Le trottoir du Mur de Huy a hanté les cauchemars de Michael Woods, mercredi.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Coincé contre la bordure à deux reprises, le cycliste d’Ottawa n’a jamais pu réagir quand les principaux prétendants de la Flèche wallonne, dont il devait faire partie, se sont envolés dans le plus dur de la célèbre pente.

Primož Roglič d’abord, qui venait justement de se rabattre sur Woods dans un virage à 600 mètres. Le champion mondial Julian Alaphilippe ensuite, la rage au cœur après un printemps en demi-teinte. Et Alejandro Valverde, à quatre jours de son 41anniversaire, qui se mêle à la bagarre, empruntant les pavés du trottoir pour éviter le même sort que le Canadien.

PHOTO OLIVIER MATTHYS, ASSOCIATED PRESS

Le Français Julian Alaphilippe a complété le parcours de 194 km en 4 heures, 36 minutes et 25 secondes.

Parfaitement synchronisé dans son attaque, Alaphilippe (Deceuninck) a repris Roglič à 50 mètres de la ligne, s’imposant pour la troisième fois, dans son beau maillot arc-en-ciel de champion mondial.

« Je voulais juste montrer que j’avais la tête dure », a expliqué le Français de 28 ans, qui avait répété avant le départ ne pas disposer de ses jambes victorieuses des dernières années.

« Depuis le début de la saison, c’est vrai que je n’ai pas gagné beaucoup, mais ça ne m’a pas empêché de prendre du plaisir quand même. J’avais à cœur de relever les bras. Sur une course aussi dure que la Flèche, je ne m’étais pas mis la pression, mais j’avais envie de regagner. Je suis content d’y être arrivé. »

Premier à se lancer à 350 m, Roglič a terminé deuxième à sa première expérience à la Flèche. Le Slovène de Jumbo-Visma se demandait s’il était parti trop tôt, levant son chapeau à Alaphilippe, « clairement le plus fort ».

Il n’y a rien de romantique ou de philosophique ici dans la dernière montée ; si vous avez les jambes, vous y allez et vous pouvez gagner.

Primož Roglič

Le jeune compatriote de Roglič et bourreau au Tour de France, Tadej Pogačar, n’a pas pu prendre le départ, non plus que Marc Hirschi, le vainqueur sortant, en raison de deux cas positifs de COVID-19 dans l’équipe UAE Emirates.

Le vieux Valverde (Movistar), quintuple lauréat, a tenu la roue d’Alaphilippe pendant un temps, avant de céder pour finir à six secondes, devant Woods, malheureux quatrième à huit secondes.

« Un coup de patte incroyable »

Troisième l’an dernier sous les couleurs d’EF, Woods avait lui-même lancé ses hostilités devant Hirschi et Benoît Cosnefroy (18e mercredi), qui l’avaient repris. « Je n’aurais pas pu mieux courir », avait-il déclaré en entrevue.

Bien placé au pied du Mur par ses nouveaux coéquipiers d’Israel Start-Up Nation, le Letton Krists Neilands et le Sud-Africain Daryl Impey en tête, Woods avait reculé jusqu’au 20e rang au moment où Roglič a bondi. Il n’y avait plus rien à faire, sinon regarder ses rivaux s’éloigner.

« J’ai un goût vraiment amer dans la bouche en ce moment parce que j’ai le sentiment que je valais mieux que quatrième aujourd’hui », a affirmé Woods dans un communiqué de l’équipe.

Il regrettait de ne pas avoir suivi le plan original et gardé la roue de Neilands dans le final, préférant suivre Roglič. « Ça m’a mis un peu dans une bataille et je me suis fait pousser à quelques reprises. Ça m’a mis dans une mauvaise posture quand les gars sont partis. »

Son équipier Guillaume Boivin a fait le même constat après avoir visionné la reprise : « Il y a une couple de fois où il doit mettre des coups de frein. À 20 % [d’inclinaison], à la vitesse où ça roule, tu payes cash. Mais il a clairement un coup de patte incroyable. »

À son premier départ à la Flèche, sur un terrain qui ne lui est guère favorable, Boivin s’est employé à mettre ses meneurs dans les meilleures dispositions. Il roulait en tête de peloton quand une crevaison a mis un terme à son labeur, à une quarantaine de kilomètres de l’arrivée.

« Il ne m’en restait plus beaucoup à faire parce que j’avais quand même travaillé, mais j’étais assez content de ma course jusque-là, a dit l’athlète de 31 ans, qui a fini 137e. C’est sûr que c’était décevant. J’aurais pu en faire un peu plus pour Mike sans la crevaison, mais c’était hors de mon contrôle. »

Son coéquipier James Piccoli (133e) aurait aimé contribué davantage, mais il en était à son épreuve de reprise après sa chute au Tour du Pays basque, où il s’est infligé une contusion à la main droite, le 8 avril.

« Je vais me reprendre aux prochaines courses, a promis le Montréalais de 29 ans. Ça a assez bien été pour l’équipe [mercredi]. Mike est peut-être déçu avec une quatrième place. En même temps, il avait les jambes. Il y a toujours des éléments de chance. Le positionnement, ce n’est pas évident à contrôler. »

À l’instar de Boivin, Hugo Houle a offert sa contribution à son chef de file Jakob Fuglsang, qui a terminé 18e après s’être montré à l’avant dans le dernier kilomètre. Le Québécois d’Astana-Premier Tech était satisfait de son niveau après son abandon à l’Amstel Gold Race, dimanche.

« J’ai roulé du kilomètre 95 au kilomètre 130, à l’approche du premier tour de circuit. Au début du deuxième tour, je me suis fait décrocher et j’ai fini dans un groupe [127e]. »

Je suis content, la forme et la santé reviennent. Ça me rassure de voir que je suis reparti dans la bonne direction.

Hugo Houle

Après son échappée au Tour des Flandres, au début du mois, Houle a passé une semaine sans pratiquement toucher à son vélo, se remettant d’un rhume qui a gâché sa campagne flandrienne.

« J’ai les moyens que j’ai présentement et je fais mon maximum pour Jakob et pour être le plus utile possible à l’équipe. Mais je n’ai pas la forme que j’avais l’an dernier quand j’étais devant à Liège-Bastogne-Liège et que j’avais fini 20e à la Flèche. Les circonstances sont différentes. Je suis déjà au travail avec la suite de la saison en tête. Je veux être au top niveau pour le mois de juillet et le Tour de France. »

Comme Boivin, le natif de Sainte-Perpétue reprendra le collier dimanche à la Doyenne des classiques, où il cherchera encore à appuyer Fuglsang, sacré en 2019. Woods, deuxième en 2018, aura une autre belle carte à jouer.

« Je suis fier de la façon dont mes jambes ont répondu, fier de l’équipe et on a tous hâte à Liège-Bastogne-Liège, qui sera encore plus gros pour nous. C’est un monument, et aucun Canadien n’a gagné de monument. Avec les jambes que j’ai, il y a certainement une possibilité pour moi de bien faire là-bas. »