(Paris) Homme de records, au moins de précocité, Tadej Pogacar, 22 ans lundi, a bousculé l’histoire du Tour de France qu’il a terminé sur la plus haute marche du podium, dimanche sur les Champs-Élysées.

Agence France-Presse

Pogacar, premier Slovène vainqueur de la plus grande course du monde, est resté masqué jusqu’au podium d’arrivée. Comme les autres rescapés de ce Tour si particulier, le plus tardif en date depuis 1903 en raison du décalage de deux mois dû à la pandémie de coronavirus.

Pour sa part, le Québécois Hugo Houle a pris le 74e rang de la dernière étape et a conclu le Tour en 47place.

« Me trouver ici à Paris sur la première marche de ce podium, jamais je n’y aurais cru. Ces trois semaines ont été une aventure inimaginable. Trois semaines absolument mémorables sur les routes françaises. Avec un public lui aussi incroyable qui n’a cessé de m’encourager. Je n’arrive pas à trouver les mots pour décrire mes sentiments. Il va me falloir un peu de temps, quelques semaines peut-être pour réaliser ce que nous avons fait. En venant sur ce Tour, on ne s’attendait pas à finir en jaune sur la plus haute marche, mais c’était un rêve pour l’équipe et nous l’avons réalisé. Je pense à Imola maintenant, le championnat du monde la semaine prochaine », a déclaré Tadej Pogacar après sa victoire.

« C’est déjà une victoire d’arriver à Paris », s’est félicité le directeur du Tour, Christian Prudhomme, qui a reconnu avoir tremblé avant le départ donné à Nice, en pleine zone rouge. Mais la « grande fête populaire et sportive qui fait la fierté du pays », selon les mots samedi du président de la République Emmanuel Macron, a eu lieu. Même si l’arrivée de la 21e étape, enlevée au sprint par l’Irlandais Sam Bennett, déjà assuré du maillot vert, s’est déroulée devant un public limité à 5000 spectateurs.

À la veille de son 22e anniversaire, Pogacar fait encore mieux — de quelques mois — que son prédécesseur au palmarès, le surdoué Egan Bernal, symbole cette année de l’échec de l’équipe Ineos, anciennement Sky. Une fin de cycle ? Après sept victoires en huit éditions, la formation britannique a été surclassée par sa rivale néerlandaise Jumbo.

« Une bonne leçon de vélo »

Pour autant, la stratégie des « jaune et noir », en surnombre dans les moments forts de la course, a échoué. À tout miser sur son chef de file, le Slovène Primoz Roglic, elle a pris le risque d’essuyer une terrible et inattendue déconvenue, dans le contre-la-montre de La Planche des Belles Filles, à 24 heures de l’arrivée à Paris.

Légende de son sport, Eddy Merckx s’est montré cinglant dans le journal L’Équipe : « Ils auraient dû comprendre que Pogacar n’allait pas les attaquer, c’était impossible de les piéger en montagne. Mais ils auraient dû essayer de le faire sauter bien avant pour avoir une marge suffisante. C’est une bonne leçon de vélo. »

Encore groggy, Roglic a encaissé le coup sans apporter de réelle explication à sa contre-performance qui a ruiné les efforts de ses coéquipiers, au premier rang desquels le Belge Wout van Aert, incroyablement puissant dans les différents secteurs de jeu (troisième temps de la montée de La Planche des Belles Filles !).

Le Slovène, deuxième à 59 secondes, est toutefois monté pour la première fois sur le podium final, 100 % inédit cette année puisque Tadej Pogacar, néophyte, et l’Australien Richie Porte (3e, à 3 min 30 s), habitué du Tour, n’y avaient eux non plus jamais figuré.

Pogacar a reçu les félicitations du président de la Slovénie, sensible à ce moment historique pour le sport de son pays. Il a également été adoubé par d’anciens champions, de Greg LeMond (« pour moi, c’est un très grand vainqueur du Tour de Fance ») à Eddy Merckx (« depuis sa troisième place au Tour d’Espagne l’an passé, je sais que c’est un très grand »).

Changement de statut

Ni LeMond ni Merckx n’ont émis de réserve sur ce jeune talent, un attaquant révélé par sa victoire dans le Tour de l’Avenir 2018 et passé pro voici 21 mois à peine. Mais les performances très élevées sur ce Tour ont suscité ici et là des interrogations pour l’instant sans réponse certaine, d’autant que les repères habituels ont été brouillés cette année et que les chutes ont décimé la longue liste des candidats au podium, les Français en premier lieu (Thibaut Pinot, Romain Bardet).

Plus jeune vainqueur du Tour depuis… 1904 et le succès de Henri Cornet (19 ans) acquis sur tapis vert quelques mois après la fin de la course, le Slovène de l’équipe UAE Emirates — une émanation de la défunte formation italienne Lampre — change maintenant de statut. Et aussi de responsabilités puisqu’il sera bien plus étroitement surveillé à l’avenir quand il reviendra sur le Tour, la plus grande course du monde.

PHOTO STEPHANE MAHE, REUTERS

Tadej Pogacar

Face aux enjeux, ce fils d’un dessinateur industriel et d’une professeure de français semble plutôt insouciant de caractère, à l’entendre : « J’aime la vie, les petites choses, j’aime m’amuser, j’ai toujours été comme ça. »

Moyenne basse

La moyenne de Tadej Pogacar est l’une des moins rapides de ces dernières années, à moins de 40 km/h.

Le parcours particulièrement montagneux de cette édition a contribué à cette moyenne de 39,868 km/h, sensiblement plus lente que celles des trois éditions précédentes (40,575 km/h l’an passé, 40,206 km/h en 2018, 40,995 km/h en 2017).

La comparaison entre les différentes éditions doit être relativisée par différents paramètres, principalement l’intensité de la course, les différences sensibles de parcours et les conditions météo (température et surtout vent) variables d’une année à l’autre.

La moyenne-record du Tour de France date de 2005, avec 41,654 km/h. La victoire de Lance Armstrong cette année-là a été annulée par la suite, pour dopage.

Classement de la 21e étape

1. Sam Bennett (IRL/DEC) les 122,0 km en 2 h 53 : 32 (moyenne : 42,3 km/h)

2. Mads Pedersen (DEN/TRE) à 0

3. Peter Sagan (SVK/BOR) 0

4. Alexander Kristoff (NOR/UAE) 0

5. Elia Viviani (ITA/COF) 0

6. Wout van Aert (BEL/JUM) 0

7. Caleb Ewan (AUS/LOT) 0

8. Hugo Hofstetter (FRA/ICA) 0

9. Bryan Coquard (FRA/VCC) 0

10. Max Walscheid (GER/DDT) 0

74. Hugo Houle (CAN/AST) 21

Classement général

1. Tadej Pogacar (SLO/UAE Emirates) 87 h 20 : 05

2. Primož Roglic (SLO/JUM) à : 59

3. Richie Porte (AUS/TRE) 3 : 30

4. Mikel Landa (ESP/BAH) 5 : 58

5. Enric Mas (ESP/MOV) 6 : 07

6. Miguel Ángel López (COL/AST) 6 : 47

7. Tom Dumoulin (NED/JUM) 7 : 48

8. Rigoberto Uran (COL/EF1) 8 : 02

9. Adam Yates (GBR/MIT) 9 : 25

10. Damiano Caruso (ITA/BAH) 14 : 03

47. Hugo Houle (CAN/AST) 2 h 39 : 54

Tableau d’honneur

Classement général : Tadej Pogacar (SLO/UAE Emirates)

Classement de la montagne : Tadej Pogacar

Classement par points : Sam Bennett (IRL/Deceuninck)

Classements des jeunes : Tadej Pogacar

Classement des équipes : Movistar

Combativité : Marc Hirschi (SUI/Sunweb)

Les vainqueurs des 21 étapes

1re étape (Nice) : Alexander Kristoff (NOR/UAE Emirates)

2e étape (Nice) : Julian Alaphilippe (FRA/Deceuninck)

3e étape (Sisteron) : Caleb Ewan (AUS/Lotto)

4e étape (Orcières-Merlette) : Primoz Roglic (SLO/Jumbo)

5e étape (Privas) : Wout van Aert (BEL/Jumbo)

6e étape (Mont Aigoual) : Alexey Lutsenko (KAZ/Astana)

7e étape (Lavaur) : Wout van Aert

8e étape (Loudenvielle) : Nans Peters (FRA/AG2R La Mondiale)

9e étape (Laruns) : Tadej Pogacar (SLO/UAE Emirates)

10e étape (Ile de Ré) : Sam Bennett (IRL/Deceuninck)

11e étape (Poitiers) : Caleb Ewan

12e étape (Sarran) : Marc Hirschi (SUI/Sunweb)

13e étape (Puy Mary) : Dani Martinez (COL/Education First)

14e étape (Lyon) : Soeren Kragh Andersen (DEN/Sunweb)

15e étape (Grand Colombier) : Tadej Pogacar

16e étape (Villard-de-Lans) : Lennard Kämna (GER/Bora)

17e étape (col de la Loze) : Miguel Angel Lopez (COL/Astana)

18e étape (La Roche-sur-Foron) : Michal Kwiatkowski (POL/Ineos)

19e étape (Champagnole) : Soeren Kragh Andersen

20e étape (c. l. m. La Planche des Belles Filles) : Tadej Pogacar

21e étape (Paris Champs-Élysées) : Sam Bennett

Classements annexes

Points (général)

1. Sam Bennett (IRL/DEC) 380 pts

2. Peter Sagan (SVK/BOR) 284

3. Matteo Trentin (ITA/CCC) 260

4. Bryan Coquard (FRA/VCC) 181

5. Wout van Aert (BEL/JUM) 174

6. Caleb Ewan (AUS/LOT) 170

7. Julian Alaphilippe (FRA/DEC) 150

8. Tadej Pogacar (SLO/UAE) 143

9. Soren Kragh Andersen (DEN/SUN) 138

10. Michael Morkov (DEN/DEC) 138

Montagne (général)

1. Tadej Pogacar (SLO/UAE) 82 pts

2. Richard Carapaz (ECU/INE) 74

3. Primož Roglic (SLO/JUM) 67

4. Marc Hirschi (SUI/SUN) 62

5. Miguel Ángel López (COL/AST) 51

6. Benoît Cosnefroy (FRA/ALM) 36

7. Pierre Rolland (FRA/VCC) 36

8. Richie Porte (AUS/TRE) 36

9. Nans Peters (FRA/ALM) 32

10. Lennard Kämna (GER/BOR) 27

Équipes (général)

1. Movistar 262 h 14 : 58

2. Jumbo à 18 : 31

3. Bahrain 57 : 10

4. Education First 1 h 16 : 43

5. Ineos 1 h 32 : 01

6. Trek 1 h 39 : 39

7. Astana 1 h 47 : 15

8. AG2R La Mondiale 2 h 58 : 47

9. UAE Emirates 3 h 06 : 46

10. Mitchelton 3 h 25 : 10

Jeunes (général)

1. Tadej Pogacar (SLO/UAE) 87 h 20 : 05

2. Enric Mas (ESP/MOV) à 6 : 07

3. Valentin Madouas (FRA/FDJ) 1 h 42 : 43

4. Daniel Martínez (COL/EF1) 1 h 55 : 12

5. Lennard Kämna (GER/BOR) 2 h 15 : 39

6. Harold Tejada (COL/AST) 2 h 37 : 02

7. Niklas Eg (DEN/TRE) 2 h 50 : 04

8. Marc Hirschi (SUI/SUN) 2 h 54 : 34

9. Neilson Powless (É.-U./EF1) 3 h 03 : 09

10. Pavel Sivakov (RUS/INE) 4 h 15 : 38

Combativité (général)

Marc Hirschi (SUI/SUN)