Le Québécois Hugo Houle s’est signalé dans l’étape la plus explosive et déterminante depuis le début du Tour de France, se classant 11après avoir contribué à une manœuvre qui a coûté cher à plusieurs favoris, vendredi. Récit.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

De Monaco, où elle travaille comme comptable, la blonde d’Hugo Houle suit le Tour de France sur le site internet officiel de la compétition. Une fonction permet de situer ses coureurs favoris en direct sur le parcours.

Vendredi, dans les derniers kilomètres de la septième étape, la petite étoile de son copain scintillait au tout premier rang d’un groupe sélect d’une quarantaine de coureurs. Manifestement, quelque chose se tramait.

Sur la route, un peu passé Castres, Hugo Houle était bel et bien devant, dents serrées, tête inclinée sur la gauche, à rouler à 60 km/h devant les meilleurs coureurs de la planète.

À l’issue d’une étape explosive, où plusieurs favoris ont perdu des plumes, le cycliste de Sainte-Perpétue s’est mêlé au sprint pour décrocher la 11place d’un sprint réglé par le Belge Wout van Aert, son meilleur résultat à vie à son deuxième Tour.

Au-delà de cette belle récompense individuelle, ce qu’il a accompli dans les 35 kilomètres précédents avait encore plus de valeur pour le principal intéressé.

Avec trois coéquipiers d’Astana, Houle a conduit un peloton décimé pratiquement jusqu’à l’arrivée à Lavaur, tandis que quelques prétendants piégés par le vent mangeaient leurs bas presque une minute et demie derrière.

Le Québécois de bientôt 30 ans s’est fait plaisir en accomplissant le travail pour lequel son équipe l’a convoqué in extremis quelques jours avant le grand départ de Nice.

« En fait d’expérience, c’est pas mal au sommet », a convenu Houle, joint une heure et demie après l’arrivée, alors qu’il se trouvait sur la table de massage. « On est au Tour de France, dans une étape-clé dans une bordure, on est à 100 %, je roule les 25 derniers kilomètres et je suis encore capable de faire le sprint au final. Honnêtement, ce sont des sensations très, très agréables. »

L’an dernier, Houle avait occupé le siège inverse dans le fameux « coup de bordure » d’Albi qui avait coulé son meneur Jakob Fuglsang et le Français Thibaut Pinot (Groupama), qui ne s’est pas fait avoir vendredi.

« Souvent, je me faisais piéger. C’est moi qui recevais [les coups] dans les bordures. Aujourd’hui, j’avais la chance d’être aux avant-postes et de mettre la pression sur les autres équipes. De faire souffrir un peu tout le monde en me sentant quand même très bien. Évidemment, c’est très difficile, mais la sensation d’avoir eu un impact sur la course me rend très heureux de ma journée. »

Promise aux sprinters avec son final en faux plat descendant, l’étape de 168 kilomètres s’est plutôt déroulée à un rythme infernal (moyenne de 47,5 km/h !). Ce sont les Bora de Peter Sagan qui ont d’abord élimé le peloton dès la première côte. Houle a été surpris : « Moi, j’étais loin derrière ! Je me suis fait mal aux jambes pour réussir à rentrer. »

Avec plusieurs sprinters lâchés, le rythme n’a jamais fléchi jusqu’au kilomètre 133, un peu passé Castres, où un changement de direction exposait les coureurs à un vent de côté. Les grandes formations avaient bien repéré le danger : les Ineos d’Egan Bernal ont largué la première bombe à fragmentation, suivis de près par les Jumbo de Primož Roglič. La manœuvre a fait des dégâts derrière. Le jeune Slovène Tadej Pogačar (troisième jusque-là), l’Australien Richie Porte (5e) et l’Espagnol Mikel Landa (6e) sont passés à la trappe avec leurs coéquipiers.

Houle était bien placé dans la roue de Sagan. « Je me savais en sécurité. Je savais que s’il y avait une cassure, il allait s’occuper de me replacer au bon moment. »

Formation la mieux représentée avec sept coureurs, dont son chef de file Miguel Ángel López, Astana n’a pas mis de temps à se pointer devant.

« J’ai rarement vu l’équipe aussi performante sur des étapes de bordure, s’est réjoui Houle. On a été bien aiguillés par la direction sportive qui nous donnait les bonnes infos depuis la voiture. On savait quand remonter pour sauver de l’énergie. Il n’y a pas que la puissance qui fait la différence, mais aussi le positionnement. »

Les Ineos ont dû cesser de contribuer quand Richard Carapaz, leur leader de rechange, a subi une crevaison. Malgré l’aide de Jonathan Castroviejo, l’Équatorien n’a jamais pu revenir.

Avec Alexey Lutsenko, gagnant de l’étape de la veille, Omar Fraile et Gorka Izagirre, Houle s’est employé à creuser l’écart avec les poursuivants. « Je te confirme que ça a fait mal. Mais c’est stimulant quand tu sais que tu fais la différence. Tu oublies un peu toute cette souffrance. »

Il a poursuivi l’effort jusqu’à la fin, s’offrant une belle 11e place derrière l’ogre van Aert (Jumbo) et devant Sagan, malheureux 13e après un saut de chaîne.

« Je me faufile, j’ai une bonne vision de la course », a analysé celui qui avait fini deux fois 15e et une fois 16e depuis le départ. « Après, je ne suis pas un sprinter, je suis un petit poulet. Je pèse 68 kg en ce moment. Une jambe de Sagan, c’est gros comme les deux miennes… »

Houle range cette course parmi les plus belles de sa carrière avec sa quatrième place à la course sur route U23 aux Championnats du monde de 2012.

« Aujourd’hui, j’ai fait mon travail d’équipier au millimètre. Je me suis sacrifié. C’est évident que si je m’étais reposé et que j’avais essayé de faire le sprint, ça aurait été différent. Mais je suis professionnel et il y a des priorités. »

Le menu s’annonce encore explosif ce week-end avec deux étapes dans les Pyrénées, dont un passage par le port de Balès et le Peyresourde samedi. Avec neuf coureurs qui le talonnent à 13 secondes ou moins, le Britannique Adam Yates, tranquille vendredi, aura fort à faire pour conserver son maillot jaune. Houle, désormais 67e, se dit prêt pour sa prochaine mission.