L'un des clubs les plus prestigieux du football universitaire américain tente de retrouver sa gloire d'antan, deux ans après un scandale qui a ébranlé les colonnes de son temple. Visite chez les Trojans et leurs fidèles.

Mis à jour le 12 nov. 2012
Richard Labbé LA PRESSE

La première chose qui frappe, c'est le monde. Nous sommes un samedi matin, il est environ 10h, mais du monde, il y en a. Partout. Comme si chaque centimètre du campus de l'University of Southern California (USC), à quelques minutes du centre-ville de Los Angeles, était envahi par quelqu'un portant quelque chose de jaune et rouge vin, les couleurs officielles des Trojans, l'équipe de football de l'université.

En ce matin de match, dans les rues du campus, il y a un peu de tout: des vieux, des jeunes, des disciples de Dieu qui nous annoncent que la fin approche. Et il y a des statues. Beaucoup de statues. Tenez, il y a même la statue d'un chien, un certain George Tirebiter, qui a jadis été la mascotte du club.

Vous admettrez qu'il faut le faire.

«Quand on étudie ici, on reste attaché à USC pour toujours, explique Stu Nelson, sympathique monsieur de 71 ans qui prend le petit-déjeuner avec sa famille. Être fan des Trojans, c'est pour la vie.»

Un habitué de Montréal

M. Nelson, qui venait jadis vendre des pièces d'avion à Montréal - «Je me souviens de La Ronde et de la rue Sainte-Catherine», raconte-t-il fièrement -, vient manger ici, en plein air et en plein campus, avant chaque match des Trojans. «On fait ça depuis 40 ans. On arrive six ou sept heures avant le début du match, et on se prépare un festin. On va aussi boire un peu de vin, un peu de champagne...»

Tout ça à la gloire d'un club de football dont l'histoire remonte à 1888. Un club dont l'importance à Los Angeles n'a pas fléchi au fil du temps. En fait, à USC, le temps semble s'être arrêté. Ils ont un vieux campus, ils ont des statues et des plaques partout et ils ont un stade, le Los Angeles Memorial Coliseum, qui date de 1923.

Et ils ont un slogan qui dit tout, qu'on voit affiché partout en grosses lettres: «Fight On!»

Un autre slogan pourrait être quelque chose comme «Party On!», si on se fie aux incroyables quantités d'alcool consommées ici en ce samedi matin. D'ailleurs, on trouve à l'entrée du campus cette proposition qu'on ne saurait refuser: «10 verres et une assiette pour 25 $!»

Que dire de plus?

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Photo: Robert Skinner, La Presse

L'histoire, on la sent aussi quand on arrive au Coliseum. Encore plus quand on marche dans le tunnel des joueurs, un long corridor dont les murs sont couverts de portraits des anciennes gloires de l'équipe.

En tout, 11 Trojans sont au Temple de la renommée du football américain. Quand la saison de la NFL a commencé, en septembre, il y avait 44 ex-Trojans sur les terrains du circuit professionnel - plus que toute autre université. Quelques noms au hasard: Carson Palmer, Mark Sanchez, Reggie Bush, Troy Polamalu, Steve Smith...

«Il y a de la pression ici parce que la barre est très haute, explique Lane Kiffin, entraîneur de l'équipe. C'est toujours comme ça. Il y a une certaine qualité de jeu qui a été établie par le passé, et les gens s'attendent à ce qu'on la respecte.»

Sauf que USC en a pris plein la gueule récemment. Après l'euphorie du début des années 2000, qui s'est conclue sur une note spectaculaire avec un titre national en 2004, il y a eu la chute brutale et le scandale Reggie Bush.

Bush, aujourd'hui membre des Dolphins de Miami, a été accusé d'avoir accepté des pots-de-vin au moment où il était le demi-vedette des Trojans. On ne sait trop si Bush avait du mal à fermer son veston, mais ce scandale l'a forcé à rendre son trophée Heisman (remis annuellement au meilleur joueur du football universitaire américain). En 2010, la NCAA a imposé de sévères sanctions à l'université. En résumé: interdiction de prendre part à un Bowl pendant deux ans et perte de 30 bourses admissibles aux joueurs sur une période de trois ans.

«La plus grande tradition du football collégial», comme ils disent par ici, tente maintenant de se relever.

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Photo: Robert Skinner, La Presse

Lane Kiffin, congédié en 2008 par les Raiders d'Oakland, est arrivé ici en 2010 avec le mandat de remettre de l'ordre dans la cabane. Il était bien parti: avant l'ouverture de la saison, son club était classé numéro un par l'Associated Press (AP).

Mais les Trojans ont trébuché, et les voici maintenant hors du top 20 de l'AP, ce qui a mené aux rumeurs récentes sur le sort éventuel de Kiffin.

Cela n'empêche pas les partisans d'être encore là, nombreux, bruyants, prêts à chanter avec leurs joueurs et la fanfare au terme d'une victoire. Non, les fans de USC n'ont pas quitté le navire; ils étaient plus de 80 000 dans les gradins du Colisée samedi après-midi pour voir leurs favoris battre les Sun Devils d'Arizona State.

Les Trojans ont aussi un receveur qui a des allures de future vedette de la NFL: Marqise Lee, 20 ans, explosif jeune homme qui a récolté des gains de 161 verges par la passe contre Arizona State. «On s'attend toujours à de grandes choses de sa part», a résumé le quart Matt Barkley.

En attendant de retrouver leur gloire d'antan, les Trojans tentent de faire oublier les récentes gaffes dans une ville qui n'a jamais été très patiente envers eux. Pas pour rien que dans le stade, on voit, inscrits en gros, les chiffres des années magiques au cours desquelles le club a remporté ses championnats.

L'allusion est une question de fierté, bien sûr, mais aussi une façon de rappeler aux Trojans du présent ce que ceux du passé ont accompli avant eux.

«On est très au courant de ce qui est attendu de nous, a admis Lane Kiffin après le match de samedi. Les fans nous ont hués à la mi-temps alors que le score était égal... Los Angeles, c'est ça.»

Et ça ne va pas changer de sitôt. Après tout, c'est comme ça depuis 1888.

Photo: Robert Skinner, La Presse