Après un deuxième Tour de France où il s’est établi comme un équipier de grande valeur, Hugo Houle vise plus haut pour 2021.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

De son appartement au 12e étage d’un immeuble à Monaco, Hugo Houle voit un peu la mer, une partie du port et le Palais princier accroché au rocher.

Au moment de l’entrevue, au mois de novembre, la météo était particulièrement clémente. Théoriquement, il était à l’arrêt pour la saison morte. Il enfourchait quand même son vélo tous les jours, profitant de la dispense accordée aux cyclistes professionnels en cette période de confinement strict en France.

Sa vie a changé par rapport aux automnes précédents. « Au Québec, il fait - 5 °C, tu te dis : “Ouais, il faudrait que je roule, mais ça ne me tente pas vraiment”. Ici, c’est plutôt l’inverse. Tu ne te poses même pas la question : je regarde dehors, je vais aller rouler. Au quotidien, c’est tellement plus agréable. »

Les sorties en solo sont également rarissimes. Depuis longtemps, Monaco est un havre pour les pros. Houle roule souvent avec l’Australien Richie Porte, troisième du dernier Tour de France, le Néerlandais Steven Kruisjwijk, qui occupait la même position un an plus tôt, et son ami danois Jakob Fuglsang, coéquipier chez Astana.

« À cette période de l’année, on ne pousse pas, on a le temps de jaser en masse. C’est bien cool. »

Comme bien des gens, Houle a connu une année 2020 peu banale. Le 14 août, deux semaines après la reprise des compétitions, il a annoncé avoir reçu un test positif à la COVID-19, ce qui en a fait le premier athlète québécois à dévoiler un tel diagnostic.

Coup de théâtre, 10 jours plus tard, il faisait partie de l’alignement de son équipe pour participer au Tour de France. Selon toute vraisemblance, son résultat positif était erroné.

Tous les examens effectués ont confirmé que je n’avais aucun anticorps. Je n’ai eu aucun symptôme. Quand je parle avec des coureurs qui ont eu la COVID-19, je peux te dire qu’ils l’ont bien sentie. Ce fut un mal pour un bien. Cette semaine [d’isolement] m’a permis d’arriver plus reposé au Tour.

Hugo Houle

Comme plusieurs athlètes, Houle pense aussi avoir bénéficié des deux mois d’arrêt forcé par la pandémie.

« M’installer ici à temps plein m’a demandé beaucoup d’énergie en début de saison. Le confinement n’a pas été trop mal. Ç’a été une occasion rare de bien me reposer et de refaire le plein. Ça fait environ 10 ans que je ne suis pas resté plus qu’un mois à la même adresse. Demeurer sur place sur une aussi longue période, ça fait du bien au corps, sans que ce soit quantifiable. »

Bénéfiques hauteurs

Les montagnes environnantes ont contribué de façon fondamentale à sa progression. En 2020, il aura franchi 400 000 mètres de dénivelé positif, soit l’équivalent de 100 étapes de haute montagne.

Houle a donc commencé son deuxième Tour dans une forme splendide. Il a exercé à la perfection son rôle de soutien auprès de Miguel Ángel López, qui occupait le troisième rang du classement général jusqu’à deux jours de l’arrivée. Le Québécois a sorti le Colombien d’ennui dans une étape-clé où le vent a provoqué des cassures, l’a positionné au pied des montées, s’est assuré de le ravitailler, etc. Il s’est même amusé à sprinter à l’occasion, frôlant le top 10 à la septième étape.

Au fil de l’épreuve de trois semaines, son énergie n’a jamais fléchi. Mis au défi par son ami Antoine Duchesne, qui a suivi le Tour de la maison en raison d’une mononucléose, Houle s’est permis une fois de jouer sa carte personnelle à la 12e étape. Il a terminé septième dans un groupe de 12 composé uniquement de gros moteurs, comme le vainqueur Marc Hirschi et le futur champion mondial Julian Alaphilippe.

PHOTO TIM DE WAELE, ARCHIVES GETTY IMAGES

Hugo Houle lors de la 12e étape du Tour de France

Je pense que je ne réalisais pas à ce moment-là la qualité des jambes que j’avais. Peut-être que j’aurais pu être un peu plus agressif. À l’avenir, je dois apprendre à me faire plus confiance et à ne pas hésiter à foncer. Des fois, je suis un peu conservateur.

Hugo Houle

Dix jours après l’arrivée à Paris, Houle a vécu les mêmes regrets à la Flèche Wallonne. Alors que ses deux meneurs n’étaient plus dans le coup, il était trop mal placé au pied du mur de Huy pour espérer un meilleur résultat que son 20e rang. En se montrant plus agressif, le natif de Sainte-Perpétue pense qu’il aurait pu se glisser parmi les 10 premiers de cette classique de prestige.

« J’ai réalisé que j’étais certainement capable de faire de beaux résultats dans les trois, quatre prochaines années. J’arrive au moment-clé de ma carrière. Ça fait 10 ans que je travaille extrêmement fort pour atteindre ce niveau-là. À moi maintenant d’être plus intelligent, opportuniste et d’essayer d’obtenir des résultats beaucoup plus significatifs que ceux que j’ai obtenus jusqu’à présent. »

Houle écoulera la saison prochaine la deuxième année d’un contrat de trois ans. Soucieux des détails, il affirme pouvoir encore s’améliorer. « Je comprends des choses, je sais ce qui marche, ce qui ne marche pas. Ça me permet de mieux me préparer pour les évènements importants. »

Avec ses entraîneurs, l’athlète de 30 ans cible des pointes plus courtes en anaérobie, d’une durée d’une à six minutes, « pour faire la différence dans les moments-clés ». Jusque-là, il se concentrait plutôt sur des efforts de 20 à 40 minutes « pour rouler longtemps en avant du peloton ».

Hugo Houle ne changera pas. Comme il le dit, il restera « un équipier modèle ». « Mais il serait temps de gagner une course, peu importe laquelle ! »

Une motivation supplémentaire

À partir de 2021, Houle et ses coéquipiers porteront dorénavant les couleurs d’Astana-Premier Tech. La multinationale de Rivière-du-Loup est maintenant cocommanditaire principal de la formation d’origine kazakhe. Son PDG Jean Bélanger, féru de vélo depuis longtemps, est devenu un ami. « On parle du plus haut niveau, comme la Formule 1 ou la Ligue nationale de hockey, souligne Houle. J’ai longtemps été seul dans le milieu. Et là, tu as une entreprise de Rivière-du-Loup qui est un partenaire majeur dans l’équipe. Jean vient sur les camps d’entraînement, les courses. Quand on vit de beaux moments, c’est encore plus trippant pour moi. C’est une motivation supplémentaire de performer pour le remercier de son soutien et de son implication. »