il m’a énormément aidé durant cette transition en s’occupant de plusieurs choses depuis le changement. Il est devenu un très bon ami », a fait savoir Jones.

« Je pense que vous avez appris à mieux connaître Khari depuis qu’il est entraîneur-chef. C’est un gars avec une très belle personnalité, toujours souriant. C’est un homme de famille avec de belles valeurs, un bon humain. On n’est pas toujours obligé de parler de football avec lui et c’est plaisant », a résumé Bolduc.

« Mais il faut bien travailler et donner un bon effort si on veut recevoir. Les directives sont toujours très claires et précises, il n’y a pas de zone grise, tout est bien réfléchi. Sa porte est toujours ouverte et il va toujours vous donner l’heure juste. »

Respect des journalistes

Entre ses carrières de joueur et d’entraîneur, Jones a passé quelques années dans le monde des médias. C’est peut-être ce qui explique le fait qu’il est toujours respectueux avec les journalistes. Jamais d’impatience ou de condescendance.

« J’ai travaillé pour la CBC durant deux ans comme analyste et comme reporter sur les lignes de côté. Peut-être que cela joue, mais de façon générale, j’essaie d’analyser une situation de tous les angles. Vous [les journalistes] avez un travail à faire. Je veux qu’il y ait le plus de gens possible à nos matchs et devant leur téléviseur. Je veux donc qu’on parle de nous dans les médias, c’est donnant-donnant. »

PHOTO PETER POWER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

En plus de diriger l’équipe, Khari Jones a conservé son poste de coordonnateur offensif et est le responsable des quarts-arrières.

Sans pour autant livrer tous les secrets de son équipe, Jones donne généralement de franches réponses aux journalistes. Dans un monde où le moindre détail est souvent traité comme s’il s’agissait d’un secret d’État par les entraîneurs, c’est rafraîchissant.

« C’est la seule façon de faire les choses à mes yeux. Je ne veux pas m’empêtrer dans des mensonges et je déteste mentir. Et de toute façon, je ne suis pas un bon menteur, alors vous vous en rendriez compte très rapidement si je n’étais pas honnête. »

Jones est un gentilhomme, mais n’hésite pas pour autant à hausser le ton ou à sortir les gros mots s’il juge que son équipe se traîne les pieds et qu’elle n’est pas assez concentrée.

« Il sait quand il doit parler plus fort et quand il doit être un peu plus doux. Lorsque notre entraîneur-chef nous inspire confiance et qu’on veut jouer pour lui, ça fait une grosse différence. Nos entraîneurs sont capables de bien nous motiver cette saison et ils ont aussi de très bons plans de match. Tout a été élevé d’un cran », a estimé Matte.

« J’ai toujours voulu être entraîneur-chef »

Après des années de misère et des dizaines d’humiliantes raclées, les Alouettes n’avaient pas besoin d’un entraîneur de la vieille école comme Sherman. Ils avaient besoin d’un entraîneur à l’écoute, capable de parler de solutions plutôt que de problèmes.

« Comme dans tout milieu de travail, c’est important d’avoir du respect pour notre employeur et nos patrons. On a eu le changement que plusieurs joueurs voulaient. Maintenant, c’est sur nos épaules, c’est à nous de bien performer », a avoué Matte.

Jusqu’à maintenant, c’est ce qu’ils font. Les Alouettes ont gagné quatre de leurs six derniers matchs et méritaient de gagner la partie qu’ils ont perdue contre le Rouge et Noir d’Ottawa. L’autre défaite, celle contre les Roughriders de la Saskatchewan, est survenue dans le match écourté en raison des conditions météorologiques.

« J’ai toujours voulu être entraîneur-chef. Pas parce que je voulais être sous les projecteurs, mais parce que je pense avoir la personnalité pour le faire. Je veux aider l’équipe à gagner », dit Jones.

« Je sentais que j’aurais du succès si on m’en donnait l’occasion. J’aimerais faire ce travail pendant de nombreuses années. J’ai toujours hâte de me rendre au travail le matin. »

VENTE DE BILLETS DIFFICILE

Le match d’aujourd’hui entre les Alouettes et les Argonauts de Toronto sera disputé au stade Croix Bleue Medavie de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Il est considéré comme un match à domicile des Argonauts. La vente de billets ne s’est pas déroulée aussi bien que prévu. Les organisateurs, le groupe Atlantic Schooners, ont changé l’heure de la rencontre, qui était prévue en soirée (19 h 30) à l’origine, initiative étant surtout destinée aux gens de l’extérieur de Moncton qui souhaitaient venir voir le match – plus précisément les gens de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Si la LCF accorde une nouvelle franchise aux Schooners, rappelons que c’est d’ailleurs à Halifax qu’elle jouera ses matchs. Les prix des billets pour le match d’aujourd’hui ont également été modifiés afin d’améliorer les ventes. Il sera donc intéressant de connaître l’assistance au match de cet après-midi.

AUCUNE MARGE POUR LES ARGOS

Le congédiement de Marc Trestman n’a rien changé aux misères des Argonauts. L’équipe a perdu sept de ses huit premiers matchs avec Corey Chamblin et n’a pratiquement plus de marge de manœuvre si elle espère se classer pour les éliminatoires. La bonne nouvelle, c’est qu’elle jouera 7 de ses 10 derniers matchs contre des équipes de la division Est, ce qui pourrait lui permettre de combler l’écart qui la sépare d’Ottawa (4 points), de Montréal (6 points) et d’Hamilton (12 points) plus facilement. C’est McLeod Bethel-Thompson qui sera le quart partant des Argonauts contre les Alouettes. Le DG Jim Popp a acquis les services de Zach Collaros des Roughriders de la Saskatchewan, mais le quart n’a toujours pas joué avec sa nouvelle équipe en raison de la commotion cérébrale qu’il a subie au début de la saison. Si les Argos ne progressent pas de façon significative en deuxième moitié de saison, Popp pourrait fort bien subir le même sort que Trestman dans quelques mois.

DES CHANGEMENTS SUR LA LIGNE

Dans le camp des Alouettes, Tony Washington ratera la rencontre d’aujourd’hui pour des raisons personnelles. C’est Chris Schleuger qui prendra la place de Washington comme bloqueur à gauche. Dans l’ensemble, Schleuger a très bien joué à son poste de bloqueur à droite depuis le début de la saison. Les Alouettes envisageaient la possibilité de donner un premier départ à l’Américain Kennedy Estelle, qui s’est entraîné comme bloqueur du côté droit cette semaine. Estelle est un ancien des Roughriders de la Saskatchewan. « Ça fait un bon moment qu’il n’a pas joué un match, mais il a un beau potentiel. Il mesure 6 pi 7 po et a de très longs bras, ce qui est toujours un atout important en protection de passe », a dit le centre Kristian Matte. Par ailleurs, Boseko Lokombo remplacera Taylor Loffler comme maraudeur, et William Stanback devrait être dans la formation. Stanback et Jeremiah Johnson se partageront le travail comme demis offensifs.

TROISIÈME SEMAINE DE CONGÉ

Après la rencontre d’aujourd’hui, les hommes de Khari Jones pourront profiter de leur troisième et dernière semaine de congé de la saison. L’initiative de la LCF d’accorder trois semaines de repos par saison à ses équipes est bonne, mais on peut certainement se questionner sur la répartition de ces semaines. Les Alouettes arriveront à mi-chemin de leur calendrier régulier aujourd’hui, disputant le 9e de leurs 18 matchs. C’est donc dire qu’ils ne bénéficieront d’aucune semaine de repos en deuxième moitié de saison. Les Alouettes reprendront l’entraînement le lundi 2 septembre et joueront leur prochaine partie le 6 septembre, lors de la visite des Lions de la Colombie-Britannique au stade Percival-Molson.