Fabio Jakobsen a été victime d’une terrible chute mercredi sur la ligne d’arrivée à Katowice lors de la première étape du Tour de Pologne

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

En passant la ligne d’arrivée de la première étape du Tour de Pologne, hier, Hugo Houle a vu bon nombre de coureurs au sol. Il ne lui a pas fallu de temps pour comprendre que ce sprint massif avait pris une tournure dramatique.

« À la vitesse à laquelle on allait, je savais qu’il allait y avoir des conséquences graves parce que j’ai vu quelqu’un frapper les barrières. Elles sont revenues sur la route et elles étaient encore en mouvement quand je suis arrivé loin derrière. J’ai réussi à les esquiver pour rester sur mon vélo. »

Le coureur en question, celui dont l’état de santé suscite le plus de craintes, est Fabio Jakobsen. Le champion des Pays-Bas se faufilait du côté droit lorsque son compatriote Dylan Groenewegen (Jumbo-Visma) s’est déporté avant de le gêner avec son coude. Le membre de l’équipe Deceuninck-Quick Step a alors frappé la barrière et heurté un juge de course qui prenait des photos.

PHOTO YORICK JANSENS, ARCHIVES AFP

Fabio Jakobsen

Un effet domino a entraîné la chute de nombreux coureurs et l’hospitalisation de plusieurs d’entre eux. Jakobsen, dont le pronostic était un temps engagé, a immédiatement été intubé et transporté à l’hôpital. Il a été opéré dans la soirée et se retrouve dans un état grave, mais stabilisé.

De retour à l’hôtel, Houle, qui a pris le 25e rang de l’étape, a vu les images tourner en boucle sur ses réseaux sociaux. Au dîner de l’équipe Astana, il a évidemment été grandement question de ce geste antisportif.

« Groenewegen lui ferme la porte, démarre Houle. Il commence [son sprint] au milieu de la route et il finit contre la barricade. C’est clair pour moi que ce n’est pas correct. Jakob essaie quand même de passer dans un trou de souris. […] On voit qu’il y a une touchette entre les deux. C’est sûr que l’objectif de Groenewegen n’est pas de blesser son collègue qui est, en plus, de la même nationalité. Je trouve ça difficile de juger l’intention qui était derrière ça, […] mais ce n’est pas quelque chose que tu veux voir. On parle quand même de la vie de quelqu’un. »

L’Union cycliste internationale (UCI) a fermement condamné le « comportement dangereux » et demandera à la commission disciplinaire de prononcer des « sanctions à la mesure de la gravité des faits ». Parmi les commentaires les plus virulents, le manager général de Deceuninck-Quick Step, Patrick Lefevere, a réclamé la prison pour le fautif. « J’irai au tribunal. Ce genre de geste doit être banni du cyclisme. C’est un acte criminel, monsieur Groenewegen. »

Une sanction, d’accord, mais le problème est bien plus profond pour Houle. « C’est aux coureurs d’être intelligents. C’est nous autres qui faisons la course. Si tout le monde court comme des abrutis, on va tous se mettre en danger, peste l’athlète de 29 ans. Il faut soi-même avoir le respect de se dire : “OK, je vais freiner, ça ne sert à rien” ou alors “Ça, je ne le fais pas, c’est trop dangereux”. Ce n’est pas parce que [Groenewegen] va avoir trois mois, un an ou rien pantoute que le prochain sprint va être plus clean. C’est une question d’éthique et de respect. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LAPRESSE

Hugo Houle

Ça fait 10 ans que je suis professionnel et je dois dire qu’année après année, il y a beaucoup, beaucoup moins de respect dans le peloton.

Hugo Houle

La gravité du geste de Groenewegen a forcément été amplifiée par la configuration de l’arrivée, avec les 1500 derniers mètres en pente descendante. En regardant ses données, Houle indique qu’il a atteint la vitesse de 78 km/h dans les derniers mètres. « Et eux étaient certainement plus vite que moi », rappelle-t-il.

« Est-ce que [ce type d’arrivée] a sa place, c’est discutable. En Pologne, on n’en est pas à notre premier événement. La course est reconnue pour ça », ajoute-t-il, faisant allusion au décès de l’espoir belge Bjorg Lambrecht l’an dernier. « J’espère que de bonnes choses vont sortir de cet épisode pour mieux nous protéger. Il n’y a pas beaucoup de sports où l’on met autant notre vie en danger. »

Maintenu dans un coma artificiel

Victime de multiples fractures au visage, au crâne et après avoir perdu beaucoup de sang, Jakobsen a été conduit à l’hôpital de Sosnowiec. Dans la nuit, son équipe a indiqué que les examens n’avaient pas révélé de lésions au cerveau et à la colonne vertébrale. Il était toutefois maintenu dans un coma artificiel.

« Le patient est opéré par une équipe de médecins orthopédistes-chirurgiens maxillo-faciaux au service d’urgences. Son état est grave, il faut attendre. Le patient est intubé, ses fonctions respiratoires et cardiologiques sont efficaces », a aussi indiqué un porte-parole de l’hôpital.

Le juge de course serait également dans un état inquiétant.