La plupart des athlètes professionnels ont leur sport tatoué sur le cœur. C’est le cas de Vernon Adams fils, à la différence que le football est également tatoué sur son dos.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Le dos du quart-arrière des Alouettes est presque entièrement recouvert par des tatouages qui représentent son cheminement au football. On y voit notamment de gros logos de la LCF et de la NFL.

« Ces tatouages, c’est mon histoire au football depuis que j’ai commencé à jouer. Pour ne pas oublier l’endroit d’où je viens et les endroits où j’ai joué, dont l’Université Eastern Washington et l’Université de Oregon », a expliqué le quart de 26 ans, qui s’est fait faire ces tatouages il y a environ un an et demi.

Adams a brillé dans la NCAA : 64,9 % de passes réussies ; 136 passes de touchés et 13 autres au sol ; plus de 13 000 verges par la passe et plus de 1300 au sol. Il compte surtout une très belle fiche de 35-9 comme partant.

Ces succès lui ont valu des essais avec les Seahawks de Seattle et les Redskins de Washington, avant que les Alouettes obtiennent les droits sur lui des Lions de la Colombie-Britannique en échange d’un choix de premier tour. C’était avant la saison de 2016, un an avant que les Als l’échangent aux Roughriders de la Saskatchewan. Puis, après un bref passage à Hamilton, Adams est revenu avec les Oiseaux la saison dernière.

Le jeune homme s’est donc passablement promené en trois ans dans la LCF. Ce soir, à 19 h 30, au Stade Tim Horton’s à Hamilton, Adams obtiendra une autre occasion de montrer qu’il peut faire le travail. À un moment où son jeu semble près d’être arrivé à maturité.

Trouver l’équilibre

L’entraîneur-chef des Alouettes, Khari Jones, connaît Adams depuis des années, déjà.

« Vernon faisait partie de notre liste de négociation lorsque j’étais avec les Lions [à titre d’entraîneur des quarts-arrières et de coordonnateur offensif], alors j’étudiais déjà le joueur, à cette époque. »

Et Jones a vu une amélioration substantielle. Le défi dans le cas d’Adams, c’est de trouver l’équilibre entre l’improvisation et la structure dans le jeu.

« Vernon sait comment s’esquiver et provoquer des choses. Il y a habituellement un niveau d’improvisation dans son jeu. S’il n’essaie pas de trop en faire, on a bon espoir qu’il réussira des jeux et qu’il nous mènera dans la zone des buts. »

— Khari Jones, entraîneur-chef des Alouettes

« Le talent de pouvoir s’esquiver de la pression est à la fois un atout et un danger. C’est un peu comme une carte pour sortir de prison au Monopoly. Vernon continue d’apprendre et s’est beaucoup amélioré sur cet aspect du jeu. Il choisira de courir avec le ballon instinctivement à l’occasion, et c’est correct, mais il doit le faire modérément. »

Une leçon apprise

Blessé à une cheville il y a deux semaines, Antonio Pipkin a déjà recommencé à lancer le ballon. Son absence de la compétition sera moins longue qu’anticipé.

L’audition d’Adams pourrait donc être courte, surtout s’il n’est pas à la hauteur contre les Tiger-Cats. Jones n’a d’ailleurs pas voulu se prononcer sur la suite des choses lorsqu’on l’a invité à le faire.

« Vernon réalise qu’il a obtenu une occasion de jouer qui n’était pas prévue et ne veut pas passer à côté », croit André Bolduc, entraîneur des demis offensifs.

Quant à lui, Adams s’est contenté de dire qu’il souhaitait être un partant, comme n’importe quel autre joueur. Il s’est bien assuré de ne provoquer aucune vague.

C’est lors d’une entrevue avec l’auteur de ces lignes qu’Adams avait sévèrement critiqué les partisans des Alouettes après qu’ils eurent scandé le nom de Johnny Manziel dans un match qu’il avait amorcé, l’an dernier. Sa réaction avait déplu à bien des partisans, de même qu’à l’organisation.

Un an plus tard, Manziel n’est plus qu’un mauvais souvenir pour les partisans des Als, tandis qu’Adams poursuit sa progression.

« Je sais que ce n’est qu’une question de temps avant que je connaisse du succès dans cette ligue. »

Vernon Adams fils

« La réalité, c’est que les joueurs doivent normalement patienter et faire leurs classes avant d’obtenir du temps de jeu. Je le comprends mieux à présent. »

Ultra passionné

Parmi la quinzaine de quarts-arrières qui se sont succédé à Montréal depuis le départ d’Anthony Calvillo, beaucoup possédaient des atouts considérables. Rakeem Cato avait le talent naturel. Troy Smith, la puissance de bras. Kevin Glenn et Darian Durant, l’expérience. Manziel, la popularité. On doute cependant que l’un d’entre eux avait la passion d’Adams.

« C’est vrai, Vernon est extrêmement passionné. Un gars émotif, qui s’investit à fond dans tout ce qu’il fait. Luc [Brodeur-Jourdain] et lui sont toujours les deux premiers arrivés au stade, le matin. Il pose beaucoup de questions et veut comprendre le jeu. Vernon est super intense, mais tout le monde dans l’équipe l’aime », a raconté Bolduc.

Contre une défense qui peut compter sur quatre des meilleurs joueurs défensifs de la LCF en Ted Laurent, Ja’Gared Davis, Simoni Lawrence et Delvin Breaux, unité qui vient d’empiler huit sacs contre Toronto de surcroît, Adams ne recevra aucun cadeau à son premier départ depuis juillet. Mais l’attente en aura valu la chandelle si le résultat suit.

« Si on gagne, ce sera encore plus satisfaisant en raison de l’attente. Je vais avoir une pensée pour ma famille en foulant le terrain, car ce sont les seules personnes qui ont toujours cru en moi. Puis je vais aller m’amuser.

« Le travail d’un quart, c’est de prendre les bonnes décisions et de permettre à ses coéquipiers de réussir des jeux en mettant le ballon aux bons endroits. Ce match n’est pas à propos de moi ; c’est l’équipe qui compte. »